CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR QUELQUES MAMMIFERES
Lx nombre des animaux mammifères diminue à mesure qu'on s'éloigne des continents et des grandes terres des archipels d'Asie, et se réduit à quelques petites espèces, isolées sur les iles de la mer du Sud. Quoique nous ayons séjourné sur quatre points très-éloignés de l'Amérique; que nous ayons visité la Nouvelle - Hollande, la Nouvelle-Zélande, les iles de Java, de Bourou, d'Amboine, et surtout la Nouvelle-Guinée, nous n'avons rapporté en Europe que quinze espèces. Ce petit nombre ne doit point étonner, lorsqu'on se rappelle que les expéditions nautiques ne font que des apparitions temporaires et toujours très-courtes sur les rivages des contrées qu'elles doivent explorer principalement sous le rapport géographique.
Malgré nos courses nombreuses dans les forèts vierges du Brésil, nous ne renconträmes point les tatous, les agoutis, que les habitants nous indiquèrent comme très-abondants. Nous vimes seulement sur les montagnes que traverse la route de l'Armaçao un grand nombre de singes, qui paraissent être le sajou saï ( cebus capucinus, Desm. Mamm., 73 esp. ).
Les iles Malouines, placées dans les hautes latitudes australes, battues des vents, dépourvues de tout végétal ligneux, n'offrant aucun refuge aux mammifères terrestres, nous permirent, cependant, de faire quelques remarques intéressantes. Les animaux domestiques que les Européens y portèrent, lorsqu'ils s’établirent à la Soledad, abandonnés à eux-mêmes sur ces terres dégarnies, et qui ne forment qu'une longue prairie rase, tantôt uniformément plate et tantôt montueuse, s’y sont parfaitement
naturalisés. Aussi n'est-il pas rare de voir des troupes de chevaux, vivant, par bandes de trente ou quarante, dans des cantons que chacune d'elles semble s'être réservés. Nous eùmes occasion d'observer plusieurs traits de l'intelligence instinctive perfectionnée de ce noble animal, qui conserve encore, au milieu de ses mœurs redevenues sauvages par l'état de liberté, quelques-unes des généreuses qualités qui en font le plus docile compagnon de l’homme. L'hiver doit détruire, chaque année, aux iles Malouines, un grand nombre de jeunes individus, avant qu'ils se soient endurcis à sa rigueur, et que la nature leur ait donné, pour s'en garantir, le poil long et épais qui les revêt, sans pour cela en enlaidir la race, qui s’est encore conservée remarquablement belle. Nous ne vimes qu'un petit nombre de bœufs, et leur espèce a dù souffrir des chasses fréquentes que les baleiniers en relâche ne manquent point de faire, pour procurer des vivres frais à leurs équipages. Leur chair n’est point agréable à manger, parce que sa saveur n'a point été modifiée par la castration. On assure que les Espagnols déposèrent sur ces iles, en 1780, jusqu à huit cents têtes de bétail; mais ce nombre nous parait certainement exagéré. Les cochons se sont également propagés sur les îles Malouines, et principalement sur un ilot, qui est à l'entrée de la baie Française. Leur nourriture n'est ni succulente, ni même abondante : aussi leur chair maigre, quoique possédant un fumet agréable, n'a aucun rapport avec celle de nos cochons domestiques, et encore moins avec celle des sangliers. Leurs poils d'une rudesse extrême sont généralement de couleur rouge de brique. Les lapins, que les chasseurs n'inquiètent que passagèrement, ont établi de nombreuses garennes très-peuplées. Elles sont généralement placées, près des ruisseaux, au fond des vallons resserrés; et les terriers sont creusés profondément sous les touffes du seul et frêle ar-
brisseau de ce coin du monde, l'amnellus diffusus de Wildenow
(D'Urvizze, fl des Malouines, n° 80), quon observe principalement à l'anse Chabot. Il se pourrait que ces animaux aient été portés par les premiers colons, quoique les anciens navigateurs, et Magellan entre autres, les aient vus sur l'extrémité australe de l'Amérique. Ce n'est toutefois qu'avec réserve que nous décrivons comme espèce le /epus magellanicus. Parmi les animaux qu'on peut véritablement regarder comme indigènes des iles Malouines, sont les phoques et le chien antarctique. Nous donnons quelques détails sur les premiers dans la description de l'espèce nouvelle, que nous avons nommés ofaria molossina ; et quant au chien antarctique, nous ne l'avons entrevu qu'une fois. Il est décrit dans la Mammalogie de Desmarest (298°), d'après Shaw ( Gen. zool. v. I, part. ÎT, p. 331 ), sous le nom de cants antarcticus, auquel on donne pour synonyme le culpeu de Molina ( Hést. nat. du Chili, p. 274 ).
