LES LITANIES DE LA SAINTE - LARME
Mon âme soupire après son Dieu, vive source de tous biens ; quand viendrai-je? Quand paraîtrai -je devant la face de mon Seigneur ?
Seigneur, aiez pitié de nous, Jésus aiez pitié de nous, Seigneur aiez pitié de nous.
Jésus écoutez-nous, Jésus exaucez-nous.
Dieu le Père, Seigneur du ciel, faites-nous miséricorde.
Dieu le fils, sauveur du monde,
Dieu, le Saint-Esprit, sanctifica- faites-nous teur des hommes, miséricorde.
Dieu, sainte et adorable Trinité,
Jésus, qui pleurez avec humilité, g Jésus, qui lavez le monde avec des Larmes, Jésus, qui ressuscitez le monde avec des Larmes, 2 Jésus, qui éclairez les aveugles avec des Larmes, g Jésus, qui illuminez les entendements avec des Larmes, ™ Jésus, qui nourrissez les volontés avec des Larmes, g. Jésus, qui nourrissez les esprits avec des Larmes, % Jésus, qui amolissez les esprits avec des Larmes, g Jésus, qui sanctifiez les corps avec des Larmes, 2L Jésus, qui rendez les âmes fécondes avec des Larmes, • Jésus, qui semez la Pénitence avec des Larmes, ^ Jésus, qui effacés les péchés avec des Larmes, & Jésus, qui faites croître les vertus avec des Larmes, Jésus, qui éteignez la concupiscence avec des Larmes, § Jésus, qui allumés la charité avec des Larmes, S Jésus, qui faites fleurir la chasteté avec des Larmes, §. Jésus, qui tourmentés les démons avec des Larmes, Jésus, qui consolés les justes avec des Larmes, g" Jésus, qui fermés l'Enfer avec des Larmes, g, Jésus, qui ouvrés le Paradis avec des Larmes, Soiez propice, et écoutez-nous, Seigneur, Soiez propice, et délivrez-nous, Seigneur. Jésus, délivrez-nous de tout mal.
Jésus, délivrez-nous de l'aveuglement de l'esprit. Jésus, délivrez-nous de l'endurcissement du cœur. Jésus, délivrez-nous de toute mauvaise volonté. Jésus, délivrez-nous de l'impénitence finale. Jésus, délivrez-nous des ardeurs de la concupiscence. Jésus, délivrez-nous des ardeurs éternelles de l'enfer. Pécheurs que nous sommes, nous vous prions de nous écouter,
Afin que vous arrosiez votre Eglise ;
Afin que vous conserviez le souverain pontife et tout l'ordre ecclésiastique par les mérites de vos Larmes ;
Afin que vous conserviez par une parfaite observance et sainteté de vie de vos serviteurs, que vous avez établi les dépositaires de vos Larmes ;
Àlin que vous guérissiez les ténèbres de corps et d'esprit de tous tant que nous sommes, avec le baume trèssuave de vos Larmes ;
Afin que vous amolissiez nos cœurs avec les eaux de vos Larmes ;
Afin que vous nous excitiez à pleurer nos péchez par l'effusion de vos Larmes ;
Afin que vous nous donniez part au Royaume du ciel, qui est le prix de vos Larmes ;
Par cette voix triste que vous avez, proférée vous rendant semblable à nous, en versant des Larmes ;
Par votre cœur sacré, duquel vous avez tiré des Larmes ;
Par votre immense charité qui vous a fait répandre des Larmes ;
Par vos joues vénérables que vous avez mouillées de vos Larmes ;
Par ce vaisseau miraculeux dans lequel votre Ange a enfermé une de vos Larmes ;
Par cette même Larme, nous vous prions de nous écouter.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchez du monde, pardonnez-nous.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchez du monde, exau^ cez-nous.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchas de monde, faites-nous miséricorde.
ORAIS ON
Souvenez-vous... [Comme à Prime.)
S'ensuit le Mistère de la Saincte-Lerme, Comment elle fut apportée de Gonstantinoble à Vendosme
Du hault et souverain empire
Est descendu Dieu, nostre sire.
Il a prins humaine nature
Pour racheter sa créature,
Et, pour luy donner cognoissance
De luy et de sa grant puissance,
Avant qu'il souffrit passion
Pour humaine rédemption,
Il a fait miracles et signes
Qui sont de grant mémoire dignes,
Entre lesquieux il en fit ung
Qui est a tous assez commun,
Duquel Saint-Jean, de Dieu ministre,
Dist ainsi en ceste manière,
Que Lazare, qui estoit frère
Le Marthe et de Magdalène,
Trespassa de la vie humaine,
Par quoy il fut ensevely,
Et dedans la terre enfoui ;
Adoncles deux sœurs le mandèrent
A Jhésuscrist, et le prièrent
Qu'il vint leur frère visiter,
Affin de le resusciter.
