COMMENTAIRES SUR CORNEILLE
solides, qui ne sont ni gigantesques ni hors de la nature, et qui ne surprennent point le parterre par des déclamations ampoule:es. Le développement du caractère de Néron fut enfin regardé comme un chef-d'œuvre. On convint que le rôle de Burrhus est admirable d'un bout 5 à l'autre, et qu'il n'y a rien de ce genre dans toute l'antiquité. Britannicus fut la pièce des connaisseurs, qui conviennent des défauts, et qui apprécient les beautés.
Racine passa de l'imitation de Tacite à celle de Tibulle. Il se tira d'un très mauvais pas par un effort de l'art, et 10 par la magie enchanteresse de ce style qui n'a été donné qu'à lui.
Jamais on n'a mieux senti quel est le mérite de la difficulté surmontée. Cette difficulté était extrême, le fond ne semblait fournir que deux ou trois scènes, et il fallait 15 faire cinq actes.
On ne donnera qu'un léger commentaire sur la tragédie de Corneille ; il faut avouer qu'elle n'en mérite pas. On en fera sur celle de Racine, que nous donnons avant la Bérénice de Corneille. Les lecteurs doivent sentir qu'on 20 ne cherche qu'à leur être utile : ce n'est ni pour Corneille ni pour Racine qu'on écrit ; c'est pour leur art, et pour les amateurs de cet art si difficile.
On ne doit pas se passionner pour un nom. Qu'importe qui soit l'auteur de la Bérénice qu'on lit avec plaisir, 25 et celui de la Bérénice qu'on ne lit plus ? C'est l'ouvrage, et non la personne, qui intéresse la postérité. Tout esprit de parti doit céder au désir de s'instruire.
Vol. XXXII, 270-272.