Sur les côtes de l'Amérique méridionale, que baigne le Grand- Océan, au Chili et au Pérou, où nous ne séjournàmes que quelques jours, nous ne nous procuràmes point de mammifères. Cependant, les attérages de la Concepcion et l'immense baïe de Talcaguana étaient remplis de cétacées et de phoques, qui nageaient au milieu des prairies flottantes du fucus pyriferus et du d'Urvillæa utilis, le porro des Chiliens. C'était surtout près de la petite ile de Quiriquine que ces derniers animaux étaient réunis en plus grand nombre, et qu'ils étaient groupés sur les rochers qui la bordent du côté de la mer. L'un d'eux, qui nageait trèsprès de la corvette, se saisit devant nous d’une sterne qui volait au-dessus de l'eau en compagnie d'un tres-grand nombre de mouettes. Ces oiseaux maritimes rasaient la mer, et se précipitaient les uns sur les autres pour saisir les débris des poissons, qui étaient dévorés par le phoque, lorsque celui-ci, sortant vivement sa tête hors de l’eau, s'efforcait à chaque fois de saisir un des oiseaux, et y parvint en notre présence. Le chien qui
habite le Chili paraïitrait former une espèce bien distincte: sa forte taille, son poil long et hérissé, ses oreilles droites et grandes, son museau allongé, lui donnent une physionomie hideuse et repoussante, et le placent dans la section des chiens loups.
Molina, dans son histoire naturelle du Chili, indique trentesix espèces de mammifères. :
Nous ne vimes guere que le coati roux, qu'on dit être commun aux alentours de Penco, quelques tatous et une sorte de chat, peut-être le yaguarundi de D'Azara, que nous ne pumes nous procurer; mais il est vrai que nos excursions se bornèrent au cercle étroit de la presqu'ile de Talcaguana. Combien, cependant, le Chili serait intéressant à visiter sous le rapport des sciences naturelles! C’est une des contrées qui doit un jour le plus enrichir la zoologie. Que d'espèces, peut-être aussi intéressantes que le chlamyphorus truncatus de Harlan , sont cachées dans les forêts épaisses de l'extrémité méridionale des Andes, du pays des Puelches ou des Araucanos!
Au Pérou, nous ne vimes, près de Callao, qu'un petit campagmol, à pelage gris, qui est commun dans les champs : nous n'en rencontrames point à Colan et à Payta. Les sables frappés de stérilité, qui couvrent cette étendue de pays, et qui s’avancent assez avant dans l'intérieur, ne paraissent point propres à nourrir aucun quadrupède de certaine taille. Des squelettes de phoques, épars cà et là sur les grèves, annoncent que ces animaux vont jusque sous la ligne. Des gens du pays nous indiquerent une espèce de gerboise, qu'on trouve assez communément dans les dunes sablonneuses des environs de Piura, et sur l'existence de laquelle nous n'avons obtenu aucun renseignement positif. Nous observämes que la plupart des chiens de Payta appartenaient à la race des chiens sans poils ( canis ægypus ), le chien ture de Buffon, qui est originaire d'Afrique, suivant les auteurs.
Les iles de la mer du Sud n'ont point de quadrupèdes indigènes autres que le rat, qui s’est propagé partout où l’homme existe; un mulot :, et le chien et le cochon, qui y sont élevés en domesticité. Cependant, ces deux animaux ne se trouvent point répandus sur toutes ces terres indifféremment. Ainsi, le chien, nommé ouri, dont on mange la chair dans les jours de fête, n’existe point sur plusieurs des iles océaniennes ; et le cochon qui appartient à la race dite de Siam, n'est observé que sur les iles habitées par les vrais Océaniens, et ne se trouve point sur aucune de celles dont les peuplades de notre rameau mongol-pélagien sont en possession.
Les cochons, nommés bouaa aux iles de la Société, sont l'aliment des chefs : c'est le mets d'apparat de toutes les cérémonies; et la maniere de les faire cuire dans des fours souterrains, et de les servir entiers, comme le faisaient les héros d'Homère, est connue de tout le monde; tant les voyageurs se sont plu à en répéter les moindres détails. Cette espèce est de petite taille; son pelage , souvent frisé et dur comme de la bourre, est mélangé de roux, ou parfois est entièrement noir. Elle vit fréquemment dans les bois, où les Taitiens l'abandonnent à elle-même : c’est alors que les défenses se développent dans les mâles, et fournissent à ces naturels un genre d'ornement qu'ils recherchent. Enfin, les missionnaires anglais ont essayé de naturaliser quelques animaux domestiques; car tous ceux qui ont été portés par les premiers navigateurs n'ont jamais prospéré; mais leurs efforts, mal dirigés, n'ont point eu de succès. Un gramen coupant, nommé périptri, a toujours fait périr les brebis, que plusieurs fois on y a introduites. Seulement, de nombreux troupeaux de cabris
* Nommé ioré à Taiti. Ce mulot, dont le pelage est d’un gris-roux et la queue presque nue, vit en abondance, autour des habitations, des racines et des fruits qui jonchent le sol.
Voyage de la Coquille. — Z. Tom. I. 16
attestent que ces animaux, utiles, et peu difficiles dans le choix de leur nourriture, sont les seuls qu'avec peu de soins, on puisse acclimater partout entre les Tropiques.
