A M. E. LITTRE. . XV
dans cette démolition. Pourquoi ce qui fut vertu chez lui serait-il crime chez Voltaire? Inconséquence donc chez le chrétien qui maudit le déisme au moment où le déisme arrive fatalement ; inconséquence chez le déiste qui poursuit le matérialisme quand l'heure du matérialisme est venue ; inconséquence encore chez le matérialiste qui veut s'opposer à la marche du positivisme quand il n'y a plus de place que pour la positivité.
Voltaire fut l'homme de son siècle ; l'ignorance ou la mauvaise foi — pire que l'ignorance — peuvent seules le nier. La philosophie théologique était en décadence ; l'organisation religieuse, qui avait fait la force du moyen âge, qui avait jadis aidé à l'évolution de l'humanité, n'était plus, depuis déjà bien longtemps, qu'un obstacle à sa marche ascendante, et Voltaire servit la civilisation en lui portant les derniers coups. C'était la fonction de l'époque, fonction nécessaire, indispensable, qui répondait aux besoins du dix-huitième siècle, comme le christianisme avait répondu à un besoin des premiers temps de notre ère. '« Une telle opportunité, dit Auguste Comte, se manifeste alors hautement par l'unanime disposition de tous les grands hommes contemporains à seconder spontanément cet indispensable ébranlement philosophique, en sorte que l'on ne peut citer à cette époque aucun esprit éminent qui n'ait réellement participé, sous des formes et à des degrés quelconques, à cette commune élaboration négative. »
Sans doute tous ces grands hommes furent profondément injustes envers le catholicisme ; sans doute ils méconnurent sa haute mission dans le passé ; sans doute nous ne pouvons les suivre dans leur réprobation, et nul, sur les pas