‹ Voyage à Saint-Léger, campagne de m. le chevalier de Boufflers, suivi duChapitre 16 sur 23 · SUR MADAME DE BOUFFLERS · texte numérisé non relu

SUR MADAME DE BOUFFLERS

L'Amour cria :

Tiens , la voilà , la voilà , i

Il lui disait , dans une autre occasion :

Au plus fort de mon ivresse, Ma voix ne trouve aucun son, Quoique pour vous ma tendresse N'est rien moins qu'une chanson.

Mais votre indulgence extrême Se plie à tous mes dëfatits; Il vaut mieux quand on dit : J^aime , Dire vrai que chanter faux.

Et il s'applaudit ainsi de son bonheur :

Je suis aimé . ^

De la bergère que j'adore ;

Je suis aimé De l'objet dont je suis charmé.

Fortune, que chacun implore, Que peux-tu me donner encore ?

Je suis aimé !

Pour son épithalame , il lui chanta les couplets suivans ;

ï 26 NOTICE

AIR : Un

Allons tous deux vivre ailleurs, Fuyons la cour et la ville; Loin du brttit et des grandeurs Choisissons un humble asile :

Qu'importé notre séjour, Si nous y menons F Amour !

Entre ces sauvages monts, Dans ce vallon solitaire, Tous deux nous habiterons Où tu vois cette chaumière :

Qu'importe notre séjour.

Si nous y trouvons l'Aniour !

Nous entendrons les concerts Des oiseaux du voisinage ; Et des sapins toujours verts Nous ofi&iront leur ombrage; Tout charme dans un séjour Où l'on est avec l'Amour,

Oublions avec Paris, Luxe, élégance et dorure;

SDE wj^âmE BE BorrFLEiift. .127

Si pour nous Tart a son prix,

Il ne vaut pas la nature :

Oui, rien ne vaut un séjour Où Ton est avec rAmoim

Gen^ qu» if abord nous pLiindront De fuir vers ces lieux sauvages , Peut-être eux-méme envîronf Notre chaume et nos bocages :

Ils envîront un séjour Où l'on est avec FAmour,

Ton bel âge sans mépris

Voit approcher ma vieillesse , Et mes cheveux bientôt gris M'effrairont point ta tendresse :

Non, jamais de ce séjour Nous ne verrons fuir l'Amour,

Ces chants si sitaples et ci vrais ne restèrent pas sans réponse. Cette muse brillante qui aurait pu redire :

Qu'il est doux de trouver dans un amant qu'on aime Un époux que l'on doit aimer,

i2& NOTICE

répliqua :

Nos cœurs daçs des nœuds si doux IBéniront notre fortune :

Elle suffira pour nous , r Puisqu'elle sera commune :

Rien ne manc[ue en un séjour Où Ton est afrec FAmour.

A charmer tes doux loisirs,

A te prouver ma tendresse, ^

A deviner tes désirs * Je m'occuperai sans cesse ;

Et tu verras ce séjour JTout rempli d^ mon amour*

Ah ! «i je te vois heureux . Sous notre toit solitaire , Je ne ferai plus de vœux Que pour mourir la première :

Te plaire est tout mon désir, T'aimer est tout mon plaisir.

Que me font tes cheveux blancs ?

Que me fera ta vieillesse ?

Si le Destin et le Temps

Page 1