‹ Voyage à Saint-Léger, campagne de m. le chevalier de Boufflers, suivi duChapitre 14 sur 23 · A MADAME CLAIRON DE L · texte numérisé non relu

A MADAME CLAIRON DE L

POUR LE JOUR DK SAINTE THÉr£sE , SA fItE.

i5 octobre.

La légende a pu vous apprendre

Que votre patronne pour Dieu ' A brûlé du plus tendre feu;

Son exemple aurait dû vous rendre ,

Je ne dis pas sainte , mais tendre.

Il ne faut pas exactement

 son goût conformer le vôtre :

était son amant,

Vous pouvez en avoir un autre ;

Mais tâcher de l'aimer autant.

Apprenez sur le diable un bon mot de Thérèse : // est bien maffieureux , dit-elle , iV rCaime point.

Belle Clairon , je suis bien aise

Que vous méditiez sur ce point ;

Car vous n'aimez , dit-on y personne ,

Et je .vois , les larmes aux yeux ,

Que vous ressemblez beaucoup mieux

Au diable qu'à votre patronne.

Mais voici un morceau d'un autre genre et du même auteur; aussi est-il fait à une époque bien difiiérenté.

M. le comte EIzéar de Sabran avait été enfermé au donjon de Vincennes pour avoir été soupçonné d'écrire un ouvrage où se trouvait un portrait de Napoléon y qui malheureuselnent était a£&eux de ressemblance. Les papiers du jeune comte furent pris et dispersés ^ on l'enleva lui-même , et on le conduisit dans cette prison d'état qui renfermait déjà

Il6 NOTES.

tant d'autres Tictimes. Le jour de sa naissance arriva, c'était le ijg mai i8i3 ; sa mère, madame Élëonore de Boufiflers , v^ve du comte de Sabran , et son amie madame de Grollier, parvinrent à faire pénétrer jusque dans sa retraite un bouquet. M., de Bbufflers accompagna cet envoi de fleurs de ces vers-ci ; jamais dans sa jeunesse il n'a rien fait , ce me semble, qui ait plus de vivacité et plus de grâce. C'est la mère qui parle :

Consolantes fiUes de Flore , Vous que mon Elzéar, dés sa première aurore, Prenait plaisir à voir entourer son berceau ,

Et que chaque printemps nouveau

Lui montrait plus belles encore!

Dans les prés, dans les champs que votre éclat décore , On ne le verra point vous chercher aujourd'hui. Il languit loin de vous , pénétrez jusqu'à lui ,

Et de.la plus triste des mères, Près de mon fils captif» riantes messagères,

Mêlez dans son trop long ennui Quelques distractions, hélas! trop passagères!

Il reparaît ce jour qu'en des temps plus heureux

J'ai vu luire sur sa naissance , Ce jour qui, tout brillant d'une longue espérance, D'un meilleur avenir a dû flatter mes vœux.

Il reparaît ce jour!... il ne voit que mes larmes ! Mais du moins , belles fleurs , qu'en ce jour solennel , L'infortuné reçoive un tribut maternel.

Qui pour lui ne saurait être fans quelques charmes. Étalez vos couleurs , exhalez vos parfums , Et que par leur vertu sa douleur amollie , Au lieu de se nourrir de soucis importuns , S'assoupisse aux vapeurs de la mélancolie, Jusqu^au jour (Dieu! quel jour ! } qui nous rendra la vie. Vers mon fils languissant portez votre fraîcheur \

Myâlërieux portrait de grâce et d'innocence, Moins belles k ses yeux que chères k^on cœur ,

Je crois d'ici le Voir d'avance Se ranimer d'abord k votre aspect flatteur , Puis vous baigner des pleurs de sa reconnaissance , Surpris de vous devoir une ombre de bonheur.

Dans chacune de vous il peut voir une sœur :

Riche des dons heureux dont vous offrez Pembléme, Tranquille, délicat, simple comme vous-même , Lui seul il ne voit pas , dans sa modeste erreur ,

Qifen vous aimant c'est lui qu'il aime.

