A MON AMI ET COLLEGUE PAUL CHARPENTIER
Avocat
Membre de la Soci^t6 arch^ologique et historique de I'OrlfianaJs
et de la Soci^tfi des sciences belles-lettres et arts d'OrWans.
Paris, le 1" aoflt 1888.
J' avals esp6r6, cher ami, rencontre)^ en vous un aimable compagnon de route. Je cai-essais I'espoir de vous emmener par dela les mers jusques au cap Nord, oii nous devions « voir le bout du monde et nous frotter a I'essieu du pdle », selon I'expression emphatiqne, scientifiquemenl inexacte, mais a coup sHr piitoresque, du poete Regnard (1).
La Providence en a d6cid6 autrement; des devoirs de familie, des obligations respectables entre toutes, ant fait de vous, cette ann6e, un veritable prisonnier.
Grace a notre ami commun, V excellent F. des Francs, auquel vous voudrez bien exprimer toute ma reconnaissance, je vous ai trouvd... sinon un remplacant, tout au moins d'aimables suppliants.
Bref, me voila parti, ma valise est boucUe ; demain nous quitterons Paris, Lucien Normand et moi; Henri Rousseau viendra nous rejoindre a Khristiania, et 'dimanche, nous debarquerons dans la presquile scandinave. D'ici un mois, six semaines au plus, je serai de retour pres de vous, a moins qu'une baleine, me prenant pour un nouveau Jonas, se passe la fantaisie de m'avaler... et de me
(farder.
Je nesais ce que I'avenir nous reserve, malgri tout, vous pouvez
I) Voyage en Laponie, 1681.