COQUILLARD, EMILIE
EMILIE. Ah ! c'est vous, père Coquillard... quel tapage vous faites I
COQUILLARD, avec agitation. Il a un tablier de service A larges poches. Il porte un plumeau. Tous les hommes portent de la poudre ; les femmes seules sont coilTées de leurs
cheveux. Ail! je suis si troublé I... 11 y a du nouveau I il faut que vous délogiez d'ici et que vous montiez au cintième, une amourette de chambre!
(il va prendre l'babit qui est sur la chaise à gauche, et se dispose & le plier en se dirigeant vers le grand fauteuil i droite (1).
EMILIE. Du tout! (Regardant du côté de la chambre de
Cécile). Je tiens à celle-ci, et puisque vous me l'avez louée ..
COQUILLARD, descendant à la gauche d'Emilie avec effroi.
Chut!., si le vrai locataire, M. Dunois, apprenait jamais qu'en son absence j'ai loué sa chambre, ses meubles et jusqu'à son nom!... Miséricorde!
(il remonte vers le grand fauteuil, sur le dos duquel il pose l'habit).
EMILIE. Bah! il est en Amérique ?
coQLiLLARD,vivement. Maispuisquevoilàuneleltre.
(il la tire de la poche de son tablier.)
EMILIE, allant à lui vivement. Pour moi ?
coQLiLLARD, vivement. Non ; que je reçois...
EMILIE, de même. De qili?
coQiJiLLARD, de même. De M. Dunois, du vrai M. Dunois,
EMILIE, de même. Il VOUS écrit d'Amérique?
COQUILLARD, de même. Du Havrc, mou jcunc Monsieur. Sa lettre est datée du 21 juillet 1790... Il est au Havre! De grâce, montez au cintième... il peut nous tomber sur le dos un de ces matins.
EMILIE. Qu'il tarde encore trois jours, c'est tout
ce qu'il me faut. (Bruit de voiture.)
COQUILLARD, allant vivement à la fenêtre et criant : Grand Dieu! (il a passé entre la table et le grand fauteuil, dérangé le fauteuil et fait tomber les livres et le car- Ion à chapeau.)
EMILIE. Qu'est-ce encore ?... Il me fera tourner le sang.
COQUILLARD, i la fenêtre. C'cst lui ! Il a donC miS
sa lettre à la poste après son dépari!... Il paye le
cocher... vitel vite! (ll redescend dans la plus grande agitation, ramasse le carton à chapeau et le donne à Emilie qui le laisse tomber.)
EMILIE, ramassant le carton. SaUVe qui pCUl !
COQUILLARD, lui donnant les bottes et l'habit. Dar,dar,
décampez !
EMILIE, derrière la table à gauche. AttcUdt'Z, j'ai
quelque chose à prendre dans le secrétaire... (co-
quiilard l'arrête. Les bottes et le carton tombent de nouveau. Emilie se hâte de les ramasser.)
COQUILLARD, en cherchant à l'aider, renverse la chaise
1 Emilie, Coquillard.
qui eit près de la table à gauche. II n'cst pluS tempS !
VOUS reviendrez quand il sera sorti, (ii pousse Emilie
rers la porte du carré.)
EMILIE. Mais s'il ne sort pas?
COQUILLARD, avec force. 11 faudra bien qu'il sorte. Je le priverai de nourriture!... J'y engage mon honneur de portier!
EMILIE. Cependant...
COQUILLARD, lui mettant ses bardes sous le bras. On
monte!... filez à vot' cintième, la seconde porte à
gauche. (ÉmiUe résiste. Il la pousse dehors.) AlleZ-VOUSen donc! (Emilie disparait par la porte du carré et par la droite. Coquillard descend la scène 4 droite.) Ah ! quel événement! Si M. Dunois découvre la mèche, pour qui vais-je passer? 11 me regardera peut-être comme un portier qui a abusé de son absence pour louer
son appartement. (On entend Dunois qui fredonne.) C'cst
lui I Je ne me sens pas à mon aise.