DES ESPÈCES
1C1' juin.
au
1er sept.
des capsules parvenues
à maturité.
en
coton.
en
graine.
Sium-Nankin, Gossypium siamense lund ru/ a .
Siam blanc, G. siamense lanâ albü
Péruvien, G.peruvianum .
Herbacé , G. herbaceum (***) .
Observations.
(*) Il y a eu, eu outre , un certain nombre de capsules imparfaitement ouvertes.
(**) Sous ce nom , je comprends les diverses variétés de Siam blanc citées dans mon mémoire, et une variété à graines noirâtres. 11 y a eu également des capsules imparfaitement formées.
(**‘) Le Coton de cette espèce était moins blanc, moins soyeux et plus difficile à détacher de sa graine que celui des Siams.
Page 96. — « Pour séparer le Coton de sa graine on se sert delà machine à « égrener bien connue, qui au moyen de deux cylindres, etc., etc. »
Voici la description que donne M. le docteur Descourtils, de cel appareil, dans sa Flore des Antilles, tome IV, page 211 :
« Pour séparer le Coton de la graine , on emploie une machine (ou moulin à Colon) composée de deux rouleaux de bois dur d’environ VO centimètres de longueur sur 3 cenli-
mètres de diamètre, cannelés dans toute leur longueur et posés horizontalement l’un sur l’autre. Un ouvrier, en présentant une poignée de Coton , met en mouvement la machine au moyen d’une manivelle que fait agir son pied. Alors les rouleaux tournent sur Taxe dans un sens contraire. Us sont assez éloignés pour laisser passer le Coton, qui est attiré par le mouvement de rotation, et trop serrés pour laisser passer les graines qui tombent aux pieds de l’ouvrier, tandis que le Colon laminé est reçu au côté opposé dans un sac ouvert .
« Dans les colonies de l’Amérique, ce travail est ordinairement confié aux négresses. Une bonne ouvrière prépare par jour 10 à 12 kilogr. de Coton brut, ce qui donne le tiers net.»
Nous avons reçu de Charlestown la communication suivante sur cet appareil, qui se nomme aux Etats-Unis roller-gin:
« Pour séparer le Coton de la graine, il est nécessaire qu’il soit passé entre les deux rouleaux que l’ouvrier met en mouvement, en appuyant le pied fortement sur la barre transversale qui réunit les deux tringles. Le Coton, dégagé de sa graine, est reçu dans le sac placé devant les rouleaux, tandis que la graine tombe à terre par l’ouverture qui se trouve immédiatement derrière les rouleaux.
« Cette opération demande un peu d’habitude et quelques précautions, et il faut une certaine adresse dans la manière d’étaler le coton au moment où il est présenté aux rouleaux. Il faut que ce qui est mis en contact avec les rouleaux soit d’une épaisseur convenable et à peu près égale; une trop grande épaisseur engagerait les rouleaux, et la force du pied qui les fait tourner ne pourrait les dégager. L’ouvrier doit se servir de ses deux mains afin de diviser le Coton plus également, en l’approchant des rouleaux; pour plus de facilité, il repose ses poignets sur la planchette, ce qui donne plus de souplesse à ses doigts et l’empêche de se fatiguer. Parfois le Coton s’entortille autour des rouleaux; alors l’ouvrier le dégage promptement.
« La vitesse donnée aux rouleaux est d’environ quatre-vingtdix tours à la minute; mais cette vitesse doit être variée selon les circonstances, dont l’ouvrier doit juger. Cependant une trop grande vélocité échaufferait le Coton, lui ferait prendre une partie de l’huile grasse que contient la graine et endommagerait ainsi le produit obtenu.
« Quelques planteurs réunissent sur une même ligne plusieurs rollers-gins : ils les font mouvoir soit par la vapeur, soit par îles chevaux; mais cette méthode a des inconvénients qui font revenir à celle indiquée ci-dessus.