Quand Jésus le sauveur du monde,
Ouquel tout pitié habonde
Ouy qu'estoit mort son amy,
D'où il estoit s'en est party,
Et tous ses disciples après
Et (tous) ses apostres par exprès.
Quand il arriva a Thostel
Où les deux sœurs faisoient grant dueil?
Plourant de leur frère la mort,
Lequel Jésus aymoit tant fort, Adonc(ques) s'est prins a frémir Nostre sauveur et a gémir, Et ploura des yeux de sa teste Cil de qui les anges font feste ; Puis après au tombeau alla Et à haute voix appella Le Lazare et dist : « Viens dehors Toy qui es avecques les mors. »
Adonc le Lazare qui puoit, Car déjà quatre jours avoit Qu'il estoit ensépulturé Et en un tombeau emmuré, Tout plein dévie s'est levé.
Par quoy Jésus si fut loué De tous les Juifz grans et menus Qui en ce lieu estoient venus.
Or entendez, au nom de Dieu, La manière comme en ce lieu Et en ce très sainct sanctuaire Et (si) très noble monastère, La Larme de Jhesus plorée Fut notablement apportée.
Incontinent qu'el cheust des yeux De Jhésus-Christ le filz de Dieux, L'ange* la receust chèrement, Et, comme on te voit clerement, La rnist en vaisseaulx précieux Et, a bien les voir, merveilleux; Car il n'y a nulle fracture, Ne souldure, ny ouverture, Et nul, tant soit sage ou savant, Ne sçauroit estre appercevant Comme en ces vaisseaulx est pousée Pour (y) estre dedans gardée.
Le vaisseau, qui est le plus grant, De dessus est de couleur blanc; Pas n'est de cristal, ne de verre, Ne de nul métal, ne de pierre;
* Irap. laacje.
Mais, par le pouvoir déifique, L'ange l'a fait si manifique :
Et l'autre est (placé) dedans ce, Qui de couleur d'or à double ance, Là ou reluist, je vous afferme, La digne et précieuse lerme Que ploura le sauveur Jhesus, Et de belle couleur d'azur ; Puis après, quand elle fut mise, Ainsi qu'avons fait la devise, L'ange a Maria Magdeleine, Qui de la mort de Jhesus pleine, La bailla précieusement, Et elle^ mouït dévotement La garda tant comme elle vesquit, Ainsi qu'on treuve en vieil escript, Après, quant elle trespassa, A Saint Maximin la laissa, Qui fut evesque de Marceille, De Provence notable ville ; Puis après, en (la) ville noble Et cité de Constantinoble, Très précieusement gardée Y fut jusques en cette année Que l'en disoit mille et deux vings Quand le comte des Angevins, Geoffroy Martel ainsi nommé, Funda ce temple renommé Par divine inspiration Et saincte révélation. ^Entendés merveilleuse chose Comme (ce) luy et sa bonne espouse Agnès, comtesse de Poitiers, Regardassent très vouientiers- Icy embas par les creneaulx Du chasteau, qui est en lieu haulx, Par les nobles gens dessus ditz Furent veues par trois sabmeditz Trois grans lances pleines de feu, Descendans du ciel en ce lieu, Qui toutes trois ilz s'assembloient
En une comme elle chcoit ; Ainsi, par l'amonilion Et bonne disposition Et conseil des clercs et des saiges, Hz fondèrent par bon couraige, Et a leurs despens firent faire Ce (si) très noble monastère En l'honneur de la Trinité, Et, pour eulx et pour leurs amis Dieu prier, moynes noirs ont mis, Lesquelz sont exemptz de l'evesque, Du légat et de l'arcevesque»
Ou temps dessus dit, l'empereur De Grèce demanda sequeur A Henry, noble roy de France, En faisant ou luy aliance Pour jecter les Turcs hors de Grèce, Qui luy faisoient molt grant opresse,- Et le roy, pour la foy veillant j Envoya (nt) pour le plus vaillant, Le bon conte Geffroy Martel :
Car en France n'avoit itel Comme luy de vaillant courage Pour résister au grant oultrage Que faisoient Sarrazins et Turcs A Dieu et a ses serviteurs, Quant le conte fut par delà, A l'aide de Dieu batailla Contre les Turcz, et par tel suyte Que les mist lors trestous en fuyte.
Et, quant le conte hors de Grèce Eust mis les Turcz par sa proesse, De l'empereur voulut partir Pour en son pays revenir.
Adonc, pour le rémunérer, L'empereur luy voulut donner D'or et d'argent moult grant chevarïce.
Et des thrésors grant habondance ; Mais le conte les refusa, Et de les prendre s'excusa,
Et demanda tant seullement
Des reliques, que large(me)nt
Avoit en trésor l'empereur,
Des sainctzde Dieu, nostre Seigneur.
