‹ Voltaire: six conférencesChapitre 1 sur 257 · A M. E. LITTRÉ · texte numérisé non relu

A M. E. LITTRÉ

Un jour il y eut grand émoi dans le monde religieux de l'Allemagne : Strauss avait rendu à Jésus sa qualité d'homme, Christ n'était plus Dieu, le christianisme n'avait plus de base, son dogme premier était détruit, la science avait tué la légende, la science sévère, impartiale, étrangère à toute pensée de haine ou de dénigrement, puissante par conséquent et portant partout la conviction.

Bientôt l'émoi passa la frontière d'Allemagne. Par vous, la France et les autres pays — car la France n'est pas seule à vous lire — reçurent le nouvel enseignement- Les penseurs applaudirent, les hommes du passé jetèrent un cri d'effroi et enveloppèrent dans un même anathème les deux noms : Strauss, Littré.

Depuis lors vous n'avez cessé de combattre pour le progrès contre la stagnation, pour la science contre la théologie. Croire s'amoindrit, savoir s'agrandit.

Devenu chef incontesté d'une philosophie qui sera pour les siècles à venir ce que furent les religions pour les siècles passés, vous n'avez négligé aucune occasion d'apprendre à tous que les vieilles cosmogonies, les vieilles

Page 1