En remontant au Nord et à l'Ouest, notre séjour sur l'ile d'Oualan ne nous a permis d'y remarquer que deux espèces qui y soient vraiment indigènes. L'une est la roussette Kéraudren, que les naturalistes de l'Uranie trouvèrent aux Mariannes, et qui est propre aux archipels compris entre les Philippines et Oualan : elle existe aux iles de Palaos , suivant Wilson, qui la mentionne sous le nom d'oleek. Cette roussette, que les naturels nomment qguoy, vole aussi bien le jour que la nuit : ses habitudes sont sociales; et nous en rencontrames souvent de réunies en grand nombre, et accrochées, près les unes des autres, aux branches desséchées des arbres. Le surmulot commun (nus decumanus, Mamm. Des. 473), nommé kousique, pullule principalement autour du grand village de Lélé, où il semble prospérer en paix, protégé par l'indifférence des naturels.
Les Papouas qui habitent la grande ile nommée Nouvelle- Irlande par Carteret nous apportèrent souvent des dents canines de cochon, recourbées sur elles-mêmes et très-longues, ressemblant à celles du babi-russa. Les descriptions que nous firent ces naturels, toutes grossières qu'elles fussent, semblent nous autoriser à dire que cet animal, rare dans quelques-unes des Moluques orientales, se serait avancé sur ces terres que nous regardons comme le prolongement naturel de la Polynésie. Il trouverait, d'ailleurs, dans les immenses forêts vierges de la Nouvelle-Bretagne et de la Nouvelle-[rlande, les mêmes éléments d'existence qu'aux Moluques. Toutefois, le cochon, que les naturels du Port-Praslin nomment boureé,, et qu'ils apportaient à bord de notre corvette, est de petite taille, et, par l'ensemble de ses formes corporelles, se rapproche de l'espèce dite de Siam : il n'y est pas commun; car nous n'en vimes qu'un très-petit
ZOOLOGIE. 123 nombre, et les naturels paraissaient y attacher la plus grande valeur.
Le phalanger blanc (p. cavifrons, Temm.), nommé kapoune par les Nègres de la Nouvelle-Irlande , est multiplié dans cette contrée. Ce joli animal, aux mouvements lents, à la démarche irrésolue, parait offrir plusieurs variétés : nous en donnons une bonne figure et une description étendue. Les chiens, nommés poull, sont de petite taille; leur museau est pointu, et leurs oreilles sont dressées. Ils nous parurent en tout semblables à ceux de la Nouvelle-Hollande. Courageux et très-carnassiers, ils vivent de tout ce qu'ils rencontrent, et notamment de poissons et de crabes, qu'ils vont pêcher sur les récifs. Les naturels se nourrissent de leur chair, qu'ils trouvent très-délicate : ils pensaient que nous faisions le même usage de ceux que nous achetàmes vivants, et que nous fümes obligés d'abandonner au Port-Jackson. Nous observames aussi au Port-Praslin une très-petite espèce de vespertilion.
L'ile de Waigiou, que nous visitâmes après la Nouvelle-Irlande , fait partie du groupe nommé terre des Papous. Là, nous retrouvames les productions animales des Moluques et du Port- Praslin, et les naturels nous y indiquèrent encore l'existence du babi-russa, sur lequel nous ne pümes nous procurer aucun renseignement positif. Nous croyons devoir y indiquer un petit quadrupède", nommé kalubu par les habitants, à pelage gris, à
1 Nous retrouvons dans nos notes les renseignements suivants, relatifs à cette espèce, à laquelle nous conservons le nom spécifique de kalubu, sans lui assigner une dénomination générique.
« Cet animal , de la famille des marsupiaux , est voisin, par l’ensemble de ses ca- « ractères, du z7icouré nain de d’Azara. Le pelage est d’un gris fauve; la queue «nue, longue de 18 lignes; le corps de la grosseur d’un mulot ; il y a cinq doigts «aux pieds antérieurs, dont les deux externes sont très-courts, tandis que les autres « sonttrès-allongés et munis d’ongles forts; les pieds de derrière ont également cinqdoigts, « dont un pouce petit et sans ongle; les doigts du milieu sont réunis comme dans
«les phalangers, et l’externe est très-long ; la poche marsupiale est peu apparente. »
museau très-effilé, qui fut perdu dans le naufrage de l'un de nous au cap de Bonne-Espérance. Le grand phalanger tacheté (cuscus maculatus, major ) est très-commun dans cette île, où les naturels le nomment scham-scham. Remarquable par son épaisse fourrure laineuse, blanchätre, que recouvrent des taches arrondies d'un noir vif; par sa face rouge, ses yeux carminés, enveloppés d’un rebord palpébral lâche; cet animal , qui n’a point une physionomie agréable, voit à peine pendant le jour, tandis, au contraire, que sa pupille, contractéert verticale sous l'influence de la lumière, se dilate au soir et pendant la nuit. Les phalangers de cette espèce conservés au Muséum n'étant point complétement adultes, et les couleurs de leur pelage n'étant pas aussi prononcées que celles de l'individu que nous avons rapporté, nous l'avons fait peindre, en ajoutant quelques détails à son histoire.
Quelques jours après notre départ de Waigiou, nous atteignimes Bourou, une des Moluques. Cette ile, vaste et belle, sur laquelle les Européens n'ont encore formé qu'un établissement sans importance , est située non loin de Céram, et nourrit les animaux les plus intéressants pour le zoologiste qui pourrait y faire un séjour de quelque durée. Une grande espèce de cerf s'y est multipliée de manière à fournir des vivres frais en abondance aux soldats de la garnison de Cajéli; et la roussette des Moluques ( pteropus edulis), dont la chair délicate est recherchée par les habitants de l'ile, se trouve communément dans les bois.
