CHAPITRE QUATORZIÈME
Ces difFérentes bornes milliaires se trouvent à une faible distance au sud du marabout Sidi-bou-Atilah et en foce des ruines de Kern-el-Kebch, situées à quinze cents mètres environ à Touest sur une colline.
A trois heures dix-sept minutes, on me dési(pie sous le nom d'Henchir-oued-er-Remeul une enceinte rectangulaire bâtie en bloca^^e et qui occupe le sommet d*un monticule à droite de la route.
A trois heures dix-neuf minutes, nous franchissons Toued er-Remeul, appelé aussi oued Bou-Atilah, parce qu'il avoisine le marabout de ce nom. La koubba de ce santon est environnée d'un petit cimetière musulman.
A quatre heures, nous traversons, sans nous y arrêter, les ruines d'Aïn-Hedjah ; le temps m'aurait manqué pour les examiner suffisamment avant la nuit : je les décrirai plus tard, y étant revenu exprès une seconde fois.
A quatre heures trente minutes, nous quittons la {grande route de Tunis pour prendre, dans la direction du nord-ouest, un sentier bordé d'un fourré de petits pins, de lentisques, d'arbousiers et de diverses autres broussailles; le terrain s'accidente de plus en plus.
A ce fourré succèdent ensuite de belles plantations d'oliviers.
A cinq heures trente minutes, nous parvenons à Teboursouk, où le khalife nous offre l'hospitalité dans une chambre cpi'il met à notre disposition.
19 juin.
Teboursouk s'élève sur le penchant d'une haute colline. Elle est environnée d'un mur d'enceinte flanqué, de distance en distance, de tours carrées. Ce mur, construit avec des matériaux antiques, a été généralement fort mal bâti et est percé de nombreuses brèches. Une partie néanmoins est plus remarquable et mieux conservée. Une inscription, copiée
dëjh par plusieurs voyageurs et dont il n'existe plus que les deux derniers tiers, le premier ayant disparu depuis quelques années, nous apprend que cette portion des remparts fut relevée par Thomas, préfet du prétoire d'Afrique, sous le règne de l'empereur Justin II et de l'impératrice Sophie.
S NOSTRIS XRISTIANISSIMIS IS IMPERATORIBVS OFIA AVGVSTIS HANC MVNITIONEM SSIMVS PREFECTVS FELICITER RAEDIFICAVIT
C'est ce même Thomas que le poète Corippe' appelle le soutien de la Libye chancelante :
Thomas Libyacae natantis destina terrac.
La pierre sur laquelle est gravé le fragment qui précède est longue de deux mètres quinze centimètres et large de soixante-huit centimètres. Elle a été encastrée dans l'épaisseur du mur reconstruit par Thomas , près d'une porte monumentale aujourd'hui bouchée, et consistant en une grande arcade qu'accompagnent à droite et à gauche deux petites ouvertures latérales de forme rectangulaire. Cette porte est ornée de pilastres corinthiens. Antérieure très-probablement à l'époque de Justin II, elle n'a été elle-même que réparée par le préfet du prétoire Thomas. Cette réparation , comme celle du rempart attenant, a dû être exécutée avec précipitation , car les anciens blocs tombés ont été remis en place avec peu de soin. Ceux qui constituent les assises du rem-
1 Peyssonnel, p. 133. — Shaw, t. I, p. 221. — Maffei, Mus. Ver., p. 460, no 7. — S. Grenv. Temple, t. II, p. 310. — Peliissier, p. 248. — Berbrugger, Bev, afric, t. I, p. 377.
2 Corippus, De laudibus Justin i minons, 1. I, v. 18.