CHAPITRE SEPTIÈME
Sans être antique, à proprement parler, elle est bâtie avec des matériaux qui le sont, et offre tous les caractères d'une reconstruction byzantine accomplie à la hâte avec des éléments divers et des blocs de toutes sortes enlevés à des monuments plus anciens.
La kasbah, actuellement en fort mauvais état, a l'avantage de renfermer une fontaine appelée Â]in-Boutaha , dont l'eau est bien meilleure que celle de la fontaine qui est dans la ville, et que les habitants désignent sous le nom d'Aïn- Béja. On descend à celle-ci par un escalier de plusieurs marches qui conduit à une grande cour dont les murs latéraux sont construits en pierre de taille. A l'extrémité de cette cour, l'eau sort d'un canal antique, aujourd'hui très -mal entretenu.
La mosquée principale, consacrée à Sidna-AYssa, passe pour la plus ancienne de la Tunisie. Au dire du kadi, du mufti et du khalife, que je questionnai à ce sujet, elle aurait été primitivement une église chrétienne. Suivant eux, ce sanctuaire aurait même été honoré de la présence de Sidna-Aïssa (Notre-Seigneur Jésus), que les musulmans vénèrent, sinon comme le Fils de Dieu , du moins comme le plus saint et le plus auguste de ses envoyés.
Mon titre de chrétien m'interdisait absolument toute entrée dans cette mosquée ; mais je me convainquis bientôt que la tradition singulière des habitants par rapport à ce monument renfermait quelque vérité, et que c'était bien effectivement une ancienne basilique chrétienne, qui plus tard avait été remaniée pour devenir un sanctuaire musulman. Car, ayant remarqué sur l'un des murs extérieurs de cette mosquée une grande pierre revêtue de caractères dont plusieurs perçaient à travers l'épaisse couche de chaux qui les recouvrait, j'obtins des autorités de la ville la permission de la gratter. Le khalife poussa même l'obligeance jusqu'à rester près de moi pendant cette opération , afin de me pro-
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téger par sa présence contre les fanatiques qui pourraient m*insulter. Quand j'eus, avec l'aide de Malaspina, achevé de gratter cette pierre, j'y distinguai les lettres suivantes :
.... NNVALENTETGA
DECIMIVS HILARIANVS HIL VS • VC • PROC
ETIONVM BASILICAM CVIVS S
DESIDERABATORN AFVNDA
. . GAQRVFINO ISSIMO • LEGATOSVO
(Estampage.)
Ce fragment épigraphique , bien que mutilé et incomplet, est cependant précieux , car il nous apprend par qui et sous quel règne cette basilique fut construite ou seulement réparée et embellie.
Sur un autre point des murs extérieurs de cette même mosquée, je découvris un second bloc, revêtu également d'une inscription que dérobait en grande partie aux regards la chaux dont on avait recouvert ce piédestal ; c'en était un , en effet, encastré dans la maçonnerie. Aussitôt que cette couche de chaux eut été enlevée, je lus ce qui suit :
L-POMPONIODEXTROCELE RINO- C- V- COS- AVRELIANO ANTONINIANO • ORDO SPLENDIDISSIMVS COLSEPVAGPATRO NOPERPETVOCVR- CSERGIOPRIMIANOEQRFLPP
{Estampage.)