Le mammifere le plus remarquable de Bourou, et qui manque encore à nos musées, est le babi-russa ou cochon- cerf; et nous eumes le regret de partir de cette ile après avoir infructueusement essayé de nous procurer ce précieux animal, quoique le radjah malais de Cajéli nous eût bien promis de nous en vendre deux, qu'il devait faire venir du centre de l'ile, et qui durent
ZOOLOGIE. 125 arriver quelques jours après notre départ. Les habitants nous dirent que le babi-russa est très-multiplié, dans l'intérieur, sur le territoire des Alfourous, et qu'il se plait au milieu des jones et des plantes aquatiques. L'un de nous, étant à Java vers la fin du voyage de la Coquille, eut occasion d'observer un babi-russa male adulte, un jeune et deux femelles, qui appartenaient au gouverneur général des Indes, Van der Cappellen, et qui étaient destinés pour la Hollande : nous avons appris depuis qu'ils avaient péri dans le voyage, et que leurs dépouilles n'avaient même pas été conservées. Le babri-russa male avait deux pieds et demi de hauteur environ. Ses formes, quoique robustes et massives, n'étaient pas sans élégance, et s’éloignaient, par leur ensemble, de celles qui appartiennent aux cochons en général. Les jambes étaient grosses et proportionnées, très-droites et non gréles, comme on les décrit ordinairement. Le corps était plein et régulier dans ses contours, d’ailleurs bien dessinés et arrondis. La tête était allongée, à chanfrein bombé. La queue, assez grosse à son origine, se terminait par une pointe déliée ; elle était presque complétement nue. La peau du corps, de couleur noire, sillonnée de rides et de plis, portant seulement quelques poils rares, imitait un peu, par sa dureté et son aspect, celle du tapir. La portion qui entourait la base des deux défenses fortement recourbées de la mâchoire supérieure était déchirée et saignante; ce qui était dû à la manière dont s'accroissent, en perforant la peau, ces mêmes dents. Les cils manquaient aux paupières. L'iris était jaunatre. Les deux orteils antérieurs des pieds étaient allongés, plus séparés que dans les autres espèces du même genre, et à sabots un peu convexes en dessous. Les dimensions des femelles, qui n'avaient point de défenses, étaient beaucoup plus petites. Cette espèce de cochon nous semble véritablement organisée pour vivre dans les ma-
récages. Ceux que nous vimes en captivité se nourrissaient ex-
clusivement de maïs, et manifestaient une humeur farouche et une inquiétude qui ne leur permettaient point de rester quelques secondes en repos. La figure que Siavorinus à donnée du babi-russa est très-mauvaise : elle est copiée de Valentyn; et, par une erreur grossière, on a donné des ongles crochus, au lieu de sabots, aux doigts de cet animal pachyderme :.
À Amboine , que le séjour de Rumphius a rendue si célèbre, on ne trouve que peu de productions propres à cette ile. La plupart des animaux décrits comme provenant de cette localité, appartiennent, en effet, à d’autres iles Moluques, et notamment à Céram et à Bourou; tels sont le tarsier, le cheyrotain pygmé et le pélandoc. Ce dernier, nommé podin par les naturels de la Nouvelle-Guinée, n’est point rare dans les grandes forêts équatoriales des Papouas, où un grand nombre d'animaux trouvent sans cesse toutes les conditions favorables pour une multiplication paisible. Notre commis aux revues acheta, des naturels de Doréry, un pélandoc en vie ( dédelphis Bruni ); mais cet animal, que nous nous réservions de lui demander pour nos musées, se jeta à la mer dans le courant du voyage, et fut perdu. Nommé kangourou d'Aroë, parce qu'il fut trouvé sur l'ile de ce nom, voisine des Moluques, il est le premier animal qui, par son organisation et la brièveté des membres supérieurs, présenta tous les caractères extérieurs qu'on a retrouvés depuis dans les kangourous de la Nouvelle-Hollande. Cependant, il est plus ramassé dans ses formes ; et peut-être, lorsqu'il sera mieux connu, et que son système dentaire et ses viscères auront été étudiés, formera-t-il un nouveau genre. Sa taille est celle du lapin, et le gris-brun est la couleur de son pelage. Il se nourrit de vésétaux; et, cependant, malgré son organisation viscérale et
? Stavorinus, ’oy. aux Indes Orientales, t. Il, pag. 254. — Muséum de Grew, pl. 1, pag. 27. — Séba, t. I, pl. bo.
dentaire, il aime de préférence la viande. Ses mœurs sont douces et paisibles, et le rendent aisément familier.
Nous ne quitterons point les forêts vierges et gigantesques de cette Nouvelle-Guinée, si peu connue, et si féconde en animaux rares et précieux, sans indiquer que tout porte à croire à l'existence du babi-russa sur ces terres peu distantes des Moluques, et présentant, comme elles, l'ensemble des mêmes productions. Chacun de nous, en parcourant les alentours du havre de Doréry, eut fréquemment occasion de rencontrer l'espèce de cochon que nous décrivons sous le nom de sus papuensts.
