LA MAISON DES COUPS
De tout temps, cet exemple formidable fut suivi. Par l'esclavage, par l'abus de la force ou de l'autorité morale, les hommes les mieux doués s'efforcèrent toujours de se délivrer du travail matériel nécessaire à la vie pour se consacrer entièrement, suivant leurs aptitudes, soit à la paresse, soit aux rudes travaux du corps accomplis par jeu, soit aux recherches intellectuelles que permet seul le loisir.
Les plus faibles eurent pour refuge la foi, le rêve ou l'alcool.
Avec les progrès delà science, on avait instinctivement pensé qu'il convenait de substituer l'esclavage mécanique à l'esclavage humain, et de reporter sur la matière inerte le travail forcé, imposé jadis aux hommes. Cette transformation, prévue déjà dès l'antiquité par Aristote, ne fut qu'un déplacement du même principe : l'homme vivant toujours aux dépens du milieu, asservissant les forces naturelles qui l'entouraient, détruisant pour vivre. Durant la période scientifique, on s'imagina volontiers que- le monde était transformé. On ne faisait cependant qu'imiter les procédés anciens, et c'est tout au plus si un progrès véritable se fit dans les idées, le jour oi^i l'on comprit nettement que le travail matériel ne devait pas tenir la première place dans les préoc-
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cupations de rhumanité, qu'il n'était que la rançon d'obligations inférieures et que sa seule utilité était de procurer à l'homme le loisir nécessaire au développement de ses idées. Mais on fut tellement émerveillé par les machines nouvelles et par les découvertes du Grand Laboratoire Central, que l'on oublia, le plus souvent, que les esclaves mécaniques étaient, pour l'humanité, un moyen de libération et non pas un but.
Avec la grande renaissance idéaliste, on commença à comprendre, tout au contraire, que le machinisme excessif était une lourde charge intellectuelle et que le progrès consistait, pour l'homme, à réduire petit à petit ce personnel mécanique par trop encombrant.
Du jour où la notion de la quatrième dimension devint commune à tous les hommes, du jour ou l'esprit s'accoutuma, petit à petit, à se libérer du corps et à voyager au gré de sa seule fantaisie, l'utilité des machines conçues pour les seuls besoins du corps matériel diminua dans d'étonnantes proportions. Déjà, grâce aux progrès scientifiques, l'alimentation n'existait plus et la nutrition des cellules s'opérait électriquement par de simples courants diathermiques. Grâce au déplacement de l'esprit immatériel à quatre dimensions, les moyens de transport restaient sans utilité. Pour