XXIX. — Lecture malsaine
Il vient un temps dans la vie, un peu plus tot ou un peu plus tard selon les individus, où l'on cesse de s'alimenter d'une nourriture malsaine. Il serait peut-être plus juste de dire que cette nourriture, autrefois malsaine, cesse de l'être quand on avance en âge. Certainement, la qualité de la nourriture dépend en grande partie de létat du consommateur. On en peutdireautant de la lecture. Un homme mûr peut lire sans danger ce qui ferait du mal à un enfant. Il ne se méprendra pas sur ce qu'il lit, il n'en fera pas de fausses applications; il n'est pas aussi sujet aux erreurs de l'imagination; il connaît mieux le mal; le charme, la fascination du mal sur son âme, ont considérablement diminué.
Aux heures de lassitude, comme après une maladie ou un examen, ou durant un voyage, nous pouvons nous distraire à propos en lisant ce qui causerait d'ordinaire une perte de temps. Mais c'est un acte pitoyable de paresse que de remplir nos meilleures heures de banalités; et c'est ainsi qu'on arrête en soi l'éclosion de goûts qui feraient, plus tard, la consolation d'un homme cultivé.
Mais d'autres raisons, qui touchent de plus près au salut de mon àme, doivent me faire choisir avec soin mes lectures.