MADAME MOREL DE LA DURANTAÏE
LOWELL, MASS., ÎMPRIMKRIK DE i/ETOII.E, 67 RIE MARKE3?,
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m PREFACK.
I KCTKURS Canadiens, défions-nous des Lawrence et ^ ~ des Winslow, ainsi que des De la Tour : Ils sont T morts il est vrai, mais il nous semble que leur I souffle empoisonné plane dans Tair. Qui de nous ne se rappelle pas de 1837-38, cet échafaud sur lequel de nobles cœurs rendaient leur belle âme à Dieu, pour l'amour de leur patrie ! Voyez ce jeune homme de 16 ans qui était Tunique soutien de sa pauvre vieille mèrç : il monte courageusement les degrés de cet infâme gibet. Demandez à ces pauvres victimes du fond de leurs tombes, interrogez- les, elles vous répondront ; " Défiez- vous ! " Oui, il nous faut se d fier de ces hommes sans cœur, qui se vendent pour de viles sommes d*argent, ou bien pour garder leur siège de sénateur ou de ministre. Voilà autant de Lawrence ressuscites. Oui, il nous faut nous défier, et surtout de bien prier si nous voulons éviter de' nouveaux malheurs comme ceux que notre cher Canada a été le théâtre à différentes époques ; ne l'oublions pas, si nous voulons avoir de bons représentants, animés de Tesprit de justice et de foi, car un gouvernement qui n'a pas la prière pour principe, il est très dangereux qu'il devienne athée.
J'assistais hier à un sermon, et l'éloquent prédicateur prouvait la nécessité de demander à Dieu par la prière ce que nous avons besoin sur la terre.
Le collège de Memraracook n*a guère plus de vingt ans d'existence (1864), et il marche dé^à de pair avec les collèges classiques de la province de Québec. Plusieurs de ceux-ci lui sont même inférieurs sous le rapport de l'organisation maternelle.
Ce même collège qui porte le nom de St. Joseph sur les confins du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle- Ecosse, au centre même des populations Acadiennes, ne pouvait être mieux choisi.
Remontez à l'origine de chacune de nos institutions catholiques vous trouverez un prêtre. Ici encore c'est un prêtre qui apparaît au premier jour, et qui est l'âme de cette oeuvre» C'est sous l'inspiration du Père Lefebvre, c'est par son zèle^%)n énergie, sa persévérance, son habilité administrative, en un mot par toutes les qualités qui distinguent les fondateurs, qu'a été créé et organisé ce magnifique établissement, qui est le seul de ce genre dans les provinces maritimes, qui soit dédié aux Acadiens.
On ne saurait exagérer l'importance d'un pareil établissement. Le plus grand malheur n'a pas été la dispersion des Acadiens, mais l'abandon presque complet dans lequel ils ont été laissés durant près d'un.^ siècle. Dans toute cette douloureuse période, ils n'ont eu on peut dire aucun moyen d'instruction. La plupart furent
même longtemps sans avoir de missionnaires résidant au milieu d'eux.
On conçoit Tétat d'ignorance et de stagnation qui s'en est suivi. Mais de nos jours une ère nouvelle a commencé pour les Acadiens et elle coïncide précisément avec l'ouverture du collège de Memramcook, qui en a été la principale causé. Il en est sorti toute une pléiade d'hommes instruits, actifs, animés d'un patriotisme ardent et éclairé, qui ont fait leur réputation dans différentes carrières, et qui défendent la cause de leurs compatriotes sur tous les terrains de la vie publique et privée. On compte parmi eux deux sénateurs comme M. Poirier, écrivain aussi distingué que sage politique, des députés aux communes et aux législatures provinciales comme MM. Landry, LeBianc, Terriault, Le- Biilois, etc., des avocats, des médecins, des instituteurs, et d'excellents prêtres parmi lesquels il faut compter l'abbé Cormier, curé de Cocagne, l'insigne bienfaiteur du collège dont j'ai déjà mentionné le nom. Chaque année voit s'accroître cette phalange d'hommes remarquables, qui, avec le temps, fera reprendre au peuple Acadien la place que ses malheurs lui avaient fait perdre.
