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bariolée autour des reins, et des souliers faconnés comme les mocassons des Indiens; mais le cuir en est plus fort. Ce sont de grands fumeurs ; rarement on les voit sans une petite pipe à la bouche : c’est ce qu'ils nomment un brûlegueule.
La politesse des gens du commun indique d’une manière caractéristique leur origine. Si deux hommes s'adressent la parole en pleine rue, ils tent leur bonnet; et ce geste est suivi des mots : «Bonjour, Monsieur. » Les prêtres catholiques que l’on voit se glisser tranquillement le loug des rues, sont vêtus d’une longue soutane noire, juste à la taille, et boutonnée par devant. Une petite calotte leur couvre la tête sous un chapeau de forme ordinaire ; les bouts d’une petite bande noire bordée de blanc pendent sous leur menton. Les étudians du collége portent un long surtout bleu avec des passe-poils en drap blanc, et autour du corps une cemture de laine en couleur, formant un nœud par devant.
On rencontre aussi, dans les rues, des Indiens du village de Cânavaga. Quelques-uns ont Pair sale et crasseux ; d’autres, au contraire, et sur-
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tout les femmes, sont très décemment vêlus.
J'en ni vu quelques-unes qui avaient un ample manteau de beau drap bleu , sur des habillemens de soie. Ces gens aiment beaucoup les ornemens en argent ; ils ont généralement un large anneau autour de leur chapeau, et une grande plaque percée de trous, qui leur pend sur la poitrine. Au milieu d’un groupe assis près du vieux marché, j’aperçus une femme qui avait un c:.fant suspendu derrière son dos, enveloppé du haut en bas de bandelettes, comme une momie égyptienne, et fixé ainsi à une planche. Ge singulier berceau est surmonté d’une saillie pour défendre la tête de l'enfant, et de plus est enjolivé de grains de verroterie et de morceaux de drap de couleur. F’ai observé plusieurs enfans emmaillotés de cette manière; aucun ne montrait de l’impatienee d’être ainsi garrotte.
Étant allé, en été, dans le village de Cànavaga, jy trouvai le capitaine Thomas, vieux chef indieu. Jadis il fnsait le commerce, et était à sun aise. Aujourd’hui ikest pauvre, parce qu'il a tout mangé; mais il continue à mener une vic dissipéc. Deux de ses fils ont été élevés au college de Montréal. Daus la plupart des
maisons où jentrai, les femmes travaillaient ; les unes brodaient des mocassons, d’autres faisaient les ceintures de laine que portent les Canadieus. Elles n’y emploient d’autre outil que leurs doigts. On nva dit que les femmes de ce village étaient les seules qui fabriquaient ces ceintures, dont une grande quantité est vendue aux marchanGs de Montréal. La plupart des hommes sont voyageurs.
Presque tous les négocians de Montréal sont , je crois, Écossais, et beaucoup sont,comme moi, ualifs de Glasgow. Quelques Anglais se mélent à eux, et il y a aussi un certain nombre d’Américains, natifs des États compris autrefois sous le nom de Nouvelle-Anpleterre. Ceux-ci se distinguent par la finesse et la persévérance qui sont les traits caractéristiques de leur esprit, et qui les font remarquer parmi les autres habitans de l'Union. La plus grande harmonie règne, autant que j'ai pu l’observer, entre ces Américains et les sujets du roi de la Grande-Bretagne. Les premiers conviennent qu’en se soumettant volontairement aux lois de PAngleterre, ils ne s’apercoivent pas qu'ils aient, par cet échange, rien perdu de {eur liberté.
