A M. E. LITTRE. XXIX
sinon les derniers représentants de mœurs barbares qu'il fallait détruire ?
Il éleva la voix plus haut que tous en faveur de la tolérance religieuse ; et, parce qu'il représentait bien la pensée de son temps, parce que le nombre des dissidents était assez considérable pour imposer à l'orthodoxie intolérante, sa voix fut écoutée.
Non pas qu'il conçût la tolérance du point de vue supérieur qui est le vôtre. Il n'alla jamais jusqu'à regarder comme légitimes, dans des conditions données, des modes de penser qui n'étaient pas les siens ; ce qu'explique d'ailleurs la situation de combat dont j'ai déjà parlé. Puis, là comme partout, l'œuvre de ce grand homme éjait essentiellement négative. Ayant détruit tout ce qui dans les textes dits sacrés gênait l'essor de la pensée, il protesta en outre contre ce pouvoir odieux que les soutiens de ces vieilles croyances puisaient dans l'ingérence brutale de la puissance politique en des questions philosophiques.
Il n'alla jamais plus loin. Sociologue, vous reconnaissez comme conformes aux lois sociologiques l'existence successive de toutes les doctrines qui se sont partagé l'histoire ; vous savez que chaque doctrine nouvelle ne prend pas chez tous immédiatement la place de l'ancienne, et qu'elles coexistent dans l'espace après s'être succédé dans le temps ; car toutes les têtes ne sont pas aptes à atteindre au degré supérieur de civilisation. Peut-il être dès lors question de poursuivre ces doctrines, qui ont été une étape dans la voie du progrès, ou de persécuter leurs sectateurs, parce que leur intelligence n'est pas au niveau des conceptions contemporaines? Autant vaudrait appeler toute la ri-