Ma Châre Amie:
J'apprends que vous êtes de retour d*un voyage dans les provinces maritimes et que vous étiez à Grand Pré, le jour anniversaire de l'expulsion des pauvres Acadiens.
Ope n*étais-je auprès de vous pour partager les émotions que vous avez dû ressentir en visitant le beau site de ce village, ainsi que le cimetière et l'Eglise d'où les infortunés Acadiens furent forcés, l'épée dans les reins, de prendre le chemin de l'exil.
Faites-moi donc part de ce qui vous a le mieux redit le pos^é
de notre Jaune Acadie? Que reste-t-il des ruines de l'ancien Port Royal, des forts Beauséjour, Beaubassin ? Je suis par anticipation,
Votre amie obligfée,
Ma Chère Amie,
Vous m'écrivez comme si je revenais de l'Acadie, les mains pleines de dépouilles archéologiques; détrompe «-vous. En parcourant la pauvre Acadie, j'obéisnais à une demande qui m'avait été adressée par THon M. Tremblay, M. le Chanoine Paré et MM. les échevins de Montréal, de bien vouloir faire une excursion là oii bon me semblerait, dans le but de recueillir des aumônes pour les pauvres incendiés du Saguenay. Seulement, lorsqu'il s'est agi de tracer mon itinéraire, il n'est pas étonnant que je me sois rappelée le pays de mes ancêtres, car c'est chez ceux qui ont souffert le plus dans le passé, que l'on doit chercher les plus douces sympathies envers les malheurs présents.
Toutefois, si ma visite aux provinces maritimes est une mission de charité, je n'ai pu parcourir cette terre arrosée des Jarmes et immortalisée par le désespoir impuissant de tant de braves voués à l'extermination comme peuple, sans . ressentir le souffle puissant du souvenir peupler ma pensée du sombre drame du passé !
Oui, j'ai visité les cimetières et j'ai vu les tombes dont le temps a effacé les noms, et là j'ai bu à longs traits à la coupe du souvenir. Vous désirez connaître les impressions reçues, lire les notes que j'ai pu prendre au cours de cet espèce de pèlerinage. Je me rends à votre désir. J'ouvre mon carnet et je ne ferai que transcrire ce que j'y ai inséré, mon récit sera donc nécessairement dégagé de toute élégance de style ; mais je ne crois pas que les artifices de la rhétorique soient ici nécessaires pour impressionner, captiver et émouvoir et c'est avec confiance que je donne franche coudée à ma plume inexpérimentée.
Mon récit se divisera en deux parties ; la première traitera du mérite du caractère Acadîen, et la seconde, de la dispersion des Acadiens d'après des documents les uns inédits, les autres peu connus.
Départ de Montréal.
C'est le ler septembre, à huit heures du soir, que je laissai Montréal.
Je ne sais plus quel éorivain a dit qu'il ne connaissait
pas de plaisir plus triste que celui de voyager, je sais que ceci est tout à la fois vrai et faux.
Rien de plus véridique si le voyageur n'a pas de but arrêté et qu'il s'en va de par ce monde en Juif Errant ; il a beau changer de scène aussi souvent que de posture^ il trouvera toujours comme dit Boileau, que FEnnui monte en croupe et galope avec lui
ou prend passage à bord du même convoi et voyage à ses côtés.
Mais c'est différent pour le voyageur qui a un but ; la monotonie du trajet est alors trompée par l'activité de la pensée préparant les voies au succès du voyage.
Moi, j'allais remplir une mission de charité inspirée par les malheurs des pauvres incendiés du Saguenay et le trajet me parut par conséquent rapide et charmant.