‹ Voltaire's proseChapitre 31 sur 99 · GENRE DE STYLE · texte numérisé non relu

GENRE DE STYLE

Comme le genre d'exe'cution que doit employer tout artiste dépend de l'objet qu'il traite; comme le genre de Poussin1 n'est point celui de Téniers,2 ni l'architecture d'un temple celle d'une maison commune, ni la musique

5 d'un opéra-tragédie celle d'un opéra-bouffon ; aussi chaque genre d'écrire a son style propre en prose et en vers. On sait assez que le style de l'histoire n'est pas celui d'une oraison funèbre, qu'une dépêche d'ambassadeur ne doit pas être écrite comme un sermon, que la comédie ne doit

io point se servir des tours hardis de l'ode, des expressions pathétiques de la tragédie, ni des métaphores et des comparaisons de l'épopée.

Chaque genre a ses nuances différentes: on peut, au fond, les réduire à deux, le simple et le relevé. Ces deux

15 genres, qui en embrassent tant d'autres, ont des beautés nécessaires qui leur sont également communes : ces beau-

. tés sont la justesse des idées, leur convenance, l'élégance, la propriété des expressions, la pureté du langage. Tout écrit, de quelque nature qu'il soit, exige ces qualités; les

20 différences consistent dans les idées propres à chaque sujet, dans les tropes. Ainsi un personnage de comédie n'aura ni idées sublimes, ni idées philosophiques; un berger n'aura point les idées d'un conquérant; une épître didactique ne respirera point la passion; et dans aucun

25 de ces écrits on n'emploiera ni métaphores hardies, ni exclamations pathétiques, ni expressions véhémentes.

Entre le simple et le sublime, il y a plusieurs nuances; et c'est l'art de les assortir qui contribue à la perfection de l'éloquence et de la poésie. C'est par cet art que

3° Virgile s'est élevé quelquefois dans l'églogue. Ce vers,

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