‹ Voltaire, philosopheChapitre 34 sur 135 · Ce n'est là peut-être qu'une légende postiche · texte numérisé non relu

Ce n'est là peut-être qu'une légende postiche

2. Ou Le Pour et le Contre. Écrite sans doute en 1722, imprimée dix ans plus tard.

lui ayant dit un jour : « Vous avez beau faire, jeune homme, vous ne détruirez pas le catholicisme », il répondit : « C'est ce que nous verrons. »

Sans citer d'autres ouvrages de sa jeunesse, et même des tragédies, dans lesquels se marquent par maints traits le mépris et la haine de la religion catholique, rappelons au moins ses Remarques sur les Pensées de Pascal. Il y montre que la nature humaine ne présente point les contrariétés sur lesquelles s'appuie ce « misanthrope sublime » pour prouver le christianisme, et que, d'ailleurs, le mythe de Prométhée et de Pandore, la fable des androgynes ou la doctrine de Zoroastre en rendraient tout aussi bien compte. Il accuse Pascal d'exagérer à plaisir notre misère, d'expliquer une prétendue énigme par un mystère plus inconcevable encore et qui dément notre raison. Il proteste contre son étrange assertion, que l'obscurité même des dogmes en démontre la vérité. Il lui reproche enfin son fanatique amour de Dieu, qui l'empêche d'aimer les créatures. Ce qu'il a voulu combattre en s'attaquant tout d'abord à Pascal, c'est le plus éloquent apologiste de la foi chrétienne.

Luttant contre le catholicisme. Voltaire ne saurait être impartial. On peut notamment l'accuser d'avoir méconnu sur plusieurs points le rôle bienfaisant de rÉgUse. Par exemple, il n'apprécie pas avec équité les services que, durant les premiers siècles du moyen âge, elle rendit à la civilisation. Si l'Eglise sauva, de la culture antique, tout ce qui pouvait en être préservé, si elle garantit les institutions sur lesquelles repose l'ordre social, si elle donna l'exemple du travail soit intellectuel, soit même manuel, si elle

fut enfin, pendant quatre ou cinq cents années, la gardienne de l'idéal, Voltaire sans doute ne le dit pas l' assez. Mais devons-nous, après tant d'autres, l'accuser ^ d'avoir trop assombri le moyen âge par hostilité I contre la religion catholique? Le xvii^ siècle lui- ) môme, si catholique de tempérament, n'y voyait j qu'une époque de ténèbres et de barbarie. 1 On fait surtout un crime à Voltaire de vilipender • les croisades. Ce furent, selon lui, des « folies guerrières » [Essai sur les Mœurs ^ XVI, 149), des « fureurs épidémiques » [Petites hardiesses de M. Clair, ' XLVII, 133). Les Européens n'en rapportèrent que la lèpre*, et l'unique bien procuré par ces désastreuses expéditions consista dans la liberté de plusieurs communes, qui achetèrent leur charte d'affranchissement aux seigneurs ruinés-. De telles boutades, il faut lavouer, sentent le parti pris. Mais lui reprochera-t-on de dire que, si l'Egypte suivait la religion du Prophète, ce n'était pas un motif suffisant pour la ravager ^ ou de faire honte à la cruauté des chrétiens, quand, après avoir pris Jérusalem, ils massacrèrent les infidèles sans distinction d'âge ni de sexe *, et quand, devenus maîtres de Constantinople, ils se ruèrent au sac des églises en tuant tout sur leur passage^? Aussi bien, quel est son jugement général sur les croisades? Elles produisirent, déclare -t-il, de grandes et d'infâmes actions, de nouveaux établissements, de nouvelles misères, beaucoup de malheur, peu de gloire ^ Ce

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