‹ Voyage au Canada [microforme] (volume 2)Chapitre 8 sur 23 · TOME LU · texte numérisé non relu

TOME LU

des hommes raisonnables. Des fenimes qui consacrent leur existence à donner des soins à l’enfance qui ne peut se passer du secours d’autrui, à la vieillesse débile, aux malheureux que l’aliénation mentale rend dignes de pitié, ne sont pas des paresseuses, et ne se livrent pas à des occupations inutiles. Je ne doute pas que quelques-unes ne soient animées de l'esprit du bon Samaritain , et ne goütent la satisfaction la plus vive à pouvoir soulager les douleurs et les souffrances de leurs semblables. Je ne dois pas non plus refuser mes éloges aux travaux de celles qui enseignent à de jeunes filles les élémens de la lecture et de larithmétique, ainsi que les arts utiles de la vie domestique. Toutefois il y a nne distinction à faire dans ces sortes d’établissemens qui porlent à la fois un caractère séculier el un caractère religieux. Je respecte beaucoup le premier, et je ne puis que désapprouver complétement l’autre. Dieu ne peut jamais approuver des vœux qui, soit chez l’homme, soit chez la femme , ne sont qu’une détermination positive, sanctionnée par un serment, de s’opposer aux règles par lesquelles sa sagesse infinie gouverne le monde, Regarder cette dévotion qui

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apporte tont à elle-même, comme méritoire, et comme assurant des droits à la jouissance de la félicité future, est une de ces illusions fatales qui ne peut avoir été inventée que par celui « qui, dès le commencement , a été un trompeur. » Tous les avantages de ces institutions peuvent subsister sans l'existence de ce lien de servitude ; et le bien tem;orel que les religieuses et les moines peuvent faire quelquefois , n’est jamais capable de réparer ni de justifier le mal constant et continuel auquel il est nécessairement uni.

11 n’y a plus de couvens d’hommes au Canada, Un grand bâtiment, occupé autrefois à Montréal par des récollets, est aujourd’hui transformé en caserne. Quand les Anglais devinrent maîtres du pays, il fut défendu aux moines de prendre des novices : de sorte que la population des monastères s’éteignit insensiblement.

Quiconque visite un couvent de femmes, s’aperçoit aisément qu’elles ne sont soumises à aucune espèce de contrainte physique. Toutes les portes et les fenêtres sont ouvertes, et les bâtunens forment la plupart les trois côtés d’une cour non fermée, dans laquelle les religieuses

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passent en allant d’une partie de la maison à une autre. Mais il n’est pas douteux qu'il existe un frein moral d’une nature très puissante.

Abandouner un couvent après avoir prononcé ses vœux, est le plus abominable des crimes.

L'infortunée qui se rendrait coupable d’une pareille démarche, ne trouverait d’asile nulle part. Ses parens lui fermeraient leurs portes; ses parens la regarderaient de plus mauvais œil qu’une hérétique ; les prêtres fulmineraient contre elle la sentence de l’anathème : son nom serait rejeté comme un mal. Bannie de la société, notée d’infamie , marquée du sceau de la réprobation , la malheureuse pourrait implorer la pitié, mais il y a trop de raisons de croire qu’elle n’en trouverait pas.

Montréal a deux établissemens relatifs à l’instruction , tous deux liés avec l'Église romaine : lun st le séminaire, fondé en 1657; le second, le nouveau collége. On dit que le cours d’éducation y est complet; il commence par les élémens les plus simples, et s'élève jusqu'aux branches les plus hautes de la philosophie et des mathématiques. Les lecons se donnent en français. On estime le nombre des étudians dans

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VOYAGE AU CANADA 69 ces deux maisons, à près de trois cents. Les enfans les plus jeunes, de même que les homines d’un âge assez mur, portent le même costume, qui est la soutane ecclésiastique; toutefois linstruction n’est pas dirigée uniquement pour que les écoliers deviennent prêtres; mais ces deux maisons , de même que le séminaire de Quebec, sont les seules pépinières d’où l'on tire les ministres de l'Église romaine au Canada.

Ces écoles, quoique très utiles sous beaucoup de rapports, tendent malheureusement à perpétuer le règne de la langue française et de Ia doctrine de l’Église romaine dans ce pays, el conséquemment à prévenir l’amalgame complet de ses habitans français avec ceux qui sont d’origine anglaise. Une mesure lésislative très sage, serait l’établissement d’un collège anglais, sur des principes libéraux, et d’après un système qui ’admettrait pas d'exclusion. Un M. Macgill, décédé en 1814, légua, par son testament, une somme de 10,000 livres sterling, et des propriétés foncières, qui devaient être consacrées à fonder une maison semblable. Mais. jusqu’à présent il ne paraît pas que l’on ait rien fait

pour exécuter les volontés de cet homme bien--

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faisant; el comme les biens doivent revenir à ses héritiers , si, dans dix ans, on n’en a pas fait l’usage qu'il a indiqué, il est à craindre que le projet ne finisse par échouer complétement.