« Les rouleaux s’ajustent au moyen de deux vis. Le rouleau supérieur est en bois dur, tel que chêne ou frêne; l’autre est en bois moins dur et plus élastique. Il faut choisir, dans tous les cas, du bois peu sujet à se polir par la friction. Le polissage empêche les rouleaux de saisir le Coton ; la trop grande dureté du bois fait écraser la graine : c’est pourquoi on a renoncé à l’usage des rouleaux d’acier. D’autre part, si les rouleaux étaient faits en bois trop mou ou trop fibreux, le Coton s’entortillerait à chaque instant. L’expérience doit doncêtre le seul guide dans le choix du bois.
« On a imaginé un rabot pour tailler les rouleaux. On dégrossit d’abord le bois et on l’assujettit dans un étau; alors on en fait entrer le bout dans le grand trou du rabot, trou qui est taillé en forme de cône tronqué. En tournant le rabot dans le sens convenable, le rouleau se trouve fait promptement et régulièrement.
« La tâche d’un ouvrier est d’égrener 12 à 15 kilogr. de Coton par jour.
« Le roller-gin ri est employé que pour le Cotou longue soie. Le Coton courte soie est égrené au moyen d’une machine dite low-gin, qui est composée de scies circulaires qui arrachent la graine en déchirant le fil du Coton. Cette dernière machine gâterait entièrement la qualité du Coton longue
soie. «
Un rapport adressé àM. le ministre de la guerre, sous la date du 4 octobre 1853, par M. Cox, de Lille , et qui a été reproduit dans le Moniteur universel du 15 du même mois, fait connaître les résultats importants obtenus de la culture du Cotonnier longue soie en Algérie. Nous nous bornerons à en extraire un passage relatif à l’égrenage, comme se rapportant plus spécialement à l’objet de cette note :
« M. le directeur de la pépinière centrale, dans un rapport qui m’a été communiqué par le ministre de la guerre, explique comment il fit opérer cet égrenage. Il s’est servi d’abord de cylindres en bois, qu’il a abandonnés parce que, disait-il, ces cylindres s’échauffaient et prenaient feu à l’endroit de leur insertion. Il a essayé ensuite des cylindres en cuivre, qui se sont cassés au milieu du travail et qui noircissaient le Coton. Il a remplacé ces cylindres en cuivre par des cylindres en fer, qui donnèrent, ajoute-t-il, des résultats assez satisfaisants pour s’en tenir à ce dernier mode d’égrenage.
« .Je n’ai pas à considérer ici la rapidité de l’exécution d'égrenage : je suis d’accord que l’on peut, avec des cylindres en fer, dégager tant bien que mal, dans un temps donné, une quantité plus grande de filaments; mais je dois tenir compte, avant tout, de la qualité du produit : or je soutiens que les cylindres en fer, mis en contact avec le Coton longue soie non égrené et agissant par la pression sur la graine imprégnée d’huile, doivent nécessairement salir et ternir le duvet, en même temps qu’ils brisent, énervent, abîment et détériorent le Coton en lui ôtant ses qualités les plus essentielles.
« J’ai voulu expérimenter moi-même une machine à égrener, dans le genre de celle décrite dans le rapport, et garnie de cylindres en fer avec rainures. J’ai obtenu un Coton tout coupé et morcelé comme celui d’Alger. J’ai essayé ensuite des rouleaux en bois dur (du buis) d’un petit diamètre et d’une longueur seulement de 20 centimètres, lesquels m’ont donné un Coton beau et parfaitement intact, c’est-àdire sans brisure , sans détérioration et ayant conservé sa blancheur et son lustre naturels. Je dois ajouter que le prix
élevé attribué généralement par l’industrie aux beaux Cotons Géorgie longue soie ne comporte pas la nécessité d’un égrenage rapide; il suppose, au contraire, une manière de procéder plus lente, plus tempérée et plus en harmonie avec les soins minutieux qu’il faut apporter dans 1a préparation de ce produit délicat.