De quel prix aujourd'hui vous payez cet amour ! Heureux , il vous cherchait ! et vous , k votre tour, Vous osez le chercher dans ces tristes demeures. Pour lui faire oublier la paresse des heures , • Et lui cacher les murs de son affreux sëjour. Vous voilà sous ses yeux !. . . que je vous porte envie ,

Et que ne suis-je une de vous !

— Mais, trop heureuses fleurs, dites-nous , je vous prie. Quel magique ressort de la porte ennemie

Faisait à votre approche écarter les verroux?

— Deux secrets talismans aussi forts qu'ils sont doux : Les larmes d'une mère et les vœux d'une amie.

Je n'ai pas la pièce que le jeune comte répondit à sa mère^ mais voici celle qa'il adressa à Madame de; Grollier son. amie :

Cette pervenche au milieu des pensées.

Du pauvre Jean- Jacques Rousseau Est la fleur et l'emblème. Au bord d'un doux ruisseau, Par elle il vit souvent ses peines effacées.

Les profonds abîmes du cœur Rendaient sa misère infinie.

Il y tombait sans cesse... et sa belle harmonie

Il la payait d'un immense malheur :

Mais la nature au moins restait k son génie.

Il n'était jamais Aul; Us arbres des forêts

Il8 NOTES.

Lui servaient d'amis sûrs, de confidens discrets : Il pouvait des ingrats se plaindre à la nature , Et ses larmes du moins tombaient sur la verdure. Hélas ! mes maux n'ont plus ce^ triste douceur ; Je n'ai pas son génie , heureux consolateur ,

Et dans un destin plot contraire L'imagination, ce don porsécuteur , Me condamne sans cesse à toute s» misère, M'entoure à cbaque instant des fiintÔmes du cœur. Pai de plus noirs ennuis dans mon cceur solitaire ,

Et tout est pierre autour de moi ; Je ne vois que des mur» qui toujours m'environnent , N'entends que des verrous qui toujours m'emprisonnent. Ah! sans doute je suis bien malheureux!.... O toi Qui m'entoures de Qeurs dans ma dure retraite. Que ne te dois-je pas! ta magique baguette

A seule écarté mes douleurs ;

Et je ne vois plus que tes fleurs* Je fixe ta pensée , ou regardant tes jroses , Je me figure avec moi que tu causes.

Jean- Jacques trop souvent rêvait des «nnemis ,

Moi^ je dois croire à des amis* Mois ta bonté touchante , à tant de grâce unie, A de mes maux e&cé la moitié ;

Et par toi , la fleur du génie

Devint celle de l'amitié.

Un jour M. de Boufflers entrait chez madame la baronne de Staély qui Ini demanda pourquoi il n'était point de l'académie? (Il en fut plus tard.) — Après s'être recueilli un petit moment, il répondit:

Je vois l'académie où vous êtes présente ; Si vous m'y recevez , mon sort est assez beau ; Nous aurons %, nous deux de l'esprit pour quarante : Vous comme quatre , et moi comiiie zéro.

Mais je m'arrête ; ces transcriptions me mèneraient trop

NOÏES. 119

loin, ayant encore , malgré la perte de plusieurs manuscrits , de quoi faire un très-gros yoliune de pièces inédites; et pour terminer cette note , je reviens à sa mère. Dans un portrait inédit , que je crois du comte de Tressan , je lis :

Tout mélange est impur, dit-on , chez les humains ; Mais j*ai yu de BouflSèrs lèst^ontrasies divins ; Leur charme séduisant forme son caractère:

Tableau vaste et brillant de la nature entière , Sa perspicacité voyait tout d'un coup d'oeil, Et son ftme élevée au-dessus die l'orgueil , '

Plaignait les malheureux , les aidait sans faiblesse : En caressant le luxe elle a fui la mollesse.

Ferme contre les maux , mais docile au plaisir , Son cœur sut tout aimer et ne sut rien batr.

