‹ Voyage autour de la Mer morte (volume 2)Chapitre 123 sur 211 · ARCADE DE L'ECCE HOMO · texte numérisé non relu

ARCADE DE L'ECCE HOMO

Pendant nos deux premiers séjours à Jérusalem j'avais, on le pense bien , parcouru nombre de fois la Voie Douloureuse (c'est la rue qui mène au Bab-Setty-Maryam), afin de gagner la vallée de Josaphat, pour y étudier à loisir les monuments et les curieux débris qui y sont accumulés. J'avais été une première fois singulièrement désappointé, lorsqu'on m'avait désigné l'arcade de l'Ecce Homo, en me montrant une porte au-dessous de laquelle passe la voie publique. Cette porte, que je voyais surmontée de deux petites fenêtres carrées,

de structure évidemment récente, était rendue à peu près ogivale par un replâtrage turk qui la couvrait entièrement. Cette fois donc je me croyais en droit de rejeter bien loin la tradition chrétienne, et de m'inscrire en faux contre l'identification de cette arcade, en apparence toute moderne, avec l'arcade de l'Ecce Homo.

J'étais bien décidé à ne pas m'en occuper et à n'en pas dire un seul mot, lorsque les pluies affreuses du commencement de février, pluies qui firent crouler une quarantaine de maisons dans les différents quartiers de la ville , me mirent à même de revenir complètement sur mon premier jugement, lin soir que nous avions bravé l'averse, pour aller passer quelques heures auprès de notre ami M. Botta, au moment où les kaouas allumaient les falots avec lesquels ils devaient éclairer notre marche jusqu'à la Casa-Nuova, un bruit assez semblable à un violent roulement, se fit entendre au loin , dans la direction de la Voie Douloureuse. — C'est une maison de plus qui s'écroule, nous dit-on, et nous regagnâmes tranquillement notre gîte, sans nous préoccuper autrement d'un accident qui, depuis quelques jours, s'était si souvent répété, que nous étions en quelque sorte blasés sur l'émotion naturelle qu'il eût dû nous inspirer.

Le lendemain matin , en me rendant aux tombeaux de la vallée pour y continuer mon travail , je fus fort surpris de trouver la Voie Douloureuse encombrée, sur une étendue d'une vingtaine de mètres, en deçà de l'arcade de l'Ecce Homo; c'était toute la muraille de gauche s'appuyant sur cette arcade, qui avait été renversée la veille au soir, en entraînant avec elle l'épaisse croûte de plâtre sous laquelle l'arcade primitive avait été ensevelie. Ainsi dégagée de son revêtement moderne, cette arcade reprenait son véritable caractère, et un caractère auquel il n'était pas possible de se méprendre. J'étais en face

d'une belle porte en plein cintre, datant très-certainement du haut empire et construite en très-bel appareil de blocs considérables, tout à fait semblables à ceux qui forment la muraille antique que l'on rencontre un peu au delà , toujours à gauche de la Voie Douloureuse, et sous une longue voûte qui est percée en un point, pour donner jour sur un petit cimetière musulman. Cette muraille, assez semblable d'ailleurs pour l'appareil à celle qui longe, près du Saint-Sépulcre, l'ancien hôpital des chevaliers du Temple, est considérée par la tradition comme une des murailles du palais de Pilate. Je ne veux pas examiner ici la valeur de cette tradition, mais ce que je puis affirmer c'est qu'une muraille semblable est d'une antiquité trèsreculée.

Je reviens à l'arcade de l'Ecce Homo. La porte romaine, dont l'existence venait de m'être révélée par un accident tout providentiel , se rattachait donc au mur dit du palais de Pilate, palais qui, au point où s'en voient les restes, se trouvait évidemment en contact avec la forteresse Antonia ; dès lors la double tradition devenait pour moi très-plausible. De ce moment je n'ai plus conservé de doutes réels, et, à moins de démonstration contraire, je crois fermement aujourd'hui, et je continuerai à croire, que l'arcade de l'Ecce Homo a légitimement reçu ce nom.

Comme je devais naturellement ne pas me laisser détourner de la besogne que j'avais commencée, et comme le terme de notre séjour à Jérusalem était arrivé, vu que nous n'attendions plus qu'un rayon de soleil pour nous remettre en route, mon ami, l'abbé Michon , se chargea d'exécuter le levé de l'arcade de l'Ecce homo, et c'est grâce à ses soins que je puis aujourd'hui publier une bonne figure de cette porte si éminemment intéressante.

Ainsi que je l'ai dit , c'est un arc en plein-cintre de six

mètres d'ouverture et, par conséquent, décrit avec un rayon de trois mètres. Une archivolte simple, dont la moulure est formée d'un listel étroit , d'une large doucine et d'une platebande égale en largeur à la doucine , orne l'arcade et vient retomber sur une corniche formée de deux listels séparés par une doucine. L'éboulement avait démasqué une niche cintrée, pratiquée dans le piédroit, ayant une hauteur de un mètre quarante centimètres environ, et cinquante centimètres de largeur. Le cintre de cette niche repose sur deux amorces de corniche en console, du môme profil que celle qui reçoit la retombée du grand arc. Enfin , l'épaisseur de l'arcade, parallèlement à l'axe de la rue , est de deux mètres cinquante centimètres1. La porte est, ainsi que je l'ai dit plus haut, couronnée d'une ignoble construction moderne, et toute la partie de droite se trouve englobée dans les murailles d'une petite église chrétienne abandonnée. Quant à la face postérieure, malheureusement elle n'avait pas été dégagée par l'écroulement qui avait entraîné le revêtement extérieur de l'autre face.

Saint Jean, dans le chapitre xix de son évangile, en racontant la scène cruelle dont cette arcade a été le théâtre , dit simplement que Pilate se montra à l'extérieur (è^ôev waliv e^w) avec le Christ, pour dire à la foule : î^ô av&pwiroç, ecce homo (verset 5). Au verset 14, l'évangéliste se sert du mot tribune, pour désigner le lieu sur lequel le

Christ fut conduit, la deuxième fois, par Pilate qui, en le montrant aux Juifs, dans l'affreux état où l'avaient mis les tortures qu'il avait déjà endurées, espérait éveiller en eux un mouvement de compassion. Cette tribune se trouvait à l'endroit nommé XiÔ&TTpwToç (le pavé en mosaïque), et, en hébreu,

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