Les naturels de la Nouvelle-Guinée apportaient journellement à bord l'espèce de chien qui vit dans leurs huttes, et qu'ils nomment nafe. Elle ne différait point du chien de la Nouvelle-Irlande, et très-peu de celui de la Nouvelle-Hollande ( c. Æustralasiæ ). Comme dans ce dernier, le pelage est ras, fauve ou noir, le museau effilé; les oreilles sont droites et courtes, les habitudes hardies, et l'aboiement nul.
Une seule fois, nous vimes une sorte de grand écureuil volant ou de galéopithèque gravir sur un muscadier sauvage , et disparaitre au milieu de son feuillage verdoyant et de ses fruits aromatiques. Les rats, dont l'espèce semble avoir envahi les deux hémisphères, sont abondants autour des villages de Manasouary et de Masmapy.
Le mammifere sur lequel nous nous arrèterons un instant est la roussette édule ( pteropus edulis), qu'on rencontre à peu près également sur toutes les iles Moluques et Papoues. Cet animal, que les Malais nomment bourung-tthous , s'apprivoise assez volontiers. Les froids du Sud de la terre de Diémen nous en firent périr un, que nous devions à l'obligeance du docteur hollandais Æarloff, et qui était devenu très-familier. Sa nourriture principale consistait en fruits sucrés, et particulièrement en bananes. La position habituelle de cette roussette était la tète
12e VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
en bas et suspendue par les pieds. Elle conservait parfois sa nourriture dans des sortes d’abajoues, et, lorsqu'elle satisfaisait à ses besoins, elle se dressait, et se tenait accrochée par l’ongle recourbé du pouce des ailes .
1 Cette espèce, que nous étudiâmes à bord aussi bien qu’il est possible de le faire sur un navire, nous présenta les détails suivants :
pouces lignes m.
Enyeroure. = 0: FA A NE AR Ne 34 D 00,920 Longueur du museau à l’anus.............. DMC RON ide Ha tetes MEN 2 AROMMO 00 de IQ UMEUS EE EAU SONO 000 ———— des extrémités postérieures. . ...... DHMONMO 1710 Circonférence du corps......... A tbe TANGO 0209
La langue de cette roussette est épaisse , Charnue, et comme parquetée ou rugueuse à sa partie moyenne. Un sillon assez fortement creusé existe entre les narines. Les yeux sont distants de 8 lignes l’un de l’autre; l'iris est de couleur brune. Le foie est volumineux, et occupe toute la région épigastrique : il est divisé en quatre lobes, dont deux plus petits. La vésicule biliaire correspond à la face inférieure du second lobe , qui est échancré. La rate est petite, mince et allongée. Les reins ont la forme de fèves. Les ovaires sont très-peu prononcés, arrondis, et logés dans l’espace que laissent entre eux les ligaments de la matrice, dont les cornes se prolongent et croisent la direction des uretères. En dedans des reins et sur la colonne vertébrale, on observe deux corps blanchâtres, gros comme un pois, qui semblent communiquer avec les reins par un petit conduit. L’œsophage s’élargit pour s'unir à l'estomac : celui-ci est placé horizontalement au bas de la région hypogastrique, et occupe tout l’hypocondre droit. Le duodenum a trois courbures. La longueur totale des intestins est de 2 mètres 619 millimètres. Diverses colonnes charnues, dans l’intérieur de l’organe gastrique , se portent vers les deux ouvertures pylorique et œsophagienne. Les troncs artériels du foie se distribuent principalement dans les deux lobes les plus volumineux. Le diaphragme est mince. Les poumons sont petits, rougeûtres : le droit est divisé en trois lobes, tandis que le gauche n’en a que deux. Le cœur, assez volumineux, n’a rien de particulier. Le sternum est très-étroit, et présente une saillie ou crête assez considérable sur sa face externe. Très-fréquemment, nous observämes, pendant plusieurs jours, une exsudation sanguine abondante sur le pourtour extérieur des organes de la génération de cette roussette, exsudation qu’on ne peut se dispenser de
regarder comme l’analogue du flux menstruel de certaines espèces de singes et de la femme.
Nous ne quitterons point cet archipel sans mentionner Java. Ce n'est point que nous ayons à indiquer des quadrupèdes de cette ile ; cette tâche a été trop bien remplie par un naturaliste anglais estimable, le docteur Horsfield : mais nous ne pouvons nous dispenser de dire un mot de la panthère noire (fels melas, Péron et Lesueur. Desm. 344 Mamm. ), qui y est commune, et que nous vimes chez l'obligeant sous-résident, M. Smolders. Cet animal, de la taille de l'ocelot, et ressemblant par l'aspect de son corps à la panthère commune, a son pelage d'un noir uniforme et lustré; par certains reflets, des ondes, ou sortes de taches plus apparentes, se dessinent, à la manière des moirés, sur le fond de la teinte générale. Féroce et redoutable, ce chat habite principalement les solitudes des profondes forêts du district de Banjou-wandgi; et jamais les Javanais ne l’attaquent sans qu'il ait commencé les hostilités en dévorant quelquesuns de leurs animaux domestiques : ils lui tendent divers piéges dans lesquels ils placent des oiseaux vivants, qui ne manquent point de l'y attirer. La panthère noire servait, à la cour des sultans de Java et de l'empereur de Solo, à exécuter une cérémonie dont le peuple était avide, et qu'on nommait Rampok, de mème qu'à punir de mort les esclaves coupables de certains crimes. Voici les renseignements que l'un de nous obtint, sur cette grande fête, d'un témoin oculaire, employé supérieur de la colonie.