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Malgré l’importance du commerce que Montréal fait dans l’intérieur et au dehors, ce n’est que depuis les premiers mois de 1819 que Pon a établi une Banque dans cette ville. Il y a quelques années, on essaya d’en former une ; mais les billets, probablement par le défaut de confiance, ne purent circuler, et le projet fut bientôt abandonné. Le manque d'éducation, parmi les Canadiens, est un grand obstacle à ce que le papier monnaie soit généralement adopté. Pour en faciliter l’usage aux gens qui ne savent pas lire, une des nouvelles Compagnies a eu recours à l’expédien! de représenter sur la marge des billets une certaine quantité de dollars, correspondante à celle à laquelle se monte le billet; mais les Canadiens conservent un attachement décidé pour l'argent sonnant , parce que personne ne peut les tromper sur sa valeur.
Quiconque connaît les États-Unis est surpris de ce qu’une banque ait tant tardé à être créée à Montréal. Dans ce pays, à peine une ville nouvellement fondée compte-t-elle cent maisons, qu'une compagnie se forme aussitôt, pour fabriquer au moius des billets de
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banque, si ce n’est même quelque chose de plus. Sans doute il y a dans cette manière d'opérer quelque chose de prématuré; mais au moins elle dénote une activité prodigieuse chez le peuple où elle se manifeste. D’un autre côté, quand on fait réflexion que la ville la plus commercante du Canada, ville dont la population est d’environ 20,000 âmes, et dont le négoce occasionne wn mouvement d’affaires qui emploie annuellement près de 150,000 tonneaux, a été privéc, pour ses transactions commerciales , du secours d’une institution de ce genre, jusqu’au commencement de l’année 1818, on suppose, avec raison , que la cause en doit être attribuée au caractère des négocians qui ont plus d’aptitude pour les entreprises particulières que pour celles auxquelles la coopération de plusieurs personnes est nécessaire, et qui en mème Llemps le cèdent en esprit public à ceux des Ltats- Unis. |
On dit, de plus, qu'aucune des deux banques qui ont commencé presque simullanément leurs opérations dans cette ville, n’aurait existé sans linclinalion entreprenante de quelques personnes des Etats-Unis, qui ne demeurent pas
de plus.
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même à Montréal. Quoi qu'il en puisse être , leur manière de procéder dans les affaires prouve que, parmi les associés, il règne une grande timidité relativement aux succès de la spéculation, et peut-être même des craintes sur leur solidité respective. Les billets de l’une des banques promettent que la somme spécifiée sera payée «avec les fonds de lassociation, et pas » avec d’autres », clause qui a eu évidemment pour objet de dégager individuellement les souscripteurs à l’entreprise de toute responsabilité au-delà de la somme pour laquelle chacun s’est engagé. On a quelques doutes sur la validité d’une telle stipulation ; il est certain qu'aucune banque particulière en Angleterre ne pourrait faire circuler de tels billets pendant une heure. Un autre trait singulier de ces établissemens est leur mode d’escompter les lettres de change. Les directeurs sont les principaux négocians de la ville, qui président tour à tour à la gestion des affaires ; toutes les semaines cette présidence charige, ce qui est annoncé par les papiers publics. Il doit résulter naturellement de cet ordre de choses, que la personne qui exerce cette pe- Lie autorité, est portée à soigner ses intérêts et
6o J M, DUNCAN.
ceux de ses amis, dans les escomptes de la se- ç
maine, de préférence à tout autre; et ainsi les
affaires de la compagnie, quoique administrées
honnêtement, doivent être sujettes à des vacil-
lalions et à des incertitudes perpétuelles.
Le même manque d’esprit d'entreprise se re-
marque dans Ja navigation du Saint-Laurent ,
qui est sujelle à des interruptions. Si lon faisait “ un canal de Montréal à La Chine, qui ne sont | fo:
séparés que par un intervalle de 9 milles, les ! à.