« La méthode des cylindres en bois me parait donc, à tous égards, préférable à celle des cylindres en cuivre ou en fer. Mais un procédé qui l’emporte sur tous les moyens mécaniques, c’est l’égrenage à la main, qui donne un Coton plus propre, plus beau à l’œil et conservant mieux toutes les perfections originelles dont la nature l’a doué. L’égrenage à la main donne aussi un Colon plus homogène, en ce qu’il permet d’écarter les capsules médiocres ou tachées par l’humidité. Le Coton Géorgie longue soie des qualités extra-fines , étant égrené à la main , acquiert une plus-value de 2 à 3 fr. par kilogramme. Pendant longtemps l’égrenage à la main fut le seul usité eu Amérique pour les Cotons Géorgie de haute qualité; mais la production s’étant accrue dans des proportions considérables, on chercha des moyens plus expéditifs, ce qui donna lieu à mille essais qui se continuent tous les jours. J’ai reçu, celle année, de Charlestown une balle de Géorgie longue soie de fine qualité, Coton égrené par un procédé nouveau et qui me paraît avoir toutes les perfections du Coton égrené à la main; la connaissance de ce procédé serait une bonne fortune pour les planteurs algériens. »
Page 98. — Culture du Riz.
Des essais de culture du Riz sont tentés, depuis plusieurs années , dans les landes du département de la Gironde, près delà Teste, notamment dans la plaine de Cazeaux. Cette plaine appartient à la partie du grand bassin de terrains tertiaires au sud-ouest, spécialement désignée sous le nom de
landes de Gascogne, et qui s’étend sur le territoire de plusieurs départements. Le sol, essentiellement siliceux, a été amené, par la décomposition des végétaux qui le couvrent, à l’état dit terre de Bruyère, et repose généralement sur une couche de sable agglutiné et imperméable.
Des travaux de défrichement ont été tentés, à diverses reprises, par plusieurs compagnies.
Le système adopté dans cette localité pour la culture du Riz, sous la direction de M. Féry, est copié sur ce qui se pratique en Piémont, où cet agriculteur a été étudier les procédés et d’ou il a ramené un ouvrier expérimenté pour diriger l’irrigation .
Le terrain, mis à sec, est préparé, au printemps, par un seul labour à la charrue, après une fumure modérée. Les carreaux, de forme parallélogrammatique, sont entourés de petites digues pour y maintenir l’eau, qui y est introduite par des brèches dont on règle l’ouverture suivant les besoins.
La semence est jetée sur le sol humide; mais l’eau n’y est ramenée qu’après l’ensemencement, qui se fait dans la première quinzaine d’avril.
L’irrigation du terrain est tenue à la même hauteur (sans établir un courant, qui laverait le sol et emporterait les molécules fertilisantes) jusqu’après la levée de la plante. A ce moment, on la découvre pendant quelques jours, et elle est, suivant l’état de la végétation, alternativement baignée et découverte.
Passé ces premiers temps, l’eau est constamment maintenue à une hauteur de 0m,12 à O"1, 15 jusqu’à l’époque de la moisson.
La maturité et la récolte ont lieu à la fin de septembre.
On sème deux variétés de Riz : une variété sans barbe et une variété barbue. La première, plus rustique, mûrit plus tôt; elle serait préférée à l’exclusion de l'autre, si le grain n’en était pas de moindre valeur. Elle semble mieux appropriée aux conditions du climat.
Les frais de culture de toute nature ont été évalués à 200 fr.
environ par un agronome en qui nous avons toute confiance, le même, du reste, qui nous a fourni les détails ci-dessus concernant le mode de culture; toutefois il déclarait qu’ils étaient susceptibles de diminution. Nous trouvons, en effet, dans les tableaux imprimés qui ont été présentés par MM. Broutta et Féry, des calculs détaillés d’après lesquels ces frais avaient été, savoir, en 1848, de 221 fr. ; en 1849, de 321 fr.; en 1850, de 200 fr. ; en 1851, de 172 fr. ; en 1852, de 157 fr.
Quant, au produit, l’agronome dont nous venons de parler le portait, en moyenne, à 24 hectolitres par hectare. Ces 24 hectolitres donneraient environ 800 kilog. de grain décortiqué, lesquels, vendus à 30 cent, le kilogramme, donneraient 240 IV. de produit brut par hectare.
Mais nous ferons observer que ces différents chiffres, qui peuvent être au-dessus ou au-dessous de la réalité, ne doivent être accueillis qu’avec une grande réserve, jusqu’à ce qu’une série, de récoltes ait permis d’établir, pour cette branche d’industrie rurale qui est à son début dans cette contrée , d’une part un rendement à peu près assuré, et de l’autre une dépense normale.