Adonc, l'empereur commanda,
Et a son trésorier manda
Qu'on luy bai(l)last a son plaisir
Trestout ce qu'il vouldroit choisir^
Et, ainsi que le conte estoit
Au sanctuaire et regardoit
Les reliques, qui estoient maintes,
De plusieurs sainctz et plusieurs sainctés
Ung clerc secrètement luy dist
Que la lerme de Jhesuschrist,
Laquelle plourée il avoit
Quand le Lazare ressuscitait,
Estoit là dedans ce trésor.
Qui n'estoit pas couverte d'or,
Mais si estoit cela meilleur,
Nonobstant qu'él(le) fust mineur.
Lors le conte fut resjouy
Moult de ce qu'il avoit ouy,
Et print la lerme dignement,
En merciantDieu grandement,
Et puis la ba(i)lla à ses gens,
Qui furent assez diligens
De ce pays-la (ce) destournef
Pour par deçà s'en retourner.
Puis en après le nobl.î conte,
De quoy on doit faire grant conte,
S'çn vint après sa compagnie,
Qui devant luy estoit partie.
Mais adonc (ques). quand l'empereur
Sceut bien que ce noble seigneur
Avoit ce joyau precieulx,
Lequel sus tous aymoit le mieulx,
Moult courroucé fut à celle heure,
Et, sans faire longue demeure,
Envoya de ses gens après,
Pour arrester tous par exprès
Le conte, qui s'en retournoit
Et la saincte lerme emportoit.
Deçà et delà tant allèrent
Que le conte Gefïïoy trouvèrent.
Et ado(ncques) luy commandèrent
Par l'empereur et demandèrent
La lerme de Jhésus plourée,
Qu'avec lui avoit emportée,
Et qu'autres reliques auroiC
Adonc le conte dessusdit
Gratieusement respondit
Que la mer jà passé estoient
Geulx qui la relique portoient ;
Ef courroucés et (très) marris,
D'o le conte s'en sont partis
Les gendarmes et les heraulx
Et messagiers imperiaulx.
Adonc le bon conte Gefîroy
N'eust plus peur d'eulx (ny) nul effroy
Mais tellement il s'avança
Et hastivement chevaucha
Qu'il aconceut ceulx de devant
Qui estoient partis par avant
Et portoient la saincte reliquey
Sur toutes autres authenticquev
Puis finablement, ensuyvant,.
Le prince dessusdit souvent,
La lerme (de) Nostre Seigneur
Jhesuscrist, notre rédempteur,
Apporta par oblation
En grand joye et dévotion,
En cesainct et digne oratoire
Et très excellent monastère ;
Et les nobles religieux,
Qu'en furent (tous) moult joyeulxf
La receurent en vérité
En moult (très) grant solennité.
Nul ne scauroit penser ne dire,
Depuis que Dieu voulut eslire.
Ce lieu pour la lerme honnourer
Et dévotement l'adorer,
Les grans miracles de Dieu fais-
Sur yetilx malades et deffailz
Des gens qui, par dévotion
Et par dévote intention
La requièrent à leur besoing.
Plusieurs gens, de près et de loing,
Qui estoient malades des yeulx,
Les ung d'un, les autres de deux,
Qui estoient blecez d'aventure
De coup ou d'aucune pointure,
Ou de trop grant douleur de teste
Ou de mauvais vent de tempeste,
Q aant requis ont de vraye foy
Devant plusieurs ou à par soy
Ghestsi-Crist et sa lerine saincte,
Ont en santé sans nulle feincte ;
Les ungs, tantost qu'on(i) fait leur veu,
Incontinant santé ont eu ;
Les autres aussi en venant,
Aucuns en leur en retournant,
Les ungs en nouvaines faisant,
Et les autres en la baisant.
Encore en est venu de tieulx
Qui jamais n'avoient veu des yeulx,
Lesquelz ont receu veue ferme
Par vertu de la saincte lerme.
Qui plus a plain en veult scavoir, Ou en especial le veoir, Lise ou escoute en ces tableaux Qui sont ycy entour si beaulx :
Xar il y a de grans merveilles Qu'onc homme ouyt de ses oreilles, Nonobstant qu'il n'i a nul homme Qui en sceust nombrer la somme ; Mais aucuns ont esté tirez De plusieurs entérinez, Affin qu'on retienne tousjours Les miracles que tous les jours Dieu fait aux loyaulx crestiens, Qui sont dolens des yeulx céans,
Parla puissance et la vertu De Jalerme du roy Jésus.
Amen.
S'ensuyt ung miracle d'une fille de Bloys.
Une jeune fille de Bloys,
Qui n'avoit que dix-huyt moys,
Ou quart moy(s) les yeulxlui couvrirent
Ne oncques puis ne luy ouvrirent,
Tant que sa mère la voua
Et la saincte lerme advoua ;
Si deservit par sa prière
Tant que sa fille est veue entière.
Ainsi moult bien luy prouffita
Et puis de son veu s'acquicta.
Amen.
Fremuit spiritu Jésus et turbavit seipsum et dixit Judeis : « Ubi posuistis Lazarum? » Dicunt ei . « Domine, veni, et vide. » Et lacrimatus est Jésus,