ITINÉRAIRE
En exécution des ordres de Sa Majesté Louis XVIIT, et conformément aux instructions de M. le marquis de Clermont-Tonnerre, alors ministre de la marine, la corvette {a Coquille a été armée au port de Toulon, au commencement de l’année 1822, pour un voyage de découvertes qui avait principalement pour but le perfectionnement de la géographie et des sciences physiques et naturelles.
Le commandement de la Coquille fut confié au capitaine de frégate L.-T. Duperrey, qui, dans le partage des travaux projetés, se réserva la direction de toutes les observations astronomiques, physiques et géographiques. Six officiers pleins de mérite et de zèle furent désignés pour l’accompagner dans ses opérations : son collègue M. d'Urville, second de l'expédition, se chargea de la botanique et de lentomologie ; toutes les autres branches de l’histoire naturelle constituèrent les attributions de MM. Garnot et Lesson , médecins de la marine; M. Lejeune prit rang sur la corvette en qualité de dessinateur.
La Coquille appareilla du port de Toulon le 11 août 1822. Après dix-sept jours de traversée, elle relâcha à Ténériffe, et prit ensuite connaissance de la partie nord de l ile Saint-Antoine et des ilots de Martin-Waz et de la Trinité, dont on vérifia la position. La Coquille se dirigeait alors sur les îles Malouines ; mais l'intérêt que présentait une relâche sur un point de la côte du Brésil détermina M. Duperrey à la conduire au mouillage de Sainte-Catherine, où elle séjourna du 16 au 30 octobre.
Ce point est le premier de la campagne sur lequel les naturalistes et les physiciens de l'expédition ont pu se livrer aux différentes recherches qui leur avaient été indiquées par l’Académie des Sciences.
Le 18 novembre, /a Coquille atteignit le port Louis, situé au fond de la baie française, partie orientale des îles Malouines.
Malgré les contrariétés que présente l’atmosphère dans ces parages, lon parvint cependant à réunir un grand nombre d'observations, et notamment plusieurs séries du pendule, dont les résultats ont déja fixé l'attention des savants.
Les îles Malouines sont particulièrement remarquables sous le rapport de l'histoire naturelle, car leurs productions indigènes sont entièrement neuves pour les sciences. M. d'Urville en a complété la Flore, et MM. Garnot et Lesson se sont piques à l'étude des animaux nombreux qui vivent sur ces terres ques des régions australes.
L'expédition mit sous voiles le 18 décembre pour doubler le cap Horn. Elle visita, sur la côte occidentale d'Amérique, le port de la Conception au Chili, celui de Callao au Pérou, et enfin le port de Payta, dont la position intermédiaire aux équateurs terrestre et magnétique était très-favorable à l'étude des mouvements diurnes de l'aiguille aimantée. Le récit des divers évènements politiques qui agitaient l'Amérique à l'époque du passage de l'expédition sera intéressant pour les lecteurs européens. Les géologues seront étonnés de trouver sur les rivages du Pérou une immense couche de terrain tertiaire analogue à celui des environs de Paris, présentant un grand nombre de coquilles fossiles, et une surface entièrement frappée de stérilité.
Le 22 mars, /« Coquille abandonna les côtes de l'Amérique, et traversa le vaste espace de mer qui les sépare de l'archipel dangereux dans lequel elle découvrit plusieurs îles, qui reçurent les noms de Clermont-Tonnerre, d’Augier, : de Freycinet, et de Lostanges. sat
En s’éloignant des récifs madréporiques qui forment cet archipel, nos navigateurs ont promené leurs regards sur les îles de la Société, dont l’aspect a reproduit dans leur ame ces douces émotions qu’avaient éprouvées les Bougainville et les Forster. Ils mouillèrent successivement à Taïti et à Borabora, où les missionnaires'et les naturels semblaient les attendre pour mettre un terme aux privations qu'ils venaient d’éprouver dans leur dernière traversée. Ces deux relàäches présentent d'autant plus d'intérêt, qu'aujourd'hui l’idolâtrie n'existe plus dans les îles de la Société, et que nos mœurs commencent à y ètre généralement adoptées.
Le 9 juin, l’on se dirigea vers l’ouest, en prenant successivement connaissance des îles Salvage, Eoa, Santa-Cruz, Bougainville et Bouka, et l’on jeta l'ancre, le 12 août, dans le port Praslin de la Nouvelle-frlande, où les relations amicales que l’on eut avec les naturels permettent d’ajouter encore quelques traits singuliers à l’histoire de l’homme. |
L'expédition traversa le canal Saint-Georges, communiqua avec les naturels de l’île d'York et de la Nouvelle-Bretagne, refit la géographie des îles anciennement découvertes par Schouten au nord-est de la Nouvelle-Guinée, et mouilla, le 6 septembre, dans le havre d'Offak sur la côte nord-ouest de Waigiou , né des îles des Papous.
Il était intéressant pour la géographie de constater l'existence d'une baie méridionale qui n'est séparée d’Offak que par un isthme très-étroit; les excursions dé MM. d’Urville et de Blosseville ont complétement rempli cet objet; et MM. Bérard, Lottin et de Blois ont été chargés de lier ce travail à celui que M. Duperrey avait déja eu l’occasion de faire sur cette côte dans la campagne de l’Uranie. On conçoit que l'histoire naturelle dut s'enrichir dans ces
contrées, où la nature semble étaler avec complaisance ses plus brillantes créations, et semer les couleurs les plus vives et les plus éclatantes sur les êtres les plus faibles, et les moins bien organisés en apparence.
