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VOYAGE A TERRE-NEUVE. 79 nées, ont fini par s’y attacher tout à fait. L’abondance du poisson a commencé par les charmer ; puis ils sont partis; puis la vie mondaine est arrivée pour eux avec ses épreuves. Ils se sont souvenus du séjour de paix profonde entrevu dans leurs jeunes années ; plusieurs sont revenus s’y fixer tout à fait. Dégoûtés de tout, ils ont cherché le calme là où certainement il est absolu, et ils ont abdiqué au milieu de ces bois tous les souvenirs, tous les désirs, mais non pas toutes les habitudes de vie élégante qu'ils ont autrefois connues, Parmi ces solitaires on pourrait découvrir sans trop chercher les héros de plus d’une histoire romanesque aujourd'hui oubliée dans un monde qui en voit tant et qui ne tient pas registre des victimes. Une fois, dans le cours de mon voyage, mais non pas à Sydney, il m’arriva d'entrer dans une petite maison, au milieu des bois, pour y demander du feu. Un Croit jardin que garnissaient quelques fleurs communes entourait le seuil de la porte, En pénétrant dans l’intérieur, je me trouvai au milieu d’une école où de très-jeunes enfants récitaient leur leçon devant un maître qui malgré ses cheveux grisonnants, ne paraissait pas avoir dépassé encore l'été de la vie.
Quand j'eus articulé ma demande, en m’excusant du trouble évident que j’apportais au milieu de
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celte ruche si facile à émouvoir, le professeur me
conduisit dans sa chambre pour y prendre une allumette. Je fus frappé de l'aspect particulier que présentait cette pièce. Assurément, elle ne contenait aucun objet de luxe et le simple nécessaire s’y trouvait. Mais soit le choix de la tenture, soit l’arrangement des choses, soit enfin je ne sais quel signe difficile à définir, elle trahissait toute autre chose que la demeure d’un homme du commun. Mon hôte improvisé, sans mettre aucun empressement à prolonger l'entretien, acheva par le caractère sobre et digne de son exquise politesse de me confirmer dans les doutes qu'avait fait naître en moi la vue de son intérieur, et j'appris plus tard que c'était un gentilhomme anglais qui, à la suite de malheurs d'une nature très-poignante, avait quitté le service, était v nu s'établir dans le désert, et sous l’impression d'idées religieuses, s'y était dévoué à l’éducation des enfants.
Pour certaines âmes, on conçoit en effet que des pays semblables, et entre autres les environs de Sydney, puissent fournir le cadre d’une Thébaïde. Là, il n°y à pas d’agitation, là, iln’y a point d'avenir et, à part les quelques mois d'été où la nature s’\ montre douce et riante, c’estune claustration dans la neige où rien, pas même le plaisir des yeux, ne vient distraire ni fatiguer une imagination désabusée, ennuyée ou souffrante. Mais ce n'étaient pas précisément des dispositions de ce genre que les dames ou
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les demoiselles de Sydney souhaitaient de voir se développer chez nos officiers, et probablement pour prouver qu'ils n’y étaient point enclins, ces derniers vinrent un matin demander au commandant en chef, l'autorisation de donner un bal à bord du Gassendi, et, tout de suite, l'autorisation fut accordée ct le bal eut lieu Le soir même.
A bord, on à tout sous la main. Les matelots sont charpentiers, ils sont lapissiers, ils sont lampisies, ils sont fleuristes, ils sont décorateurs, peintres et passés maîtres dans tous les arts libéraux ; on leur offrirait de construire une cathédrale, une salle de spectacle, un hypogée ou un manége qu'ils n'hésiteraient pas à accepter l'emploi. La salle de bal fut bientôt prête. Le pont, débarrassé de ses canons, se transforma en une vaste tente, dont les pavillons de signaux formaient les parois et le plafond. Des lustres composés avec des baïonnettes dont les douilles jouaient Je rôle de bobèches, furent suspendus à des cordages entourés de torsades rouges; l'habitacle et Le cabestan devinrent d'énormes jardinières où des branches de sapin rempladient les plantes tropicales et les fleurs rares que le climat ne voulut pas fournir, et dans les coins de la salle d’autres Sapins donnaient encore aux Yeux tous les plaisirs de la verdure. Il va sans dire que les pavillons d'Angleterre et de France s'embrassaient au plus bel endroit, au-dessus de la
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tribune des musiciens. Mais, la fête n'avait ni de près ni de loin un caractère politique. Ceux qui la donnaient, comme leurs conviés, n’étaiént possédés, pour le moment, d'autre passion que de celle de la danse, et il fallait bien compter sur un développement énergique de ce goût, car je dois avouer un côté très-faible : c'était la musique.
A parler franc, nous ne jouissions en fait d'adepte de cet art et d’instrument pour l'exercer que d'un matelot auquel on avait confié un clairon et qui recevait dix centimes de solde supplémentaire par jour pour souffier dans cette machine. Il y mettait du bon vouloir, mais, soit, comme il le prétendait, que le clairon fût troué à de mauvais endroits, soit, comme le soutenaient ses détracteurs, qu'il eût plus d’audace que de science, ce ciairon rendait tous les jours des sons de plus en plus désespérés Il n’était oreille si martiale qui s’y püt faire, et, d'un avis unanime, il fut décidé que ce genre de séduction serait rayé du programine de la soirée. Mais, alors, comment s'y prendrait-on pour danser!
Un contre-maître ouvrit un avis important, Il révéla l'existence d’un tambour oublié dans un coin de l’entre-pont, et sur cette déclaration, un matelot apporta un fifre. Gette double découverte fut accucillie avec transport; malheureusement personne ne savait jouer du fifre. Et, d’ailleurs, malgré l'aorément incontestable des sons qu'on peut obte-