CHAPITRE DOUZIÈME
a Sorti de Cairouan, le voyageur marche pendant trois jours à travers des villages et des lieux habités jusqu'à Obba. Cette ville, qui est d'une haute antiquité, fournit du safran excellent. Â six milles plus loin se trouve Lorbos. »
Ibn-Haukal ' la mentionne aussi :
N Obba, dit-il, est située a XII milles a l'occident d'El- Orbos et produit du safran égal par la qualité et par la quantité à celui d'El-Orbos. Les territoires de ces deux villes se confondent et forment, pour ainsi dire, un seul canton. Une source où les habitants vont puiser l'eau qu'ils boivent coule au milieu de la ville. Obba est entourée d'une muraille d'argile. Les vivres y sont à bon marché et les dattes y abondent; elle est dominée par une montagne. »
Tous ces détails sont très-exacts, sauf la distance indiquée par cet écrivain comme séparant Obba d'El-Orbos, car elle est trop considérable.
Edrisi * fournit les mêmes indications. Conformément à la Table de Peutinger, il place ces deux villes à sept milles l'une de l'autre.
Nous traversons ensuite, dans la direction de l'est, une grande plaine où nous apercevons çà et là des bandes de moissonneurs qui fauchent les blés. Ces moissonneurs nomades appartiennent presque tous aux tribus du sud; plusieurs nous reconnaissent comme ayant visité leurs douars, et nous échangeons des saints amis.
A six heures trente minutes, nous arrivons à Zouann, village qui peut renfermer deux cent cinquante à trois cents habitants, presque tous cultivateurs. Je n'y trouve que de très-faibles vestiges d'antiquités; et si une ville de quelque importance a existé jadis en cet endroit, elle n'a laissé d'elle sur le sol que des traces insignifiantes. Néanmoins, le savant
' Ibn^Haokal, DescripU de VAfritj.y Journal asiatique , 1842, p. 283. ^ Edrisi, Géographie, t. I, p. 268.
Mannert ' a cru devoir y placer Zama Regia ; maïs cette conjecture est certainement erronée, car, d'après la Table de Peutinger, c'est à l'est et non à l'ouest d' Assuras, aujourd'hui Zanfour, qu'il faut chercher l'emplacement de cette ville célèbre, où les rois numides avaient un palais.
Nous passons la nuit dans la demeure du scheik de Zouarin.
15 jain.
Départ à quatre heures du matin.
Notre direction est celle de l'est.
Vers six heures trente minutes, nous arrivons aux ruines de Zanfour.
La ville ancienne à laquelle elles appartiennent est depuis longtemps détruite et inhabitée. C'est l'antique Assuras, comme le prouve une inscription dont je parlerai tout à l'heure.
Elle était environnée d'un mur d'enceinte dont on peut encore suivre les traces sur plusieurs points; elle était en outre, de trois côtés, entourée et défendue par un ravin très-profond, aux berges abruptes et presque verticales, dans le lit duquel coule une rivière qui ne tarit jamais : c'est l'oued Zanfour. Deux ponts avaient été jetés sur ce ravin; il en reste encore quelques débris. L'un avait été construit en belles pierres de taille, l'autre en petits moellons mêlés de briques.
Les principaux monuments qui dans l'intérieur de la ville méritent de fixer l'attention du visiteur sont les suivants :
1** Une belle porte triomphale. Sa longueur totale est de onze mètres; l'ouverture de l'arcade est de cinq mètres soixante centimètres, et sa hauteur, sous clef de voûte, de sept mètres. Quant à celle du monument tout entier, je ne
^ Mannert, Géograph, anc. des Etats barbares^,, traduct. de MM. Marcus et Duesberg, p. 421 .