LXXII. LA RÉSURRECTION DES CORPS
engloutit Pompéi, ou de nos jours (8 mai 1902) celle du mont Pelé à la Martinique, qui détruisit la ville de Saint- Pierre en un quart d'heure. Nous ne savons pas si la résurrection des corps viendra tôt ou tard : si nous demeurerons ensevelis dans nos tombeaux durant des siècles, sans, qu'il reste de nous autre chose qu'une pincée de poussière, ou bien si quelques semaines seulement s'écouleront entre notre mort et notre résurrection. Une chose reste certaine : nous ressiiscilerons, et si nous ressuscitons comme justes, cette vie renouvelée, la fraîcheur de cet « éternel matin, » compensera toutes les dégradations de la tombe, l'amertume de la mort, les douleurs de la maladie, les labeurs de la vocation qui nous fut donnée en partage en ce monde.
ce O mort, où est ta victoire? > » La victoire de la mort est complète quand l'homme meurt : notre décès est une totale défaite; c'est la dissolution et la spoliation de notre humanité : telle une armée battue, dispersée, dont les fusils, les canons et les munitions sont capturés.
Mais quand l'homme ressuscite et se tient debout, glorieux et immortel, image vivante du Sauveur ressuscité, de quel côté est la victoire?
(1) I Coriiith. XV. 55.
Cette certitude de la résurrection revêt d'une gloire nouvelle le corps du chrétien. Le païen regardait son corps comme un instrument de plaisir dont il fallait user le plus possible, tant qu'il pouvait durer.
« Notre vie est le passage d'une ombre,
Sa fin est sans retour;
Le sceau est apposé, et nul ne revient.
Venez donc, et jouissons des biens présents.^ »
« Mangeons et buvons, et demain nous mourrons.^ »
Ce sont là des sentiments païens. Les philosophes raisonnent contre eux et plaident les droits de la société. L'individu doit disparaître, disent-ils; mais la société dure; aussi doit-il avoir égard à la société. Eh ! sans doute. Mais l'individu trouvera une autre raison personnelle de vaincre ses passions dans la considération que son àme et son corps ne doivent point périr à jamais. Au point de vue chrétien, dans ce corps de terre, l'âme est une reine tissant la parure de son couronnement. « Car il nous faut comparaître au tribunal du Christ, afin que chacun reçoive ce qu'il a mérité dans son corps, selon ses œuvres bonnes ou mauvaises.^ »
(1) Sagesse n. 5, G. (2) I Corinth, xv. 32. (3) II Corinth, v. 10.