‹ Voyage au Cambodge; l'architecture khmerChapitre 32 sur 42 · EGYPTE, ASSYRIE, GRÈCE · texte numérisé non relu

EGYPTE, ASSYRIE, GRÈCE

Nous avons déjà noté l'analogie que la pyrajnide de Saqquarah et les constructions étagées de Ghaldée présentent avec les pyramides khmers, dont Tune (celle de Ka-Kéo) offre des proportions presque identiques à celles du « Tombeau de Bélus ».

Sur deux stèles égyptiennes du « British Muséum » désignées ainsi : « Petit sanctuaire avec la représentation d'Astarté, période romaine » et « Ani, officier d'Amen à genoux devant le soleil — XVIIP dynastie — 1703 à 1462 av. J.-C. », sont figurés des monuments en forme de cubes surmontés de pyramides, disposition semblable à celle des sanctuaires les plus simples du Cambodge et aussi à celles de petites constructions massives que Ton retrouve dans les parcs des temples à galeries. — On voit encore au Cambodge des stèles ou petits obélisques quadrangulaires couverts d'inscriptions comme les obélisques égyptiens ou assyriens.

Les Khmers, on Ta vu, ont fait concourir à leur décoration architecturale les grands animaux réels ou fantastiques ; ils ont recouvert les murailles de leurs temples de vastes compositions en bas-relief conçues d'après les mêmes données générales que celles de l'Egypte et de l'Assyrie et qui fournissent comme celles-ci de précieuses indications ethnographiques sur les races diverses que les artistes y ont figurées. Les Khmers ont aussi représenté les personnages vus de face avec les pieds de côté, ou les têtes de profil avec l'œil de face.

Les sculpteurs du tombeau deTi avaient en quelque sorte photographié la nature immobilisée ; ceux des chasses de Sardanapale àKouyunjik avaient figuré des scènes d'animaux vivants d'une expression sasissante; les artistes khmers ont composé des tableaux et représenté des scènes étrangement mouvementés et fantastiques. Moins roides que les Égyptiens moins exagérés dans leur modelé que les Assyriens, ils se sont montrés, dans leurs époques primitives, à la fois naïfs et habiles pour atteindre plus tard les dernières limites de la recherche. A une imagination ardente, à un goût très vif pour le merveilleux, ils ont cependant uni un réel sentiment de la nature ; sentiment qui se ma-

nifeste surtout dans la représentation des plantes, des arbres, des animaux indigènes tels que le bœuf, le cheval et l'éléphant.

S'essayant peu à peu à vaincre les difficultés que présentait l'art du bas-relief : les raccourcis et la superposition des plans successifs, ils ont acquis une habileté technique comparable à celle des artistes grecs ou des maîtres de la Renaissance, qu'ils eussent égalés peut-être s'ils eussent poussé plus loin l'étude de la forme humaine et s'ils eussent été plus souvent animés de ce sentiment de l'expression que Ton rencontre dans leurs statues de maître et qui se montre parfois aussi dans quelques sujets de leurs bas-reliefs qui sont alors de véritables chefs-d'œuvre.

Avant tout, le génie des Khmers était le génie de la décoration, et leurs sculptures, quelqu'importantes qu'elles fussent, n'étaient que le complément de l'œuvre des architectes.

En composant ces longues scènes de combats, ces interminables processions, ces mille sujets qui ornent leurs innombrables frontons, les artistes oubliaient rarement que leur tableau devait s'harmoniser avec l'ensemble de l'édifice ; que, vu de loin, il devait produire sur l'œil les mêmes effets de saillie et de creux, de lumière et d'ombre, que l'eut fait une succession de simples ornements disposés à ce seul effet. C'est grâce à cette union intime du sculpteur et de l'architecte, que l'art khmer a pu parvenir à sa haute perfection.

11 est étrange de rencontrer dans l'extrême orient ce sentiment parfait de l'harmonie jusqu'alors regardé comme l'apanage exclusif des artistes de l'occident. Le génie d'un grec, semble-t-il, n'eût pas autrement agencé les éléments dont l'artiste khmer pouvait disposer.

On a remarqué que les piliers cambodgiens se rapprochent de l'ordre dorique : d'autres analogies pourraient être signalées entre la Grèce et le Cambodge : proportion des ouvertures, des entrecolonnements ; forme des acrotères, palmettes, rinceaux; animaux fantastiques tels que les griffons, etc. S'il est vrai que quelqu'influence occidentale ne soit pas étrangère à la création de l'art khmer, il ne semble pas que cette influence ait suivi la voie du nord de l'Inde, tant est grande la différence d'aspect, de facture, qui sépare les œuvres de l'art gréco-indou (dont l'influence serait bien plus tôt visible dans les sculptures de Boro-Boudour) des œuvres khmers. L'abondance d'ornementation du Cambodge rappellerait plutôt la richesse romaine.

Quoiqu'il en soit, l'Inde à elle seule nous offre à la fois la pyramide, le pilier carré, la moulure composée d'un lotus et d'une plate-bande {forme initiale de la moulure cambodgienne); la colonnette octogonale; l'ogive encadrée d'un dragon surmonté de flammes; diverses formes de tours à étages et vingt autres détails dont l'ensemble paraît suffisant pour qu'il ait été possible d'en déduire l'art khmer.

La différence si marquée qui sépare l'esthétique cambodgienne de l'esthétique de l'Inde serait due d'abord à l'influence des anciens habitants du' Fou nan chinois qui vraisemblablement avaient déjà leur civilisation et leur art lors de l'arrivée des Hindous, et ensuite, à l'influence de la Chine et des autres pays circonvoisins.

(Sculpture d'un fronton de Bsion.)

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