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d'un bateau à vapeur, de sorte qu’elle arrive à Montréal en deux ou trois jours.
Les bords du fleuve, au-dessous de Montréal, sont plats et peu intéressans. Çà et là on découvre un village avec son clocher, couvert en fer-blanc. Les maisons des particuliers, bien peintes en blanc, sont éparses le long du Saint- Laurent à intervalles assez réguliers.
À peu près à 45 milles au-dessous de Montréal, sur la rive droite, la rivière de Sorel se joint au Saint-Laurent, et sur la rive gauche s'élève la ville de William-Henry, jadis nommée Sorel. Notre bateau à vapeur sv arrèta pour y renouveler sa provision de bois. Celte ville est triste; elle est principalement bâtie en bois; elle fut peuplée, dans l’origine, par des royalistes qui quittèrent les États-Unis, à l’époque de la révolution , et par un petit nombre de soldats licenciés.
La Sorel est l'issue du lac Champlain ; si on pouvait la rendre navigable pour les navires d’une moyenne grandeur , elle procurerait un moyen de relation commerciale très commode avec Pintérieur de l’état de New-York, et for-
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avec les grands canaux de l'Ouest, Quant à présent, elle rest fréquentée que par de petits bateaux ouverts et des trains de bois. Des rapides et des bas-fonds commencent à moins de 14 milles de son embouchure, et continuent avec peu d'interruption jusqu’au village de Saint-Jean, prés du lac Champlain. Une circonstance remarquable, c’est que la Sorel, bien différente des autres rivières, devient beaucoup plus étroite en s’approchant de son confluent avec une autre. À Saint-Jean, elle a une largeur de plus de 1500 pieds, qui diminue graduellement vers le bassin du Champlain ; et après être sortie de celui-ci, la largeur moyenne de la rivière n’est plus que de 750 pieds.
Immédiatement. au - dessous de WVilliam- Henry, un archipel d'îles répandues dans le fleuve le partage en une multitude de canaux. Quand on en sort, on entre dans le lac Saint- Pierre, un de ces élargissemens si communs dans les fleuves de l'Amérique. La longueur de celui-ci est à peu près de 20 milles, et sa largeur de 7 à 10. Des bancs trés considérables s'étendent le long de chaque rive, et contribuent
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égalité qui s’unit ordinairement à l’idée quensus nous faisons d’un lac.
À 10 milles environ du point où il se termine, nous arrivons à la ville de Trois-Rivières, sur la rive gauche du Saint-Laurent, à son confluent avec la rivière Saint-Maurice. Cette ville a recu son nom du triple canal que forment deux petites îles situées à l'endroit où cet affluent du Saint-Laurent se réunit à ce grand fleuve.
Trois-Rivières est à peu près à 96 milles de Quebec, et par conséquent presque à moitié chemin entre cette ville et Montréal. Elle est regardée comme la troisième ville du Bas-Canada ; mais elle est comparativement petite, et sa population ne s'élève pas à plus de 3000 âmes. 1 y a une usine qui donne du fer fondu d’excellente qualité. Je fus surpris d'entendre dire, à Montréal, que les poëles que l’on y fabrique, passeut pour mieux supporter la chaleur que ceux qui viennent de Carron en Écosse.
Je n’eus pas l’occasion de débarquer, et je n’en éprouvai pas de regrets; car, vue du fleuve, la vilie parait triste et inaclive; on n’y aperçoit rien de ce mouvement ni de ce bruit qui caractérisent les petites villes des rives du Hudson-
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River. Il est impossible de ne pas remarquer que les bords de ces deux fleuves sont habités par deux races d’hommes absolument différentes. L’une, dont les habitudes sont uniformes et héréditaires, se contente de suivre les pas de ses pères; l’autre, inquiète et aventureuse, à un point qui fait proverbe , achète et vend , expédie et importe, s'établit et émigre sans cesse, comme si du mercure, au lieu de sang, circulait dans ses veines.
A une quarantaine de milles, au-dessous de Trois-Rivières, le fleuve se resserre brusquement, et n’a plus que la moitié de sa largeur ordinaire. Il forme le rapide de Richelieu qui est d’un étendue considérable. Quoique la vitesse du courant soit beaucoup augmentée, l'agitation de l’eau est médiocre, quand on la compare avec celle des rapides entre Prescott et Montréal. Toutefois de nombreux rochers accroissent les dificultés de la navigation , et les batranx à vapeur n'essaient de franchir ce passage qu'à la clarté du jour.