Au milieu d'un amphithéâtre préparé sur un terrain uni pour le grand spectacle du Rampok', est placée une cage dans laquelle est captif le #igre nor, ou l'arimaou ; car c'est ainsi qu’on nomme cet animal à Java. Autour de lui, formant un cercle épais, sont placés en haie serrée deux rangs de Javanais armés
1 Des détails analogues se trouvent également consignés dans l’histoire de Java
par sir Raffles, page 55 de la traduction de M. Marchal.
Voyage de la Coquille. — Z. Tom. 1. 17
de piques. Deux ou trois hommes, chargés d'aller ouvrir la porte de la prison à la panthère, se détachent alors du cercle, savancent en cadence, et, après avoir rempli leur dangereuse mission, retournent à leur place en mesure et avec lenteur. Les Javanais sont dans la ferme persuasion que, s'ils se retiraient brusquement après avoir ouvert la porte à l'animal, il s'élancerait infailhiblement sur eux, et les mettrait en pièces. La panthère noire ne se décide pas toujours à sortir immédiatement de sa prison. Il faut souvent lagacer, la harceler avec de longues lances, ou bruler de la paille autour d’elle pour la forcer à entrer dans l'arène. Irritée et furieuse alors, elle mesure de l'œil la distance qui la sépare de ses ennemis, et s’élance au plus épais des piques, y trouve la mort, mais non sans se venger sur un grand nombre de misérables, que le despotisme des sultans sacrifie ainsi à sa férocité. On nous assura, en outre, que le sousouhounan actuel de Vugyu-Kerta se plaisait à faire combattre la panthère noire par des esclaves, n'ayant pour armes que des kris ou poignards malais à lames de plomb. Enfin , une fête, encore très-aimée par les Javanais, est le combat de cette panthère avec des buffles.
Les mammiferes, à la Nouvelle-Zélande, se bornent à trois ou quatre espèces seulement : le cochon, que Cook n'y trouva point, et qui y aurait été introduit depuis par les Européens ; le chien austral, et le rat. Les côtes méridionales de ces deux iles sont peuplées de phoques, objets de chasses lucratives auxquelles se livrent les Anglais.
Les animaux de la Nouvelle-Galles du Sud ont été le sujet de recherches nombreuses et suivies; mais, malgré cela ,une grande obscurité règne encore sur l'histoire de la plupart d'entre eux; et des naturalistes, vivant sur les lieux, pourront seuls un jour donner des renseignements sur leurs habitudes et leurs mœurs. Déja, les alentours de Sydney sont dépeuplés des espèces qu'y
trouverent les premiers voyageurs : la civilisation et les défrichements les refoulent dans l'intérieur; et l'époque n'est pas éloignée où les kangourous :, les ornithorhynques, seront excessivement rares. Ce n'est qu'en domesticité que nous vimes les grands kangourous(#. labratus,Geoff.), paissant en liberté dans le vaste parc de Aose-hill, à Parramatta ; se relevant sur leurs longues jambes postérieures, pour examiner ce qui se passait autour d'eux; et fuyant par bonds en s’élancant sur leurs courtes jambes de devant, lorsqu'ils sont inquiétés. Cet animal, dont la chair dure et coriace est peu estimée, s’apprivoise aisément; et nous en vimes un à Sydney, qu'un militaire avait élevé, et appris à boxer, en même temps qu'il était soumis et docile à ses volontés. Ce kangourou était courageux, ne redoutait point les chiens, et cherchait à frapper avec ses pieds ceux qu'il voulait combattre, en s'élançant sur eux par un bond instantané, tandis qu'il jouait nonchalamment avec le maitre qui le nourrissait.
Les colons apportent en abondance dans les marchés un kangourou de taille moyenne ( 4. ualabatus, N. ), que les naturels nomment oualabat, et parfois le potourou de White ( Aypstprymnus White, Quoy et Gaim. ), qui vit dans les lieux rocailleux et peu fréquentés. Notre maitre canonnier, Roland, tua un individu de cette espèce, qui différait un peu de celui qui est décrit dans la Zoologie de l'Uranie ; mais il fut perdu dans le naufrage de l'un de nous. On nous indiqua, sous le nom de bandicout, des animaux qui paraissent être des péramèles, peut-être le p. nasutus de M. Geoffroy, et qui vivent aux environs de Liverpool.
