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réunis à nouveau; aujourd'hui l'occasion se présente d'y joindre un troisième nom : Voltaire, celui du célèbre et vaillant lutteur qui a si puissamment contribué à la transformation du monde moderne.
Strauss avait longtemps arrêté son regard sur cet homme merveilleux , comme il l'appelle ; il avait vu sa mémoire exposée d'une part à l'injure la plus grossière, de l'autre à l'éloge sans mesure, également injuste, éloge que Voltaire lui-même eût repoussé ; car il écrivit : « Qui loue tout n'est qu'un flatteur; celui-là seul sait louer qui loue avec restriction. » Amis et ennemis cachaient le vrai Voltaire ; Strauss voulut nous le montrer : il composa le livre dont j'achève la traduction que je vous présente, à vous qui, comme Voltaire, avez fait sans crainte la guerre au préjugé ; à vous qui, comme lui, pouvez ressentir cette douce satisfaction qui se trahissait quand il prononçait ces mots : « J'ai fait un peu de bien, c'est mon meilleur ouvrage. »
Car plus d'une fois vous avez tendu la main à ceux qu'éprouvaient le sort ou l'injustice, vous les avez encouragés et soutenus, les protégeant contre l'intolérance, cette infirmité morale de nos adversaires.
Vous ne me permettriez pas d'insister davantage sur ce point. Ennemi de l'ostentation dans tous les cas, vous l'êtes également quand vous faites le bien, et si je voulais poursuivre, vous me demanderiez bien vite de revenir à Voltaire et à Strauss, de vous dire si je tiens pour définitive l'étude que celui-ci a donnée de celui-là, si ce jugement porté par un homme supérieur sur un grand homme est libre de toute partialité, de tout préjugé de race ou de nationalité.
J'y reviens donc, et je crois pouvoir répondre qu'en effet
Xij LETTRE-PREFACE DU TRADUCTEUR
Strauss a bien yu, qu'il a bien connu Thomme dans ses qualités et ses défauts, l'écrivain dans ses supériorités, le philosophe dans son œuvre de progrès. Mais songer à l'action de Voltaire sans songer à votre propre action, comme disciple d'Auguste Comte et propagateur de la philosophie positive, me serait impossible, tant votre rôle est semblable au sien ou plutôt le complète si immédiatement. Sans doute vous tentez d'édifier quand il détruisit ; mais si vous vous mouvez sur un terrain qui ne pouvait encore être le sien, il est uja de ceux qui ont le plus contribué à l'aplanir. Il nous a préparé la voie.
En même temps qu'il accomplissait son œuvre de démolition, avant même de l'entreprendre, Voltaire était un poëte brillant, et comme auteur dramatique son nom était dans toutes les bouches. Célèbre, il fixait sur lui les yeux de tous; dès lors, quelque chose qu'il put dire, quelques erreurs qu'il voulût attaquer, il était sûr d'être entendu. Un siècle a passé depuis, et pour piédestal vous possédez la science. On admirait en Voltaire l'imagination, la variété, le naturel, l'esprit, la grâce ; on trouve en vous la profondeur, l'étendue des connaissances, la sûreté du jugement, l'érudition vaste, la constance des opinions , et audessus de cela encore la haute moralité. Les sociétés savantes se disputent l'honneur de vous posséder ; sans être dans sa totalité à portée de se rendre un compte exact de vos travaux, le public s'étonne de tant de science et écoute votre parole, parce qu'il est persuadé que vous savez.
C'est à ce titre que vous marquez la limite infranchissable du savoir des hommes, et que vous conviez l'humanité à l'édification d'une conception définitive du monde, avec la
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science pour base et Texpérience pour moyen , vous faisant le porte- voix de la rénovation la plus complète, la plus irrévocable qui ait jamais marqué dans l'histoire de la pensée humaine.
Avant Auguste Comte, notre maître, l'homme s'était fait théologiquement et métaphysiquement le centre de l'univers ! Ne sachant presque rien de lui-même, il avait vu le monde à travers ses erreurs et ne s'était trouvé en réalité qu'en face d'un produit de ses rêves. Aujourd'hui que la philosophie positive est née, l'homme ne s'étudie plus luimême qu'après avoir connu le monde dont il n'est qu'un organe, bien qu'en vérité le plus complexe et le plus parfait.
On allait de l'homme inconnu à la nature plus inconnue encore ; on va maintenant de la nature connue à l'homme, qui dès lors ne reste plus longtemps un problème. Le subjectivisme a fait place à l'objectivisme. De deux méthodes, les seules possibles, l'une, mauvaise, est éliminée, l'autre seule subsiste.
Cette grande philosophie ne s'est pas formée en un jour; cette destruction d'une méthode qui a produit les théologies et rempli les siècles, ne pouvait être l'œuvre que des siècles eux-mêmes, et dans cette démolition immense. Voltaire fut un puissant travailleur.
Car il fut un démolisseur. Voilà le grand mot lâché, cause de tant de colères, de tant de haines, de tant de calomnies et d'injures. Cette qualification de démolisseur lui est jetée à la face comme un opprobre. Démolir, dans les conditions où l'a fait Voltaire, n'était-ce pas accomplir une fonction sociale?
Ils ignorent donc bien, ceux qui trouvent là une base