Le Car of Commerce éprouva deux accicens en cet endroit, pendant que j'étais à bo:d, en remontant le fleuve au mois de juin. Il fit cou-
ler bas, pendant la nuit, une goëlette chargee de grains : une femme fut noyée ; et en descendant, au mois de novembre, le capitaine tomba, pendant la nuit, par une des écoutilles, et eut le bras cassé.
A quelques milles au-dessous du rapide de Richelieu , on laisse à gauche l’embouchure de la Rivière de Jacques Cartier ; elle porte le nom du premier Européen qui reconnut le cours du Saint - Laurent. C'était un Français natif de Saint-Malo; il fit mouiller ses navires, pendant l'hiver de 1536, à l'embouchure de cette rivière, qui est un torrent fongueux; elle se précipite de rocher en rocher avec une impétuosité si grande, que inême un canot de Sauvages ne peut s’aventurer que dans quelques parties de son cours. Les rives sont en général abruptes et raboteuses, et si impraticables en beaucoup d’endroits , que les Français, après avoir perdu Quebec, en 1759, choisirent sa rive gauche comme une position favorable pour se soutenir contre les Anglais.
La rive gauche du Samt-Lanrent commence à s'élever graduellement après avoir passé Trois- Rivières, et à quelques milles de Quebec, ele
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devicrnent l’une et l’autre hautes et escarpées. À 7 milles environ, au-dessus de Quebec, on passe à gauche devant le Cap-Rouge, ainsi nommé de la couleur rougeâtre de ses flancs rocailleux, et un mille au-dessous à droite , devant l’embouchure de la rivière de la Chaudière, où, pendant l'été, on voit presque toujours des navires qui prennent des cargaisons de bois de construction.
Alors on aperçoit une partie de la ville de Quebec, occupant l'extrémité du promontoire à gauche , et ses fortifications garnissant les bords d’une falaise rocailleuse à 340 pieds audessus du lit du fleuve.
Pour bien comprendre la position de Quebec, il faut se rappeler ce que j'ai dit de l'élévation oraduelle de la rive gauche du Saint-Laurent. Quoiquerocailleuse et abrupte du côté du fleuve, son sommet est plat, à plusieurs railles au-dessus de la ville; c’est sur ce plateau élevé aue sont les fameuses plaines d'Abraham, où Montcalm et Wolf, qui combattaient lun contre Pautre, perdirent tous deux la vie. La partie de cette plaine la plus élevée, e’est celle qui est contigué à la rive du Saint-Laurent, de ce point
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02 1 M. DUXCAN
elle s’abaisse d'abord par une pente douce, ei ensuite par une descente plus rapide vers les bords de la rivière Saint-Charles. Celle-ci vient des montagnes du Nord, et coule pendant longtemps en formant un angle droit avec le Saint- Laurent ; elle décrit ensuite un détour assez brusque vers l’est, el ensuite incline graduellement vers le sud , jusqu'à ce qu’elle unisse ses eaux à celles du grand fleuve devant le cap rocaileux sur lequel Quebec séléve. Ainsi cette ville est entourée de trois côtés par les eaux.
A l'exception du côté contigu aux plaines, la position de Quebec est st forte, que les fortificalions sont à peu j#és inutiles. Le roc nu sur le bord semi-circulaire duquel cette capitale est posée, est en uénéral très escarpé, et si haut qu'une escalade est absolument impraticable.
Dans d’autres endroits, les approches sont si abruptes et si difliciles, que l’on peut dire avec vérité, de la plupart, qu’un homme seul suflirait pour défendre le poste contre une armée “ilière, Quelques batteries et d’autres ouvrages complètent les moyens de sécurité : mais du
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Wolf débarqua ses troupes à un petit enfoncement de la rive du fleuve, à peu près à un mille au-dessus de la ville ; enfoncement connu aujourd’hui sous le nom d’anse de Wolf. A une heure après minuit, les troupes escaladérent les flancs boisés de la montagne par un sentier étroit, qui, même actuellement et de jour, semiblerait passablement difficile à un minéralogiste zélée. Wolf ayant réussi à gagner la hauteur, y rangea ses troupes, et attendit l'attaque de Montcalm qui réunit ses forces et marcha contre lui vers dix heures du matin. Le résultat de l'aflire est mémorable: les deux généraux furent tués, les Français vaincus, et six jours après Quebec capiluila.
