PI. XXII
Notre martinet à moustaches rappelle de suite la forme et la disposition de l’élégante espèce de martinet coiffé (cypselus comatus ) décrit et figuré dans la 45% liv., pl. CCLX VITI des oiseaux de M. Temminck. L'espèce décrite par le naturaliste hollandais en diffère par sa petite taille qui n'est que de cinq pouces huit lignes, et par les teintes du plumage’. Elle provient de la grande ile de Sumatra, tandis que le martinet à moustaches habite la Nouvelle-Guinée, où il vole assez communément dans le jour, sur les lieux marécageux du bord de la mer, et audessus des petites rivières, où se trouvent en plus grande abondance les insectes dont ii fait sa nourriture.
Cet oiseau a de longueur totale onze pouces, et la queue en a elle seule six. Le bec est brun, très-aplati. Les tarses sont courts, nus; les doigts sont assez longs, de couleur brune ainsi que les ongles qui sont peu forts. Le pouce est dirigé en arrière et long de six lignes : le doigt du milieu en a neuf.
Les couleurs du martinet à moustaches, quoique sombres et sans le moindre éclat métallique, par l'heureuse disposition des teintes plus ou moins foncées et du blanc, produisent un agréable effet.
Le Martinet coiffé de M. Temminck a également deux moustaches en-dessus et en-dessous de l'œil; mais les joues sont recouvertes de plumes rouges ocracées. Les ailes et la queue sont bleues, et le corps est d’un vert cuivre bronzé.
Le dessus de la tête est d'un bleu indigo noir. Une bande blanche qui prend naissance aux narines, remonte au-dessus de l'œil et va se terminer sur les côtés de la tête en circonserivant la calotte foncée qui la revêt. Sous la mandibule inférieure nait une touffe de petites plumes blanches, qui côtoie la commissure et se termine sur les côtés du cou, par deux longues plumes blanches, effilées, libres, simulant parfaitement ce qu'on nomme moustaches chez le soldat. Le dos, le croupion, la gorge, la poitrine et les flancs, sont d'un ardoisé brunâtre. Les ailes sont de la couleur bleu indigo de la tête, excepté la moitié des couvertures qui est d'un blanc de neige. Des plumes cendrées occupent le milieu de l'abdomen, et les couvertures inférieures de la queue sont grisâtres; le dessous des pennes de celles-ci est brun. Les tiges sont blanchâtres. Les deux grandes pennes de la queue les plus extérieures, dépassent les autres rectrices de plus de deux pouces; elles sont blanchâtres sur leur bord externe endessous.
Ce martinet ainsi que plusieurs autres oiseaux, tels qu'un eurylaime, le mino, etc., annonce l’analogie que présente le système entier des terres de la Polynésie, et que les mêmes productions, depuis Sumatra jusqu'aux iles les plus avancées dans l'Est, se reproduisent successivement sur chacune d'elles en particulier.
75° HIRONDELLE D'O-TAITT.
Hirundo taitensis, Less.
Cette hirondelle a quatre pouces et demi de longueur totale, et les ailes de même longueur que la queue, qui est un peu fourchue. Tout son plumage en dessus est d’un bleu noir trèsintense et très-brillant. Les rectrices et les rémiges sont d’un noir mat.
Un bandeau rouge ferrugineux recouvre le front. Tout le de-
vant du cou, depuis le menton jusqu'à la poitrine, est d'un rouge: de rouille uniforme. Les parties inférieures sont brunes, excepté les couvertures inférieures de la queue qui sont grises et bordées de brunûtre. :
Cette petite hirondelle habite les iles de la Société et plus particulièrement O-Taiti, où les naturels la connaissent sous le
nom d'opea.
76° CAROUGE ROUNOIR.
Icterus rufusater, Less.
(PL XXIIL, fig. r.)
Ce carouge qu'on pourrait nommer peut-être avec plus de raison à barbillons charnus, habite les iles antarctiques de la Nouvelle-Zélande, où il n’est pas rare. Sa longueur totale est de près de huit pouces. Son bec est noir, assez robuste, à mandibule supérieure large en dessus, et à bords à arête vive; ce qui, joint à la compression de la mandibule inférieure, lui donne une forme quadrangulaire. Les narines sont ouvertes dans un repli membraneux qui recouvre les fosses nasales. La commissure de la bouche est déjetée, bordée par une membrane jaune qui s'élargit chez les mâles ou dans le temps des amours, et retombe sous la forme de deux crêtes aplaties en pendeloques charnues sur les côtés du bec, mais qui n'existent pas chez plusieurs individus que nous avons sous les yeux, et qui manquaient à celui qui a servi de type à la figure gravée, pl. XXIIT.
Ce carouge a le bec et les tarses noirs. Le plumage en entier sur la tête, le cou, la poitrine, le ventre est d'un noir intense bien que mélangé d’une teinte fuligineuse. Le manteau et les couvertures des ailes sont d'un rouge cannelle vif, qui sétend sur le croupion. Les rémiges et les rectrices sont d’un brun uniforme. La queue est égale.
Jusqu'à ce jour tous les oiseaux des genres éroupiale, carouge Voyage de la Coauille. — Z. Tom. I, Part. II. 82
caciques ne s'étaient présentés qu'en Amérique. Cette espèce des iles australes de la Nouvelle-Zélande est donc, sous le rapport de la distribution géographique des oiseaux, une anomalie fort remarquable. Les nouveaux Zélandais donnent à ce carouge le nom de &ra-oua-ké.