‹ Voyage autour du monde (volume 2)Chapitre 50 sur 355 · CRÉNILABRE DE CHABROL · texte numérisé non relu

CRÉNILABRE DE CHABROL

Crenilabrus Chabrolit, Less.

(PL XXXVIII, g. n.)

Crenilabrus croceus , Less., Mém. Soc. d'Hist. nat. ,t. IV, p- 407 (sept. 1828 ).

Labre hérissé, Labrus hirsutus , Lacér.

Labre rouge-raies, Labrus rubro-lineatus , Lacér. Labre large-queue , Labrus macrourus , Lacép.

B. 5; d. 5; p. 17; catopes +; a. À; c. 14.

Ce beau poisson est un exemple des difficultés sans nombre qui existent dans l'étude des poissons, car on le trouve décrit sous trois noms différents dans l'ouvrage de M. de Lacépède, et même sous trois divisions du genre labrus. Il forme le passage graduel des labres proprement dits, aux crénilabres de M. Cuvier , par la dentelure extrêmement fine et peu apparente du préopercule. Primitivement décrit et figuré dans les manuscrits de Commerson, les connaissances imparfaites qu'on possède sur ce poisson , nous ont engagé à en donner une bonne figure.

Le corps est de forme oblongue, doucement arrondi dans ses contours, à museau légèrement obtus et peu saillant. Le rebord orbitaire est régulier, les narines uniques de chaque côté et distantes. Les lèvres minces; la supérieure protactile. Des dents seulement aux mächoires, les unes serrées, petites , et quatre autres saillantes, recourbées, arrondies, en crochet à l'extrémité antérieure de chaque maxillaire. Les joues et le sommet de la tête sont revétus d’écailles petites. Le rebord du préopercule est arrondi, garni de dentelures extrémement fines ; écailles plus larges que les précédentes sur l'opercule, dont le bord est uni , lisse et anguleux. Ligne latérale à pores rameux, à trois points linéaires, presque droite, ou convexe en suivant la courbure du corps jusqu'à la queue. Le corps est revêtu d'écailles larges, lisses, légèrement striées et régulières, s'avançant sur la base des nageoires dorsale et anale, qu'elles couvrent à moitié.

La première dorsale à rayons épineux, surmontés de lambeaux qui les enveloppent, est plus longue que la deuxième

nageoire à rayons mous; celle-ci est plus élevée, à rayons postérieurs plus grands. La nageoire pectorale est arrondie, longue d'un pouce. Les catopes sont placées sous les pectorales, soutenues par un fort aiguillon enveloppé dans un repli de la membrane. Le premier rayon mou est très-allongé, et les autres en diminuant successivement donnent une forme aiguë à cette ventrale, qui à 18 lignes de long. La nageoire anale est arrondie, à bord régulier, garnie d'écailles à moitié de sa largeur, soutenue en avant par trois fortes épines , surmontées de lambeaux membraneux , et finit presque vis-à-vis la seconde portion de la dorsale. La queue est terminée par une nageoire à peine fourchue, ou plutôt rectiligne à sa partie moyenne, et à rayons des bords supérieur et inférieur un peu prolongés. Les rayons sont couverts d'écailles à leur base.

La couleur de ce beau crénilabre est d'un rouge orangé trèspur, que relèvent encore 15 ou 16 bandes d'un pourpre léger, plus foncé sur la tête. Ces bandes sont disposées sous forme de taches oblongues, régulières, et placées sur le corps dans le sens longitudinal. Les pectorales sont jaunes, les catopes sont orangé, le rebord de l’anale est brunâtre. Les membranes de la dorsale sont jaunâtres; une tache noire occupe l'intervalle des trois premiers aiguillons ; une large bande d'un pourpre noir très-foncé tranche brusquement la partie postérieure du COrps jusqu'auprès de la queue, et s'étend de la portion postérieure de la dorsale à celle de l’anale. Sa largeur est de 15 à 16 lignes. L'œil est entouré d’un cercle orangé et d'un cercle d'un jaune pur. L'individu décrit avait 8 pouces et demi de longueur totale, sur 2 pouces et demi de hauteur.

Ce poisson vit au milieu des récifs de la baie du Tombeau, à l'ile Maurice. Ceux qu'on a décrits d’après le célèbre Commerson, avaient été vus dans le grand Océan équatorial, et sur les côtes de Bourbon et de Madagascar.

Son nom rappellera celui d’un ministre de la marine, qui portait le plus vif intérêt aux travaux de la Cogurlle , etil n'était plus depuis long-temps au ministère, lorsque nous lui avons légué ce faible témoignage de notre gratitude; car ceux qui se vouent aux sciences, sans cesse contrariés par mille Zoiles, sont encore heureux lorsque quelque puissant du jour veut bien faciliter leurs travaux.

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