‹ Voyage archéologique dans la régence de Tunis (volume 2)Chapitre 92 sur 284 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

m'objecter ici que Thugga étant située à vingt kilomètres au sud de la Medjerdah, l'ancien Bagrada, ne peut être marquée comme étant située entre ce fleuve et Thabraca ; mais à propos de Musti, ville voisine de Thugga et comme elle citée par Ptolémée dans la catégorie des villes qu'il place entre Thabraca et le Bagrada, j'ai déjà dit que cet écrivain semblait avoir regardé l'oued appelé aujourd'hui Khallad et qui coule à l'est de Dougga, ainsi que de l'henchir Mest, comme l'un des bras du Bagrada, dont il est l'un des affluents.

A l'époque chrétienne *, Thugga devint la résidence d'un évéque, et nous avons vu plus haut que le temple de Jupiter et de Minerve garde encore les traces très-reconnaissables de son ancienne transformation en église.

Justinien fit construire un château fort en cet endroit, témoin le passage suivant de Procope', dans lequel, après nous avoir dit que cet empereur entoura Vaga d'une enceinte fortifiée, l'historien byzantin ajoute :

« ^povpiov d àxo&fx/i<jaTo h Tavnp ty} x^?> ^ Touxxa xaXoOacv. »

La distance qui sépare Thugga de Vaga n'étant que de trente-trois kilomètres , on est autorisé à penser qu'il s'agit dans ce passage de la ville qui nous occupe en ce moment. Si cette conjecture est fondée, il faut chercher les restes de la forteresse bâtie à Tucca par Justinien dans ceu^L de la citadelle byzantine que j'ai signalés à Dougga.

Les carrières d'où ont été extraits les matériaux qui ont servi à construire Thugga se trouvent dans les montagnes voisines : la principale se voit en un lieu qu'on désigne aujourd'hui sous le nom d'Oum-el-Haoua (la mère de l'air). C'est un plateau rocheux situé à deux kilomètres au sud de Dougga et sur le sommet duquel on remarque, entre autres ruines, celles d'un édifice rectangulaire mesurant neuf mètres huit centimètres de long sur sept mètres de large. Cet édifice,

^ MorcelH, Africa christtana, 1. 1, p. 334.

* Procop., De œdificiis, I. VI, c. v.

bâti en belles pierres de taille, a été agrandi ensuite à une époque postérieure avec des matériaux moins bien choisis. Les flancs du plateau ont été expjoités conmie carrière en beaucoup de points.

Au bas du Djebel-Oum-el-Haoua s'étend dans une yallée appelée El-BouYa un pont-aqueduc dune dizaine d'arches, parfaitement conservé et attestant un travail romain. Le canal qu'il porte disparait bientôt sous terre, le sol venant à s'exhausser au nord et au sud du pont. En suivant, dans la direction du nord, les divers regards qui, de distance en distance, comme autant de puits échelonnés, servaient jadis à éclairer le canal et permettaient d'y descendre eu cas de besoin, je suis parvenu, au bout de vingt minutes de marche, aux six grandes citernes où il aboutissait : je les ai déjà décrites. Il est inutile d'ajouter que cet aqueduc, dont la prise d'eau se retrouve à Hedjah, est hors d'usage depuis longtemps; mais ses belles ruines contribuent à prouver, avec toutes celles que l'on admire à Dougga, la splendeur et l'importance de l'antique cité de Thugga, sur laquelle l'histoire, néanmoins , se tait presque complètement , et que nous ne connaissons guère que par les débris de ses monuments.

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