Nous ne vimes des dasyures qu'en captivité: ils appartenaient
: Les habitants de la rivière £ndeavour nomment les kangourous mén-4-&h, suivant M. Cunningham ( Varr. of a survey of the inter. et west. coasts of" Australasia, by Parker King.) La première figure du kangourou a été donnée par Cook, EN Oy it EN Ip 2/1 une
à l'espèce dite de Maugé ( dasyurus Maugeï, Geoff. ), fig. atl. de
l’'Uranie. Les naturels détruisent une grande quantité de phalangers volants ( petaurtsta taguanotdes, Desm. ), dont ils font sécher les peaux pour en faire de petits manteaux, qui leur couvrent les épaules pendant l'hiver. Plusieurs de ces animaux avaient le pelage entièrement blanc.
L'espèce de chien sauvage (canis australasiæ, Desm.) que White a décrit dans son histoire de la Nouvelle-Galles ressemble au chien de berger. Son poil est rude; ses oreilles sont droites, et 1l appartient à la même espèce que celui de la Nouvelle-frlande, des iles Bouka et de Bougainville. Ce chien est courageux, et vit le plus ordinairement de ce que la mer rejette sur son rivage. Il est bien figuré dans l'ouvrage sur les mammifères de MM. Frédéric Cuvier, et Geoffroy Saint-Hilaire.
Nous ne vimes au Port-Jackson qu'une seule peau de wombat, ou phascolome (dédelphis ursina, Shaw.; phascolomys wombat, Pér. et Les. ), et il paraît qu'on ne le trouve qu'a la terre de Diémen, et dans les petites îles du détroit de Bass. M. Cunningham mentionne une roussette ( pteropus), celle des Moluques sans doute, dans la partie intertropicale de la Nouvelle -Hollande.
Les ornithorhynques, que les colons nomment water-mole, ou taupes d’eau, et les naturels mouflengong, habitent assez communément encore les rives de Fish-river, tandis qu'on n’en voit que rarement aujourd'hui dans le Nepean. Le paradoxe, ainsi nomma-t-on ce singulier animal, dont Shaw fit son genre
! Consultez Péron, Joy. aux Terres australes; Desmarest, Mamm.; Vanderhoeven, Nov. act. Acad. Cæs. Leop. Car., t. XI; Knox, Mém. de la Soc. wernérienne ; Everard-Home; de Blainville, etc., etc., figuré dans les Misc. de Shaw, t. X, pl. 385, sous le nom de Duck-billed or platypus; et par Leach, Misc., tom. IT, pl. 111, page 136.
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platypus, et Blumenbach le genre orntthorhynchus , est encore assezcommun , dans la saison opportune, à New-Castle, et dans les rivières Campbell et Macquarie. Le docteur Palmeter, lorsque M. Knox annonca sa belle découverte de la glande crurale et de son conduit, aboutissant à l’ergot, après avoir nié ces organes , affirma qu'on ne connaissait, dans la Nouvelle-Galles, aucun exemple de blessure, suivie d'accidents dus à la présence d'un venin quelconque. Il conclut, à la fin d'un petit mémoire qu'il publia dans la Gazette de Sydney, que ces ergots, dont les femelles sont toujours privées, servaient aux mâles à tenir celles-ei immobiles pendant l'acte de la copulation. Les colons assurent que les ornithorhynques sont ovipares : et M. Murdock, surintendant de la ferme d'Emiou-plains, nous affirma positivement avoir vu des œufs de la grosseur de ceux d’une poule, et au nombre de deux. Mais les dissections de Meckel, qui trouva sur des femelles des glandes mammaires très-développées, ne permettent point de douter que cet animal ne soit vivipare ; et c'est aussi l'opinion du savant anatomiste de Blainville. Cependant , l'organisation singulière des deux mächoires aplaties en bec de canard de cet animal rend difficile la succion, et l’on ne se fait pas une idée bien juste de la manière dont les jeunes peuvent saisir le mamelon de la mère. Le pelage de l'ornithorhynque adulte est ordinairement d'un brun noir; parfois des variétés l'ont de couleur fauve-rougeatre. Ce fut en vain que l'un de nous attendit, pendant plusieurs heures, s'il verrait paraitre quelques ornithorhynques sur les petits rochers à fleur d'eau de Fish-river, où ils vont se placer lorsqu'ils sortent de leurs trous. Nous apprimes, depuis, qu'à cette époque de l’année ( janvier et février ), ils restaient blottis dans leur gite, et qu'ils ne pa-
raissaient qu'a l'époque des grandes pluies, qui, en faisant
déborder les rivières qu'ils habitent, les forçaient à se tenir
sur la surface de l’eau et dans les jones qui en couvrent les
bords. Les peaux qu'on peut se procurer dans le pays, non enduites de préservatifs, se détériorent aisément. .
