LXXI. FOI ET RAISON
sant. Si ces moments regrettables duraient, notre caractère serait gâté, notre nature corrompue, et nos amis s'éloigneraient. Nous devons admettre qu'il y a un ennemi rôdant autour de nous qui, de temps en temps, s'empare plus ou moins de notre àme, et a grand besoin d'être tenu en échec.
Nous me méritons pas toujours qu'on se fie à nous. Nous sommes capables de caprices. Les caprices d'un homme ne sont pas ceux d'un adolescent, ni les caprices de celui-ci ceux d'un enfant; mais cette disposition changeante et mobile est commune à tous les âges, et dans quelques cas se montre plus accentuée, quand l'âge devrait nous rendre plus sages.
Or, nous trouvons dans ce fait un argument de plus en faveur du christianisme. Quelques-uns de ses défenseurs fouillent les bibliothèques pour en extraire de vénérables documents. Sans voyager si loin pour chercher l'érudition, chacun de nous peut trouver en lui-même une raison solide en faveur de la foi, simplement en consultant les souvenirs de son cœur. Quand je suis plus raisonnable, n'est-ce pas alors que je suis plus religieux? Je trouve Dieu dans la pleine lumière quand je suis en parfaite possession de moi-même. Mais quand la tempête fait rage et que l'usage de la raison est comme suspendu, quand
mes sentiments se heurtent et qu'une sorte de chaos a pénétré dans l'àme, alors la foi semble s'évanouir, la prière devenir impossible; et je me demande ce qu'est la religion. La seule chose qui me soutienne est u-ne voix faible, calme, évoquant les souvenirs du passé, et me commandant, avec l'espoir, une confiance paisible en Dieu. Dans cet état, pour garder l'espérance, je dois garder la foi. Cette expérience ne montre-t-elle pas que la foi et la raison sont étroitement alliées et agissent de concert, se prêtant secours l'une à l'autre?
L'incrédulité est ennemie de la raison qui réside en moi : le jugement le plus sensé de mon esprit me ramène en effet à la foi et me commande de considérer la parole de Dieu comme allant bien au-delà de ce que je puis saisir.
Ce n'est pas seulement du fond de l'éternel abîme que s'élèvent les cris incohérents, pleins de haine et de rage, de ceux qui perdirent la foi : nous pouvons les entendre, même sur )a terre, chaque fois que ces malheureux abordent le sujet de Dieu, de la divinité de Jésus-Christ, des Sacrements, du Pape et de la politique extérieure de l'Eglise catholique.
Saint Pierre parle de « Vhomme intérieur, caché dans la pureté incorruptible dun esprit doux et paisible; et telle est la