Nous ajouterons à ces renseignements les observations suivantes, qui ne s’appliquent, d’ailleurs, qu’aux rizières des landes de Gascogne, ainsi que celles qui précèdent.
On a remarqué que les rizières les plus anciennes ( car cette culture date déjà de six années) étaient celles qui donnaient les meilleurs résultats pour l’abondance, l’égalité et la maturité; que les plantes adventices y étaient tout aussi rares que dans les carrés nouvellement défrichés.
L’égalité de la récolte exerce une grande influence sur l’époque de la maturité; là où les plantes sont très-vigoureuses par suite de leur trop grand espacement ou par la force végétative du sol, elles se maintiennent vertes plus longtemps et mûrissent plus tard.
Le Riz sur défrichement olfre plus d’inégalité que l’autre, comme c’est l’ordinaire pour toute espèce de culture, et en outre parce que l’opération du nivellement a enlevé la terre
végétale des places en déblai, pour l’accumuler outre mesure dans les places en remblai.
lin fait important à établir dans une année d’une température aussi exceptionnelle (1850), c’était la maturité. Il a été constaté qu’elle avait été parfaite pour la variété sans barbes et suffisante pour le Riz barbu. Dans quelques carrés de ce dernier, faits sur défrichement, certaines parties n’étaient pas encore bien jaunes le 22 octobre; mais le grain était déjà ferme, et la maturation pouvait s’achever en javelles, comme cela a lieu pour les autres Céréales.
La culture dont il s’agit a été essayée aussi dans le Delta du Rhône. Nous ne possédons pas de détails aussi précis sur les frais de culture et le produit ; mais il ne sera pas sans intérêt de placer, en regard delà culture du Riz dans la Gironde, les détails donnés, pour ce qui se rapporte à la Camargue et au royaume de Valence, par le baron de Rivière, propriétaireagriculteur du département du Gard.
Dans une des séances de la Société centrale, cet honorable correspondant lui donnait lecture d’un mémoire dont elle a ordonné l’insertion dans son recueil, et où nous trouvons le passage suivant :
« L’introduction de la culture du Riz sur le littoral delà Méditerranée, après vingt-cinq ans d’hésitation et de tâtonnements, vient enfin d’être réalisée sur une assez grande échelle (7 à 800 hectares), pour appeler sérieusement l’attention de la Société, qui ne doit rester étrangère à aucun progrès de l’agriculture dans le royaume.
Différents essais avaient déjà été faits, dans le siècle dernier, sur divers points du royaume; un, entre autres, par M. Faujas de Saint-Fond, aux portes de Montélimar.
Il y a quelques années, les agents de la compagnie de Beaucaire à Aigues-Mortes, qui avaient fait construire une machine hydraulique à vent au lieu dit les Iscles , eu-
rent l’idée de faire une petite rizière à l’aide de cette machine.
Ils donnèrent très-peu de façon au sol extrêmement salé qu’ils consacrèrent à celle culture, y apportèrent même trèspeu de soin d’entretien, et cependant ce Riz devint trèsbeau; sa’ végétation accomplit toules ses phases sans accident, quoique ces messieurs n’eussent pris que des mesures insuffisantes contre l’action des vents.
J’ai visité cette rizière après la récolte; le sol en était naturellement si salé encore alors, que les efflorescences salines le rendaient blanc comme le sont, en hiver, les prés couverts de givre, parce que l’eau douce n’y avait pas été assez souvent renouvelée pour opérer le lavage du sol, et cependant le chaume qui tenait à la terre par les racines attestait, par ses dimensions, la belle végétation de cette plante dont le grain, parfaitement nourri et très-gros, me fut montré dans un des greniers de la compagnie.
Malheureusement, les inondations de 18 Y0 envahirent ces greniers, en emportèrent le contenu, et les rafales de vent, très-fréquentes sur nos rivages sans abri, fracassèrent si souvent les ailes démesurément grandes de la machine hydraulique en question, qu’on ne donna pas suite à cette première expérience, n’ayant plus ni la semence ni la certitude d’avoir l’eau nécessaire au Riz.
