CHAPITRE TRENTE-SEPTIÈME
Vers quatre heures de l'après-midi, en effet, au moment où j'allais y pénétrer pour l'examiner en détail, l'un des scheiks qui m'avaient accompagné m'avertit, en me montrant le soleil qui baissait à l'horizon, qu'il était temps de songer à la retraite et de chercher un refuge pour la nuit dans le douar le plus rapproché de Haïdra. J'interrompis donc mes recherches, et nous remontâmes tous à cheval. Bientôt les grandes ruines de la cité déserte fuient derrière nous, et nous n'apercevons plus que la masse imposante de l'arc triomphal de Septime Sévère.
A quatre heures vingt minutes, nous laissons à notre droite, au nord de Haïdra, les débris d'une construction assez considérable, bâtie avec de belles pierres de taille, près d'une zaouïa appelée Sidi-Aly-ben-Ibrahiin.
À quatre heures quarante minutes, nous rencontrons un henchir plus étendu, dont mes guides ignorent le nom. Je mets pied à terre un instant, et parmi d'autres ruines éparses, je remarque celles d'une construction rectangulaire, longue de huit mètres cinquante centimètres et large de quatre mètres quatre-vingts centimètres, qui me parait être un ancien mausolée ou une chapelle sépulcrale. Elle est bâtie avec des blocs très-réguliers et de grandes dimensions. A l'entour gisent un certain noinbçe de pierres tumulaires, la plupart mutilées et dont les inscriptions sont très-effacées. Il est facile néanmoins de déchiffrer celle qui suit :
NONIA MARCI • F I L I A SVRISCINA H • S • E
À cinq heures dix minutes , nous apercevons enfin la fumée d'un douar, et nous nous di. iléons droit vers les tentes qui sont dressées en cercle devant nous. Aussitôt que les Arabes de ce douar jettent eux-mêmes de loin les yeux sur nous, s'imaginant que les cavaliers qui peu à peu se rapprochent de leur campement appartiennent à une tribu ennemie, ils s'agitent tumultueusement, et des cris de femmes et d'enfants, que dominent les aboiements des chiens, parviennent bientôt jusqu'à nos oreilles. Pour faire cesser cette alarme, l'un des scheiks de mon escorte se détache de notre petite bande au yalop de son cheval, et, arrivé à la distance d'une centaine de pas du douar, il demande à parler au scheik de cette réunion de terites. L'entrevue a lieu; elle est de part et d'autre très-cordiale , car les deux scheiks se reconnaissent pour de vieux amis. Nous survenons nous-mêmes sur ces entrefaites, et nous recevons un accueil très-hospitalier de ces Bédouins nomades, dont nous voyons les troupeaux qui reviennent du pâturage. Une tente est dressée pour nous, et un mouton est tué en notre honneur.
Nous retournons de bonne heure à Haïdra , et je poursuis l'exploration des ruines de la ville.
La citadelle , que je n'avais pas eu le temps de visiter la veille, forme une vaste enceinte à peu près carrée, d'un kilomètre environ de circonférence. Flanquée de tours carrées , à l'exception d'une seule qui est demi-circulaire, elle s'étend en pente douce depuis le point culminant de la ville jusqu'à l'oued, dont elle lonfjc la rive gauche. Les murs qui l'environnent sont construits avec des blocs d'un puissant appareil , et accusent deux époques. Bâtis d'abord par les Romains, du moins je le suppose, ils paraissent avoir été relevés à la hâte par les Byzantins. Trois portes donnent entrée dans cette forteresse : la première à l'est, la deuxième