ZAÏRE, FATIME, L'ESCLAVE
Ehl qui peut^me parler dans l'état où je suis?
A tant d'horreurs, hélas! qui pourra me soustraireF?
Le sérail est fermé! Dieu! si c'était mon frère! i48o
Si la main de ce Dieu, pour soutenir ma foi.
Par des chemins cachés le conduisait vers moi!
Quel esclave inconnu se présente à ma vue?
l'esclave.
Cette lettre, en secret dans mes mains parvenue,
itts Pourra vous assurer de ma fidélité.
Donne. [Bile lit.
FATIKE, à part pendant que Zaïre lit.
Dieu tout-puissant! éclate ° en ta bonté ; Fais descendre ta grâce en ce séjour profane! Arrache ma princesse au barbare Orosmane! ^
ZAÏBE, à Fatime.
Je voudrais te parler.
FATIME, à V esclave. Allez, retirez-vous; 1440 On vous rappellera, soyez prêt; laissez-nous.
ScÈKE III
, ZAÏBE, FATIME.
lis ce billet: hélas! dis-moi ce qu'il faut faire; Je voudrais obéir aux ordres de mon frère.
FATIME
Dites plutôt, madame, aux ordres étemels D'un Dieu qui vous demande au pied de ses autels. 1445 Ce n'est point Nérestan, c'est Dieu qui vous appelle.
Je le sais; à sa voix je ne suis point rebelle. J'en ai &it le serment: mais puis-je m'engager, ■ Moi, les chrétiens, mon frère, en un si grand danger?
FATIME
Ce n'est point leur danger dont vous êtes troublée: 14B0 Votre amour parle seul à votre âme ébranlée. Je connais votre cœur: il penserait comme eux,
n hasarderait tout, s'il n'était amonrenz.
Ah! connaissez da moins l'erreur qai tous engage!
Vous tremblez d'offenser l'amant qui vous outrage!
Quoi! ne voyez-vous pas toutes ses cruautés, itfs
Et l'âme d'un Tartare à travers ses bontés?
Ce tigre, encor farouche au sein de sa tendresse.
Même en vous adorant, menaçait sa maîtresse . . •
Et votre cœur encor ne s'en peut détacher!
Vous soupirez pour lui°!
ZAÏBE. Qu'ai- je à lui reprocher? i4eo
C'est moi qui l'offensais, moi qu'en cette journée Il a vu souhaiter ce fatal hyménée; Le trône était tout prêt, le temple était paré, Mon amant m'adorait, et j'ai tout différé.
Moi, qui devais ici trembler sous sa puissance, i466
J'ai de ses sentiments bravé la violence; J'ai soumis" son amour, il fait ce que je veux, n m'a sacrifié ses transports amoureux.
FATIME
Oe malheureux amour, dont votre âme est blessée, Peut-il en ce moment remplir votre pensée! uto
ZAÎBE.
Ah! Fatime, tout sert à me désespérer:
Je sais que du sérail rien ne peut me tirer;
Je voudrais des chrétiens voir l'heureuse contrée.
Quitter ce lieu funeste à mon âme égarée;
Et je sens qu'à l'instant, prompte à me démentir, i^n j
Je fais des vœux secrets pour n'en jamais sortir.
Quel état! quel tourment! Non, mon âme inquiète
Ne sait ce qu'elle doit, ni ce qu'elle souhaite;
Une terreur affreuse est tout ce que je sens.
1480 Dieui détonme de moi ces noirs pressentiments;
Prends soin de nos chrétiens, et veille sur mon frère!
Prends soin, du haut des cieux, d'ane tête si chère!
Oui, je le vais trouver, je lui vais obéir;
Mais dès que de Solyme il aura pu partir, i486 Par son absence alors à parler enhardie.
J'apprends à mon amant le secret de ma vie:
Je lui dirai le culte où mon cœur est lié ;
n lira dans ce cœur, il en aura pitié.
Mais, dusse- je° au supplice être ici condamnée, 1400 Je ne trahirai point le sang dont je suis néeP.
Va, tu peux amener mon frère dans ces lieux.
Rappelle cet esclave.
SCBNB IV ZAÏBE.
ZAÏBB. Dieu de mes aïeux!
Dieu de tous mes parents, de mon malheureux père, Que ta main me conduise, et que ton œil m'éclaire!
SoÈNE V
ZAÏBB, L'ESOLAYB.
ZAÏBE.
1495 Allez dire au chrétien qui marche sur vos pas Que mon cœur aujourd'hui ne le trahira pas.
Que Fatime en ces lieux va bientôt l'introduire.
{A part,) Allons^ rassure-toi, malheureuse Zaïre!
SoàNB VI OBOSHANE, G0BA8MIN, L'ESGLAYB.
OBOSHANE. [fureur!
Que ces moments^ grand Dieu, sont lents pour ma
(A r esclave,) Eh bien! que t'a-t-on dit? réponds, parle.
L^ESCLAVB. Seigneur, isoo
On n'a jamais senti de si vives alarmes :
Elle a pâli, tremblé, ses yeux versaient des larmes; Elle m'a fait sortir, elle m'a rappelé, Et, d'une voix tremblante, et d'un cœur tout troublé, Près de ces lieux, seigneur, elle a promis d'attendre isos Celui qui cette nuit à ses yeux doit se rendreP.
OBOSMANE.
(A r esclave.) (A Corasmin.)
Allez, il me sufBlt. . . . Ote-toi de mes yeux°, Laisse-moi: tout mortel me devient odieux.
Laisse-moi seul, te dis- je, à ma fureur extrême: Je hais le monde entier, je m'abhorre moi-même. isio