Ce fut peu de temps avant cette époque que M. Gilles, agent de la compagnie générale de dessèchement, fit, au domaine de Paulet, une expérience d’ensemencement de Riz qui végéta parfaitement, mais qui s’étiola au moment où l’épi allait se former, et ne put nourrir son grain parce que l’eau lui fut enlevée, la compagnie en ayant besoin pour un emploi qui lui paraissait plus important.
Celte compagnie avait fait construire, pour l’irrigation de ses propriétés, des machines puissantes, à vapeur, à vent, à manège; mais, par suite de malentendus entre les gérants et les actionnaires, ou par toute autre cause que j’ignore, elle ne tirait presque aucun parti de ces machines. Je n’avais pu
encore engager ces messieurs, malgré mes instances réitérées, à donner l’ordre précis de les appliquer à la culture du Riz, lorsque M. Godefroi, successeur de SI. Gilles dans l’agence de Paulet, prit sur lui de se livrer à une série d’expériences sur cette culture, et y mit assez de persévérance pour qu’il ne restât plus le moindre doute sur la parfaite convenance des sols salés du Delta pour l’introduction de cette culture.
Je ne vous rendrai pas compte de ces expériences, que j’ai suivies, comme vous pouvez le penser, avec le plus vif intérêt, mais que vous connaissez par le compte qu’eu ont rendu divers journaux.
Je ne parlerai que du fait le plus saillant, c’est qu’on a tiré, deux ans de suite, d’un sol jusque-là stérile par excès de sel, une récolte d’une valeur double de ce qu’eût rendu un bon Blé sur une surface égale d’un terrain de bonne qualité.
Résultat immense en lui-même, mais qui devient incomparablement plus important, si l’on considère que les terrains salants, convertis en rizières, sont rendus propres, par cette espèce d’assolement, à presque toutes les cultures herbacées, si l’eau de la rizière a été assez souvent renouvelée pour que le lessivage du sol soit complet.
Le Raygrass anglais, le Raygrass d’Italie, la Pomme de terre, le Trèfle incarnat, le Trèfle des prés, le Trèfle blanc, le Trèfle de Hollande, la Luzerne même ont poussé vigoureusement dans les salants convertis en rizières par M. Godefroi, et ont donné de bons produits; je m’en suis assuré de mes propres yeux.
Quant à la qualité du Riz, j’en ai goûté : il est trèsbon et au moins égal a celui qu’on achète à Cette et à Marseille.
Reste à calculer le prix de revient ; c’est le point délicat, et j’avoue qu’il m’est impossible de donner, à cet égard, des renseignements positifs. Je renvoie aux chiffres de M. Godefroi, dont je ne veux pas, toutefois, accepter la responsabi-
lité, n’ayant aucun moyen de les contrôler, quant au coût de l’eau employée dans les rizières, ce qui est le point capital. .le dois même ajouter que j’ai des préventions, peutêtre exagérées, contre l’emploi des machines hydrauliques en agriculture, et que je persisterai dans ma réserve, à cet égard, jusqu’à ce que l’expérience m’ait démontré que j’ai tort.
Mais ce qui me paraît positif, c’est que le Riz exige fort peu de culture et que les bourrelets, qui sont la plus forte dépense quand on les fait à bras, pourraient être formés trèséconomiquement avec un va-et-vient d’une forte charrue à versoir, qui laisserait un sillon ouvert de chaque côté de ces hou rrelets.
11 suffirait ensuite de faire passer un homme pour régulariser ies terres, battre les talus et nettoyer les sillons latéraux, dont l’utilité serait grande pour submerger d’abord les rizières et renouveler ensuite leurs eaux.
Si jamais je cultive le Riz, ce qui aura lieu certainement dès que j’aurai la certitude de ne pas payer l’eau trop cher, voici ce que je ferai probablement :
Je commencerai par bien niveler la terre, chose facile et peu dispendieuse dans un pays aussi plat que le delta du Rb ône, puis je donnerai les cultures nécessaires pour ameublir le sol.
