LXXV. O SOL SALUTIS
n'aurions rien à manger; aucune plante, aucun animal, ne pourrait vivre; par conséquent, nous n'aurions ni nourriture végétale, ni nourriture animale, et il n'en n'existe pas d'autre. Nous mourrions de soif, car tout liquide serait congelé, aussi dur que la pierre, et le pire, c'est que nous-mêmes nous deviendrions un bloc de glace.
Or, Jésus-Christ, notre Sauveur, est à la vie surnaturelle ce que le soleil est à la vie de la nature. Sans lui, nous serions « morts dans nos péchés^ ». Nulle part comme dans la sainte Eucharistie il n'exerce une attraction pareille, parce que nulle part il n'est aussi rapproché de nous et aussi aimant. Nous avons là chaque mystère de sa vie et de sa mort comme transporté à notre porte et se produisant, pour ainsi dire, sous nos 5'eux. L'Enfant de Bethléem, le jeune homme de Nazareth, le Crucifié du Calvaire, le Conquérant vainqueur de la mort, Jésus est tout cela sur nos autels; le prêtre transporte près de nous chaque mystère, et fait du jour de Noël, du temps de la Passion et de Pàque, des réalités vivantes, non des considérations froides et vides d'un passé éteint et mort. Les mêmes paroles qui servent à la Consécration appellent la sainte Eucharistie « le mystère de Joi ». C'est en
(1) I Corinth, xv. 18.
même temps l'épreuve, le résumé et raffermissement de notre foi. L'exercice qui fait agir un organisme vivant le fortifie aussi. En exerçant notre foi sur la Présence réelle de notre Sauveur dans la sainte Eucharistie, nous croyons par là même à tous ses mystères, à sa Divinité et à son Humanité, à sa Rédemption , à sa Mort et à sa Vie continuée. Nous reconnaissons tous ces mystères dans le très saint Sacrement, et nous les croyons plus fermement parce que c'est le très saint Sacrement qui les unit ensemble dans notre esprit. Cela nous les fait aimer et chérir, et l'amour est puissant pour confirmer la foi.
Ainsi, comme le soleil est le centre de notre monde matériel, le très saint Sacrement est le centre de notre monde religieux. 11 y a lété dans nos âmes quand notre dévotion à Jésus Hostie est ardente et vivante. Alors, nous sommes prêts à faire des sacrifices pour l'amour de la religion, alors nous croissons rapidement en grâce. Mais le froid et le brouillard surviennent quand le soleil se cache. Quand le très saint Sacrement n'est point apprécié, ou n'attire guère les pensées, quand on ne le visite que par obligation, quand on le reçoit rarement, nos bonnes œuvres languissent, balayées comme les feuilles des arbres à la fin de l'automne. Nous devons revenir