rapides, si incommodes, qui se rencontrent dans
cet espace, seraient évités; on ne serait pas
obligé, comme on l’est aujourd’hui, de trans-
porter si loin, par terre, toutes les marchandises qui vont dans le haut du pays. Voila vingt ans que l’on parle de ce canal ; il y a quelque temps, la législature provinciale vota 25,000 liv. pour cet objet ; il n’a été rien fait de plus. Sur ces entrefaites, les Américains des États-Unis poussent avec vigueur leur canal de 364 milles de longueur , entre le lac Érié et le Hudson-Ri-
ver, el un autre de 60 milles, entre ce même
Heuve et le lac Champlain. Il est possible que de lorsqu'ils auront Lerminé ces deux grands ou- Nvrages , 11 leur prenne fantaisie de traverser le qu
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VOYAGE AU CANADA, br
Saint-Laurent , el, par pur amusement, de creuser les 9 milles de terrain entre Montréal et La Chine; ce serait pour eux un travail qui exiuerait à peine quinze jours.
Toutefois il faut, pour rendre hommage à la vérité, dire que des symptômes indiquant une amélioration dans l'esprit public et dans l’énergie de la province commencent à se mani- {ester. Une compagnie d’assurance pour les mcendies vient de commencer ses opérations; ce qui fera rester dans le pays une portion considérable des fortes sommes qu’une compagnie de Londres en tirait annuellement pour le même objet. Des sociétés pour l’encouragement de l’asriculture se sont également formées ; on per: espérer qu’elles persuaderont peu à peu aux Canadiens de ne pas attacher leurs bœufs au joug par les cornes, et de ne pas jeter dans le fleuve le fumier de leurs écuries et de leurs étables, comme on le fait encore assez généralement.
Il ne subsiste plus au Canada que des couvens de femmes. Un habitant de Montré:! se conduisic chez les sœurs grises ; on y compte vingtquatre religieuses, indépendamment de la su-
périeure. C’élait autrefois un hôpital général pour les pauvres malades ; aujourd’hui on y prend soin principalement des orphelins, des invalides vieux, et des insensés. Les religieuses que nous vimes n'avaient rien de cet air mélancolique, langoureux et sentimental , que les lecteurs des ballades et des vieux romans sont enclins à associer avec leur nom : c’étaient des femmes toutes simples, assez laides, et d’un cerlain âge; et exceplé qu'elles étaient mises d’une manière un peu singulière, elles auraient pu passer pour les gardes d’un hôpital anglais. Elles avaient une robe de laine d'un vert olive très clair, avec de larges manches relevées ; une coiffe noire très juste et bordée de crêpe recouvrait un bonnet de toile, dont *n ne voyait que les bords; elles portaient sur les épaules uue sorte de palatine de toile empesée ; un petit crucifix d'argent pendait sur leur poitrine ; la plupart avaient un tablier de toilede coton bleue rayée.
Nous vimes dans deux des salles depetitsenfans dodus qui étaient Pimage véritable de la santé ; les petits berceaux où ils couchent étaient très
propres ; 1] parait, du reste, qu'il ne manque
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VOYAGE AU CANADA. 63 pas d’orphelins à Montréal. Je vis avec plaisir que ces bonnes religieuses témoignaient beaucoup d'affection à leurs élèves ; elles leur montraient toute la tendresse de méres véritables, et leur parlaient comme à des êtres faibles qu'elles chérissaient.
Dans une autre pièce destinée aux invalides âgés, et où je me contentai de jeter un coupd'œil, une religieuse lisait des prières à quelques-uns des habitans de l'appartement ; l’un d'eux, qui avait une jambe de bois à côté de lui, nous ayant aperçus, la rattacha à la hâte, et, s’'avançant vers la porte, nous demanda, en anglais, si nous voulions voir l'établissement. Nous le priâmes de nous conduire à la chapelle. Aussitôt il se mit à marcher devant nous. À une extrémité, il y avait un autel orné comme à l'ordinaire , et dans un enfoncement d’un côté, un autre dédié au Sacré cœur de Jésus. Audessus on voyait la représentation d’un cœur humain, entouré d’épines, et percé de clous ; sur tous les chandeliers et les autres objets dépendans de l’autel , le même emblème était fréquemment répété. À côté de l'autel, un cadre renfermait un papier sur lequel étaient écrites