VOLTAIRE A FERNEY
de Russie faisait venir des montres de Ferney , et le ministre français Choiseul comblait de faveurs ce centre de fabrication. Cette colonie de Ferney était pour Voltaire le Benjamin de ses vieux jours, qui lui coûta certes des soins et des peines, mais qui les compensait non-seulement par le contentement qu'il en éprouvait, mais encore par l'élévation morale résultant pour lui de son rôle de père adoptif d'une florissante société d'hommes. De la terrasse du château on jouissait d'une vue étendue sur les prairies et les champs, auxquels succédaient quelques collines avancées des Alpes, et dans le fond les Alpes elles-mêmes. Non loin, d'un autre côté, était le Jura, dont la neige devenait l'hiver la cause de tant de plaintes du vieux seigneur. Derrière le château s'étendaient des jardins, dont l'amélioration et l'entretien étaient pour Voltaire un si digne élassement ; et tout autour un important domaine à la culture duquel cinquante hommes se trouvaient employés.
Si l'on monte la rue principale du village, l'on voit au bout de l'allée qui conduit au château, à gauche, l'église, qui porte cette inscription fameuse : Deo ereocit Voltaire^ avec le millésime 1761. Aussitôt après son acquisition, celui-ci s'était ainsi occupé de la construction d'une église. Ce n'était certainement pas par pur zèle pour la religion qu'il y avait mis tant de hâte ; mais l'ancienne église était tellement située qu'elle masquait la vue du château. Il la fit donc abattre et en fit construire une nouvelle. Confiant sans doute dans la sainteté de son projet, il se mit à l'œuvre sans beaucoup de façons : deux tombeaux, un vieux crucifix furent déplacés sans cérémonie. « Otez-moi cette potence! » aurait-il dit à propos de ce dernier. Il y eut des