CHAPITRE XXXII
r-gj aïs, permettez-moi de vous le de-
| ,- mander, messieurs, vous amusez-
a X vous autant qu'autrefois au bal et à ; ji» r^ ;v ^
.J??^^-^* la comédie? — Pour moi, je vous
l'avoue, depuis quelque temps, toutes les assemblées nombreuses m'inspirent une certaine terreur. — J'y suis assailli par un songe sinistre. — En vain je fais mes efforts pour le chasser, il revient toujours, comme celui d'Athalie. — C'est peut-être parce que l'âme, inondée aujourd'hui d'idées noires et de tableaux déchirants, trouve partout des sujets de tristesse — comme un estomac vicié convertit en poisons les aliments les plus sains. Quoi qu'il en soit, voici mon songe : — Lorsque je suis dans une de ces fêtes, au milieu de cette foule d'hommes aimables et caressants qui dansent, qui chantent, — qui pleurent aux tragédies, qui n'expriment que la joie, la franchise et la cordialité, je me dis : — Si dans cette assemblée polie il entrait tout à coup un ours blanc, un philosophe, un tigre, ou quelque autre
animal de cette espèce, et que, montant à l'orchestre, il s'écriât d'une voix forcenée : — « Mal- » heureux humains! écoutez la vérité qui vous » parle par ma bouche : vous êtes opprimés, » tyrannisés; vous êtes malheureux; vous vous » ennuyez. — Sortez de cette léthargie!
« Vous, musiciens, commencez par briser ces » instruments sur vos têtes; que chacun s'arme » d'un poignard : ne pensez plus désormais aux » délassements et aux fêtes ; montez aux loges, » égorgez tout le monde ; que les femmes trem- » pent aussi leurs mains timides dans le sang !
«. Sortez, vous êtes libres; arrachez votre roi » de son trône, et votre Dieu de son sanct> tuaire ! »
— Eh bien, ce que le tigre a dit, combien de ces hommes charmants l'exécuteront ? — Combien peut-être y pensaient avant qu'il entrât? Qui le sait? — Est-ce qu'on ne dansait pas à Paris il y a cinq ans ?
<( Joannetti, fermez les portes et les fenêtres. » — Je neveux plus voir la lumière; qu'aucun » homme n'entre dans ma chambre ; — mettez » mon sabre à la portée de ma main ; — sortez » vous-même, et ne reparaissez .plus devant » moi ! »