L'aspect de cette ville, quand on ÿ arrive par le bateau à vapeur, est très imposant. Les bords du fleuve, depuis une petite distance au-dessus de l’'anse de Wolf, sont Couverts de brous sailles, et le long de la plage, des maisons blanches s’élevent à intervalles rapprochés. On apercou graduellement les forüfications de la ville ; d’abord les deux tours du Martello, qui, sem-
blables à deux sentinelles gigantesques, gardent les fameuses plaines; ensuite les redoutes autour de la citadelle, sur le sommet du cap au Diamant, développent lentement leur force ; les embräsures, les canons, les meurtrières, se présentent successivement à la vue. Sur une des batteries s'élève le mût et la vergue d’un télégraphe , et tout près du Lord du roc, escarpé à 345 pieds au-dessus du niveau du fleuve, flotte le pavillon de la citadelle.
Au pied du précipice, la lisière étroite de terre, qui n’est pas envahie par le fleuve, paraît couverte des nombreuses maisons de Ja ville basse de Quebec; des quais ont été poussés fort avant, et des navires de diflérentes grandeurs les entourent.
Sur la rive droite du Saint-Laurent, et un peu au-dessous de la ville, on voit la pointe de Lévi, dont la surface offre un grand nombre d’habitations, et qui, s’élevant par degrés , s'étend à une distance considérable et rétrécit le lit du fleuve. On a devant soi une vaste baie, longue de 4 milles, avec l’ile d'Orléans dans le fond; à droite et à gauche, et de tous les côtés, sont mouillés des
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VOYAGE AU CANADA. 85 seau de ligne; les uns arrivés récemment des ports de la Grande-Bretagne, d’autres attendant un vent favorable qui leur permette de gagner l'embouchure du fleuve.
L'eau s'élève, dans les marées ordinaires, à 17 pieds, et aux époques des équinoxes à 23 pieds. Quand on débarque sur les quais, on est quelquefois obligé de monter par une planche en pente longue d’une cinquantaine de pieds. Parvenu à terre , le voyageur est frappé du contraste de la ville basse de Quebec avec les ports maritimes des États-Unis. Les rues sonL très étroites, et bordées de hautes maisons en pierres : de nombreuses charrettes courent très vite entre les magasins et les quais ; les charretiers se tenant debout sur leurs voitures, criant de toutes leurs forces , en français, et se fichant lorsqu'un obstacle arrête leur marche au coin d’un passage étroit. La voie réservée aux piétons est très sale, à cause de l’eau qui filtre presque continuellement des flancs de la montagne; enfin Von est tellement heurté par les gens qui vont et qui viennent, qu'à moins d’être appelé par des affaires dans la basse ville, on y passe rarement beaucoup de temps.
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Cependant , pour les commercans , c’est là le vrai noyau de Quebec. La bourse, la douane, les bureaux de banque, les comptoirs, les magasins , les greniers des principaux négocians, tout cela est réuni dans un petit nombre de rues étroites ou plutôt de ruelles qui entourent le fond du précipice rocailleux entre ses flancs et les bords du fleuve. La plus grande partie du terrain, sur lequel la ville basse est bâtie, a été prise en empiétant sur le lit du Saint-Laurent, et l’on continue à en faire autant pour agrandir les limites habitables. Dans lintervalle d’une de mes visites à l’autre, elles ont été étendues; lon a ouvert l’extrémité d’une rue qui se prolonge en tournant vers la rivière Saint-Charles. Au-
delà de la ville, dans cette direction , il y a une
vaste plage sablonneuse, dont une partie est occupée par des chantiers de construction.
On va de la ville basse à la ville haute par la rue de la Montagne, nommée ainsi avec juste raison ; elle passe dans une espèce de crevasse naturelle sur le flanc du précipice. Ensuite elle décrit un détour angulaire, et continue à suivre la pente de la montagne, en devenant moins
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tant doucement la rue, on voit le château Saint- Louis, grand bâtiment, élevé sur le bord même d’un précipice qui a plus de 200 pieds de haut ; on peut même dire qu'il s'étend au-delà du bord, car sa façade de ce côté est supportée par des arcades en maconnerie qui ont plus de la moitié de la hauteur du bâtiment, et dont les piliers descendent beaucoup au-dessous du bord des rochers. Sur le haut de ces arcades règne une longue galerie d’où Pon jouit le la vue de la baie et du pays voisin, Le château Saint-Louis est un ouvrage des Francais; le grand nombre et la solidité des fortifications qu'ils avaient fait construire, prouvent le dessein de ceux qui avaient les premiers occupé Quebec, de se ma tenir dans cette position. Maintenant le château a perdu son caractère guerrier ; il sert de demeure au gouverneur de la province.
A droite de la rue de Ja Montagne, le rocher, pendant une partie de la route, menace la tête du spectateur; près du sommet est Pancien évêché, qui, aujourd’hui, est consacré aux séances du corps législatif. La rue est terminée par la porte de Prescott où une large arcade cintrée
donne passage aux voitures, eL une pelite porte