CHAPITRE DOUZIÈME
Description de Rourba, Tancienne colonia Julia Gurubis^ où fut exilé saint Cyprien.
Kourba est une petite ville de deux mille habitants. Elle occupe une colline en partie rocheuse, à quinze minutes environ de la mer, dont elle est séparée par des jardins et par une sebkha peu étendue que les chaleurs de l'été des3èchent ordinairement. Plusieurs citernes et puits antique» sont, avec les ruines d'un aqueduc, les seuls restes de la ville ancienne à laquelle elle a succédé.
Cet aqueduc est aujourd'hui aux trois quarts détruit; néanmoins on peut encore en suivre la trace pendant plusieurs kilomètres. Il traversait l'oued, large d'environ quatrevingt-dix mètres, qui forme la limite de la ville au sud. Cet oued est à sec durant l'été. Au milieu de son lit on aperçoit les débris d'une pile appartenant à l'aqueduc dont je viens de parler, et qui, sur ce point, devait être à la fois et un canal et un pont destiné à faciliter le passage de ce torrent , lorsqu'il était grossi par les pluies d'hiver. Au delà de l'oued, en s'avançant dans la direction de l'ouest, on rencontre, chemin faisant , les soubassements de nombreux pieds-droits démolis, qui soutenaient des arcades depuis longtemps écroulées. Un seul est encore debout, à la distance d'environ vingt minutes de Kourba; il est construit en blocage. Le canal qui amenait l'eau mesure trente-cinq centimètres de large sur vingt-deux centimètres de profondeur. Un intervalle de deux mètres six centimètres séparait chaque pieddroit de son voisin.
Près du pilier demeuré intact, je découvre au milieu des broussailles un bloc mutilé et gisant à terre, sur lequel je lis :
2fâ VOYAGE EN TUNISIE.
OCAESAKEHMP'COS ^POMPON IV5-bbMAL( DVO^VIR-V
MVIlVM»OPPIDI'TOTVM-EX-SAX< QVADRATO- AEDIFIC- COE
Cette inscription, comme on le voit par la date qui se trouve contenue dans la première ligne y est la plus ancienne de toutes celles que j'ai recueillies dans la Régence de Tunis. A ce titre, elle a une grande import€mce. Elle nous apprend aussi que L. Pomponius, affiranchi du personnage du même nom et duumvir quinquennal, avait fait entourer la ville d'un mur construit en pierres de taille.
Cette enceinte est aujourd'hui complètement détruite , et je n'en ai distingué aucune trace autour de Kourba.
Le port, qui existait jadis près de l'embouchure de l'oued, n'est également plus reconnaissable , et les deux petits caps qui le déUmitaient sont à peine sensibles. Le sable l'a envahi et comblé peu à peu, et une seule barque de pécheur, à