La principale église française est ouverte pendant toute la semaine, depuis le grand matin jusqu’au commencement de la nuit. À quelque heure que l’on y entre, on est sûr d'y voir des Canadiens agenouillés, et récitant leurs prières devant un des autels qui sont au nombre de quatre à cinq. Le long des murs de l’église, il y a des confessionnaux , où l’on aperçoit d’autres personnes à genoux devant un grillage en bois, à travers lequel elles parlent tout bas à un prêtre qui est assis derrière.

Le dehors de cette église est extrêmement simple. Le toit et le clocher sont couverts en fer-blanc. En plusieurs endroits se montre un chiffre formé de l’union des lettres A et M, ce qui signifie Ave Maria. L'intérieur du temple est brillant et très orné ; il y a beaucoup de ta-

* bleaux, dont un petit nombre seulement ont

du mérite. L'église est dédiée à la Vierge Marie, dont une statue assez grande est placée dans

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VOYAGE AU CANADA. 71 une niche, inmédiatement au-dessus de l'autel principal qui est resplendissant de dorure.

J’allais fréquemment dans cette église; un jour j'y assistai au baptême de deux cloches. Au milieu de la cérémonie, un vieux prêtre en surplis monta en chaire, et prononça un discours assez long. Je ne comprenais pas assez la langue pour bien entendre le sermon ; mais on me dit qu’il avait pour but de pénétrer les auditeurs du caractère saint de la cérémonie qui allait avoir lieu. Je ne doute pas que le prédicateur ne füt persuadé que cette exhortation était nécessaire, car l’assemblée n’avait nullement l'air recueilli. La plupart des personnes présentes semblaient n’avoir été, ainsi que moi, amenées que par la curiosité ; on montait sur le haut des bancs, et l’on se pressait si tumultuairement , que le prêtre interrompit deux fois son discours pour nous semoncer, et, dans une de ces occasions, frapp: des mains avec beaucoup d’humeur, et men‘iça de suspendre la cérémonie. Je dois, en tcute justice, ajouter que parmi les auditeurs le plus grand nombre n’étaient pas des Canadiens.

Les prêtres catholiques sont seigneurs ou su-

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périeurs de toute l'ile de Montréal, A chaque mutation de propriété territoriale, on leur paie un douzième du Montant du prix de la vente.

L'usage accorde une déduction du quart pour le prompt Paiement ; et l’on dit que les pro- Priétaires Protestans exigent fréquemment des Prêtres un “scompte beaucoup plus considérable, On ajoute que les ecclésiastiques mettent généralement beaucoup de modération dans la manière dont ils exercent leurs droits reconnus Par la Loi, et qu'ils vivent très amicalement avec leurs Vassaux protestans.

IL ya quatre églises Protéslantes à Montréal,

Quant à Ja société el au genre de vie de celle ville, il est possible que les étrangers qui en Parlent ne soient pas d'accord entre eux, Qui- ‘onque aime la bonne chère, les cartes y à danse, la musique et la Joie, S’Y trouvera parfaitement bien, et Pourra satisfaire ses goûts. Si, au Contraire, on recherche la sociélé des hommes inStruits, on aura, je le Crains, de Ja Peine à rencontrer ce qui Convient ; si enfin on est d’un caractère grave el porté aux entretiens religieux, on sera encore plus au dépourvu, Je

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VOYAGE AU CANADA. 73 fus surtout frappé de l’ardeur avec laquelle on se livre aux jeux de cartes et de dés: ces passetemps semblent être l'unique ressource dans les réunions du soir, lorsqu'elles n’ont pas lieu expressément pour danser. Je serais un ingrat si je ne rendais pas uu éclatant témoignage aux habitans de Montréal, pour leur hospitalité et pour les attentions pleines de bonté dont ils comblent un étranger; mais, à moins qu’un voyaveur ne soit disposé à prendre part à leurs divertissemens, il doit s’attendre à paraître quelquefois un peu singulier, lorsqu'il est en compagnie.

Un seul fait suffira pour faire apprécier l'état de la littérature dans cette ville ; il n’y a actuellement qu’une seule boutique de libraire où l’on trouve une collection de livres anglais; mais elle ne mérite que des éloges très modérés; un petit nombre d’autres ont des livres de prières à l’usage de l’Église romaine, ct quelques légendes monacales; c’est tout ce que l’on voit sur leurs tablettes avec du papier blanc. On ne peut pas s'attendre en effet que le débit des livres en ce pays soit aussi considérable que dans la Graude- Bretagne, ni même qu’aux États-Unis. Parmi les

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