L'échidné épineux © (echidna hystriz, Cuv.) habite principalement le mont York : par l’ensemble de ses formes corporelles, il ressemble au hérisson, et c'est à cause de cette similitude que les colons lui ont appliqué le nom de Ledge-hog. Il se creuse des terriers, et n'aime point à sortir dans les temps secs : aussi est-il difficile de se le procurer pendant plusieurs mois de l’année. Il vit d'insectes, principalement de fourmis, qu'il ramasse avec sa langue à la manière des fourmiliers: l'on dit aussi qu'il mange des légumes. Il fait entendre un petit grognement lorsqu'on l'inquiète, et ses habitudes à l’état de liberté sont peu connues. Un échidné, que nous nous procuràmes en vie, a donné l’occasion à l’un de nous de publier { Bulletin de la Société philomatigque) les observations suivantes : «Cet animal, nourri depuis deux mois avec des végétaux par un ancien convict de Sydney, fut enfermé dans une cage avec de la terre, d'après l'avis qui avait été donné. En vain lui présentait-on des légumes, des insectes, de la viande, des sucs substantiels, l'échidné les flairait seulement sans y toucher; mais il buvait avec avidité l'eau que chaque jour on avait le soin de lui offrir, en tirant sa langue extensible et filiforme , longue de deux à trois pouces, et en lapant. C'est ainsi qu'il vécut, pendant trois mois, sans avoir pris autre chose.
« Après une traversée assez tempétueuse, le premier soin, en arrivant à l'ile de France, fut celui de ramasser des fourmis et des vers, qu'on lui présenta, sans quil parüt s'en soucier. En revanche, il buvait du lait de coco avec un vif sentiment de
: Figure dans Shaw, sous le nom de porcupine ant-eater, t. NII des Misc. , f. 109.
Nous en avons apporté trois individus : lun servit à faire un squelette au laboratoire du Muséum, et les deux autres nous furent remis par le général Brisbane pour M. Cuvier.
ZOOLOGTE. 139 plaisir; et tout semblait alors promettre qu'après avoir résisté aux froides latitudes du Sud de la Nouvelle-Hollande, il serait possible de lapporter en Europe. Mais, un matin, l'échidné n'existait plus, et la seule cause présumable de sa mort doit être imputée à du savon arsenical, laissé dans une gibecière où il se cacha pendant toute une nuit.
« C'est avec une satisfaction toute particulière que j'aimais à suivre, dit M. Garnot, les habitudes, jusqu'alors inconnues, de ce petit animal. J'en épiais les moindres particularités, bien persuadé qu'elles seraient intéressantes aux yeux des naturalistes. J'avais reconnu que la prison dans laquelle je le tenais enfermé ne lui convenait point : aussi m'empressais-je de lui donner une liberté entière dans la chambre que j'occupais à bord du navire, et pendant mon séjour à Maurice. Chaque jour, je l'observais dans ses promenades régulières, et rarement il employait moins de quatre heures sur vingt-quatre à parcourir en tout sens l'espace que nous occupions ensemble; et s'il trouvait un obstacle, il cherchait à le surmonter, et ne rebroussait chemin que lorsqu'il avait épuisé ses moyens pour y parvenir. C'était dans un coin obscur de ma chambre, entre une cloison et des caisses, qu'il se rendait pour dormir. Sa démarche, lourde et genée en apparence, lui permettait, cependant, de parcourir, en une minute, un espace d'environ trente à trente-neuf pieds. Il se cachait mystérieusement dans un angle de l'appartement pour faire ses ordures; et ses excréments, peu consistants et noirs, exhalaient une odeur infecte.
« Un jour, je retirai mon échidné dans un état d'engourdissement tel, que je le crus rendu au terme de sa vie. Je le ranimai en le portant au soleil, en le réchauffant par des frictions avec un linge chaud : peu à peu il reprit son activité habituelle ; mais, souvent depuis, il resta sans mouvement l’espace de 48, 72, 78, et même 80 heures de suite. Il se promenait fréquemment dans
la nuit, et se roulait en boule au moindre bruit, à la manière des hérissons. Du reste, timide et craintif, cet échidné se laissait caresser volontiers. La conque de l'oreille s’apercevait aisément lorsqu'il écoutait, et ressemblait à celle d’un hibou. Les yeux sont très-petits, et le long nez, immobile et solide, me semble être un organe où le sens du toucher réside à son extrémité, qui est molle, et avec laquelle l’échidné tâte ce qui lenvironne, surtout pendant la nuit. »
Enfin, pour achever de présenter le tableau des mammiferes que nous avons été à même d'observer dans le voyage, il ne nous reste plus qu'à indiquer notre dernière relàche à l'ile de France. Les animaux qu'on y remarque y ont été importés; tels sont les cerfs, qui vivent dans les grands bois, les cochons marrons ou sauvages, les lièvres, les rats, qui infestent aujourd'hui cette ile, et les tenrecs. Ces derniers, venus de Madagascar, vivent dans les champs de cannes à sucre, tandis que le singe (macacus sinicus, Desm. 32 ), originaire de Java, occupe les sommets escarpés de la montagne du Pouce, et descend marrauder dans les vergers des alentours, où les dégats qu'il occasione le font redouter. Nous nous y procuràmes, en vie, deux makis de Madagascar; le vari ( lemur macaco, L.), et le maki rouge (lemur ruber, Pér.), qui moururent, dans la traversée, à notre arrivée sur les attérages de France. Ce dernier est figuré tome I de l'histoire des Mammifères de M. F. Cuvier. Les makis s'apprivoisent aisément : ils deviennent bientôt familiers, et même caressants. Ils aiment à dormir dans le milieu du jour, en s'enveloppant la tête avec les pates et la queue. Leur nourriture est entièrement frugivore, et tout autre aliment les fait bientôt dépérir. :
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