CHAPITRE DIX-HUITIÈME
Testour. Le khalife nous accueille très-courtoisement et nous offre l'hospitalité dans une maison particulière.
27 et 28 juin.
Située sur la rive droite de la Medjerdah, la petite ville de Testour ne possède plus que de faibles vestiges de ses constructions antiques. Les remparts dont elle était jadis environnée sont complètement rasés; toutefois, il est encore fiicile, sur beaucoup de points, d'en suivre le pourtour. Elle est traversée, dans toute sa longueur, par une grande rue aux extrémités de laquelle sont des portes dont l'une a été rebâtie en partie avec des matériaux antiques. Je remarque qu'une centaine, au moins, de maisons sont détruites et abandonnées. Le khalife m'apprend que, pendant son enfance, la ville était plus peuplée et plus florissante qu'elle ne l'est maintenant : deux vieillards que je consulte également sur ce sujet me confirment la même chose; ils attribuent cette dépopulation aux exactions qui ont pesé depuis lors sur leur malheureuse cité, à l'époque principalement où le fameux Ben-Aïad était le premier ministre de la Régence.
Les habitants passent pour descendre, en majorité, d'une colonie de Maures chassés de l'Andalousie; ils m'ont paru doux et hospitaliers. Leur nombre s'élève actuellement à deux mille cinq cents environ. Quelques centaines de juifs vivent au milieu d'eux ; ils ont une synagogue et un cimetière particulier. Quant aux musulmans, ils célèbrent leur culte dans plusieurs mosquées.
Dans la mida de la grande mosquée (Djama el-Kebir), j'observe trois anciens tombeaux creusés en forme d'auges. Parmi les colonnes qui soutiennent la voûte de ce vestibule, il en est une qui a jadis servi de borne milliaire et qui est revêtue d'une inscription, aujourd'hui très-effacée. Je me hâte d'en copier les parties déchiffrables, le chaouch du khalife m'avertissant que ce lieu, consacré aux ablutions des
musulmans avant leur entrée dans la mosquée, est généralement interdit aux chrétiens.
IMPCAESAR MAVRELIVS CONSTANTINVS