‹ Voltaire: six conférencesChapitre 104 sur 257 · VOLTAIRE ET FREDERIC · texte numérisé non relu

VOLTAIRE ET FREDERIC

Ce n'était pas assez pour Tardent prince d'admirer le mermeilleux écrivain dans son style seul, en lisant ses œuvres; il brûlait du désir de lui faire connaître cette admiration, et de se rapprocher de lui par correspondance, en attendant la possibilité de le connaître en personne. Le 8 août 1736, Frédéric écrivit sa première lettre à Voltaire et ouvrit ainsi une correspondance qui devait se poursuivre, avec peu d'interruption, pendant près de quarante-deux ans, jusqu'à la mort de Voltaire, et devenir de plus en plus un besoin de l'existence de ces deux hommes. Telle qu'elle se présente à nous, formant trois gros volumes des dernières éditions des œuvres du grand roi, et se composant de 570 lettres , elle présente par plus d'un côté un intérêt qui n'est pas ordinaire. Ce sont les deux hommes les plus importants de leur temps, les représentants de deux nations — car Frédéric, quoique formé d'après le goût français, ne renie en aucune sorte la manière et la nature allemandes — qui communiquent l'un avec l'autre dans toute l'intimité possible entre un prince et un écrivain; deux hommes qui, dans des conditions différentes, mais les premiers chacun dans la sienne, se font part, dans les situations les plus diverses et pendant une longue période, des événements si nombreux de leur vie. Ces changements, soit dans leur situation au milieu du monde, soit dans leur pensée, prêtent à leur correspondance, dans tout son cours, l'attrait puissant d'un drame ou d'un roman. De leurs situations diverses au milieu du monde, quand d'une part le prince devient roi, le roi général victorieux, puis législateur et souverain plein de sagesse, enfin quand, par de terribles épreuves du sort, il devient un héros invincible,

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