Son esprit éclairé , qu'il faut nommer céleste , Ignora sa valeur et connut tout le reste!

Voltaire a fait pour die cette chanson inédite :

Pourquoi donc le Temps n'a-t-il pas ,

Dans sa course rapide, Marqué la trace de ses pas

Sur les charmes d'Ârmide?

C'est qu'elle en îonit sans ennui ,

Sans regret, sans le craindre v.

Fugitive encor plus que lui ,

Il ne saurait l'atteindre.

Le président de Montesquieu , quittant V Esprit des JLois pour rentrer dans le Templf de Gnide, Itii adressa <ys vers :

Boufflers , vous avez la ceinture Qu'au débrouillement du chaos , Reçut des mains de la nature Celle cni'on adore à Paphos. Si (pieiqûefois votre parure A êSes irrégularités.

120 NOTE^Sh.

Une grâce qui les corrige - Fait Toir à nos yeux enchantés Que la beauté qui se néglige Est 1^ première des beautés.

Une dame de beaucoup d'esprit, madame Dufresne-Durival» de Nancy , m'a communifRé cette énigme sur madame de Boufflers, qui semblait y par le corps comme par V esprit y formée d*une matière toute céleste :

D'«ine femme j'ai l'apparence :

Mais j'ai bien une autre substance ! .

Je suis d'air , d'aimant et dé feu ; Je porte partout la lumière :

C'est ma principale matière f Ceci n'est point un conte bleu.

Sur les cœurs j'ai toute puissance :

Je n'babite point dans les cieux , Mais on les trouve dan» les lieux Que j'embellis par ma présence.

( Page 63. )

BoufQers a raconté la Fille et le Cheval.

Quand La Harpe publia dans Iç Mercure ce conte infiniment plus leste que le mien, il le loua beaucoup. Une foule de journaux s'en emparèrent; M. de Bouffler» en fut proclamé l'auli^ur : il n'en réclama pas. Cependant il me dit après ma^ lecture : Fous vous é^s trompé, ce conte ne m'appartient pas. Ma surprise fut grande; je lui répondis que son désaveu tenait trop tard. — H insista. — Mais comme ce conte y et quelques anecdotes qui s'y rapportent, font partie de mes Souvenirs et Mélanges , le lecteur trouvera bon que je le renvoie à cet ouvrage , dont il a fléjà paru 2 vol. î«-8o, chez Bossange frères et Ponthieu , libraires. Prix : il^îr.

NCraS. 121

(Page 66,) • . .

Et puis après nous dînerons.

C% petit conte est une imitation d'une pièce latine. Il en parut une traduction sans nom d'auteur ^1618. Elle a depuis éfé attribuée à Sigogne dans quelques recueils ^ et à Mottin dans quelques autres :

Un mari frais dit à sa demoiselle :

— Souperons-nous , ou ferons le déduite

— Faisons lequel il vous plaira, dit-elle, Mais le souper n'est pas encore cuit.

£n i653y G, CoUetet en publia une autre^ intitulée r Amant gaillard :

Gorilas, jeune et gai , cajolant sa brunette, Lui dit : — Souperons-nous , ou ferons-nous le jeu ? — Tout ce qu'il vous plaira, rëpondit.la finette. Mais le souper encor n'est pas tiré du feu. *"

Dans les Œuvres posthumes et Facéties, attribuées bien injustement à Mirabeau jeune, 1 vol. in-i8 (anYiii),' on trouve une mauvaise version de la. même pièce , que je me dispense de transcrire.

(Page 66,) Disons un mot sur le mot.

Quand cette chanson fut <y>mposée9 ^^ ™^ gi^n<!ki de l'avoir écrite , et je-^s cette réponse aux reproches d'Eléo-

nore

Certes, je n'ai pas pour le mot Même estime que pour la chose.

Si j'ai gaîment chanté le mot, Tu dois me pardonner la chose.

Non, je n'ai pas besoin du root;

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