Cela fait, j’aurai à me décider entre trois systèmes, dont chacun a ses avantages ;
Le premier consisterait à ensemencer le champ comme on sème le Blé, et à faire ensuite les bourrelets;
Le second, à faire les bourrelets d’abord, semer ensuite, soit à sec, soit dans le sol détrempé, sur lequel on ferait passer une planche, un rouleau, une claie, une échelle ou des rameaux d’arbre pour recouvrir un peu le grain (1).
Le troisième système est celui qu’on pratique dans le
(1) Dans tous les systèmes, il est bon de faire préalablement tremper dans l’eau les sacs de semences pour hâter la germination.
royaume de Valence, et notamment à Succa; il consiste à transplanter, dans le champ préparé, le Riz qu’on a préalablement fait pousser en pépinière, opération en apparence fort dispendieuse, mais qui se fait avec une merveilleuse rapidité dans ce pays-là, grâce à la dextérité des hommes qu’on emploie et à l’ingénieuse méthode qu’ils suivent.
La voici telle que j’ai pu la comprendre par la description que m’en a faite un cultivateur valencien, dont la langue ne m’était pas familière.
On dispose, de distance en distance, dans le champ à planter, des bottes de Riz arraché lorsqu’il a 22 à 25 centimètres de longueur.
Chaque planteur, jambes nues, la plupart du temps en chemise, prend de la main gauche ce qu’il peut retenir de ces jeunes plants, en appuyant le paquet sur la cuisse du même côté, près du genou qui est ployé; de l’autre main, il détache trois à quatre plantes de ce paquet, fait un trou dans la terre avec l’index, et y ingère ces trois à quatre plantes à 8 ou 10 centimètres de profondeur, et à 30 centimètres les unes des autres, les butte toujours avec le doigt, et continue jusqu’au bout du champ la même opération, toujours la jambe gauche ployée en avant et la droite allongée par derrière, pour conserver l’équilibre et pouvoir atteindre le niveau du sol avec la main, sans effort et sans gène.
Il va sans dire que le terrain doit être bien imbibé d’eau préalablement, et presque à l’état de boue.
On conçoit que, par ce système, les compartiments peuvent être beaucoup plus grands, puisqu’on n’a pas à craindre que la plante soit arrachée par le vent, et qu’il suffit de disposer ces compartiments de manière que l’irrigation soit facile et la submersion égale sur toute l’étendue du champ.
On peut, d’ailleurs, donner ainsi à la jeune plante élevée en pépinière toutes les conditions les plus favorables pour la rendre vigoureuse; on peut la préserver des froids tardifs par des abris qu’il est facile de ménager sur l’étendue restreinte d’une pépinière.
De plus, le Riz ainsi planté est déjà fort quand les herbes parasites naissent, et il les étouffe, ce qui évite la majeure partie des frais de sarclage, opération très-dispendieuse dans les anciennes rizières, mais presque nulle dans les rizières qu’on forme sur les salants, au moins pendant les deux premières années, car il n’y a point de rudiments de végétation antérieurs (1).
Quelque système qu’on adopte, il est évident que l’eau est toujours la grande dépense, et, si des canaux supérieurs au sol ne sont pas construits, il esta craindre que le prix d’achat et de mise en place, les fréquents chômages des machines pour réparations, la cherté du combustible et la rareté des machinistes ne dégoûtent de celte culture, la seule pourtant qui convienne aux terrains samsouires du littoral.
Cependant il est telle combinaison qui pourrait en réduire la dépense de beaucoup. »
Page 102. — « La charrue, traînée par un seul buffle ou un jeune bœuf, « est un instrument simple et même grossier ; mais elle convient sans doute « mieux pour cette fonction que la nôtre , qui est considérée par les Chinois « comme trop lourde et trop difficile à manier. »
Trois espèces de charrue sont principalement en usage en Chine. Verni la description qu’en donne M. Hedde :
I. Charrue de Canton , à chausson et oreille ronde sur le côté , destinée à labourer les terrains légers.
Voici les pièces dont elle se compose :
1. Soc en fer, ou chausson adhérent à l’extrémité du manche de la charrue.
(1) Comme vous savez , le Panirum crus galli est le parasite le plus nuisible aux rizières. Dans les Riz transplantés, il n’existe pas, si l’on y prend peine ; ce qui rend précieux pour la semence les Riz ainsi obtenus.