Le 16, la Coquille mit sous voiles; et le 17, elle prolongea la partie nord des îles comprises entre Een et Yang. Continuant sa route, l'expédition fit une courte relâche à Cajeli, et se rendit à Amboine, où elle reçut de la part de M. Merkus, gouverneur des Moluques, l'accueil le plus honorable et tous les secours dont elle avait besoin.
Elle remit sous voiles, le 27 octobre, et se dirigea sur Timor en passant à l’ouest des îles Turtles et Lucepara. Le 4 novembre, la position de l’île du Volcan fut déterminée; le 11, on apercut les îles Wetter, Babi, Dog et Gambing; et le 15, la corvette donna dans le détroit d'Ombay, en prenant un grand nombre de relèvements sur la longue chaine d’iles qui, de Panter et d'Ombay, se dirige vers Java.
Les vents contraires ne: permirent pas de ranger la côte occidentale de la Nouvelle-Hollande, comme M. Duperrey en avait eu le projet; ce ne fut que le 10 janvier 1824 qu'il doubla les terres de Van-Diemen. Pendant la nuit du 16; on apercut le phare de Port-Jackson; et le 17, la corvette fut amarrée dans Sydney-Cove, où elle effectua le remplacement de ses vivres de campagne qui étaient presque entièrement consommés. Le général Brisbane, gouverneur de la Nouvelle-Galles, accueillit avec empressement les officiers de l'expédition,
et les aida dans toutes leurs recherches.
L'expédition quitta Sydney le 20 mars, et mouilla dans la baie de Manawa
au fond de la baie des Iles. Indépendamment des observations de physique, de géographie et des recherches d'histoire naturelle qui furent faites iei, les rapports fréquents que l’on eut avec les indigènes ont fourni à l'expédition des documents curieux sur l’état permanent d’hostilité, sur les mœurs et les idées religieuses d’un peuple que les missionnaires ne sont pas encore parvenus à soustraire à l’anthropophagie. En remontant vers la ligne, l’on communiqua avec les naturels de Rotoumah, île solitaire et peuplée par une race douce et hospitalière. |
L'on fit aussi la reconnaissance des îles Cocal et Saint-Augustin, ‘d’où l’on entreprit l'exploration des Mulgraves et des Carolines.
Dans les Mulgraves, qui furent pareourues du 15 au 29 mai, {a Coquille n’a cessé de prolonger des récifs, parmi lesquels M. Duperrey constate la position des King's Mill, Hopper, Wood, Henderville, Hall, Knox, Gilbert, Mathews, le groupe des Mulgraves-et l’île Benham, dont äl a dressé une carte
générale , fondée sur les plans particuliers levés sous sa direction par ses col-
û u Jaborateurs. |
VOYAGE AUTOUR DU MONDE. k
Dans les Carolines , les reconnaissances ne sont pas moins nombreuses: nous citons particulièrement l’île Oualan , le groupe des îles Mongoul, Ougay et Aoura, celui de Pélélap , et enfin le groupe d'Hogoleu, sur lequel nous n'avions encore que les indications données au P. Cantova par quelques naturels naufragésn en 1731 sur l’île de Guam. L'on reçut fréquemment à bord les divers peuples des longues chaînes d’iles semées sur cette portion du globe.
L'ile d'Oualan , remarquable par son aspect et par l’urbanité de ses habitants, vit pour dla première fois un bâtiment européen dans ses ports. Du 5 au 15 juin que dura la relâche, et pendant que les observations d’astronomie et de physique se poursuivaient avec activité, les naturalistes et les géographes parcouraient l'ile dans tous les sens pour en examiner jusques aux moindres détails, et l’on recueillait en même temps, sur les insulaires, tout ce qui devait fixer l'attention des moralistes.
La mousson d'ouest s'étant prononcée vers l'extrémité occidentale des Carolines, M. Duperrey vint explorer une partie de la côte nord de la Nouvelle- Guinée. Sa relâche au havre de Dorery, importante sous les rapports de la géographie et de l’histoire naturelle, eut lieu du 26 juillet au 9 août. Après avoir de nouveau traversé les Moluques, et fait une relâche à Sourabaya, il arriva le 30 aux îles de France et de Bourbon.
Il quitta ces îles le 23 novembre, mouilla successivement à Sainte-Hélène et à l’Ascension, où tous les genres d'observations furént renouvelés, et arriva enfin à Marseille, le 24 mars 1825, ayant accompli un voyage de circumnavigation qui a duré trente et un mois treize jours, et pendant lequel la corvette a parcouru plus de vingt-cinq mille lieues.
Pendant cette longue et périlleuse campagne, les observations relatives au but de la mission ont été suivies par le capitaine Duperrey et les officiers de la Coquille avec un zèle infatigable. Un grand nombre de plans et de cartes ont été dressés avec un soin digne des plus grands éloges; des collections appartenant aux trois règnes de la nature, aussi intéressantes par la quantité que par le choix et la nouveauté, ont été recueillies avec beaucoup de discernement; conservées avec soin et enrichies d'observations précieuses, elles sont venues ajouter aux richesses que possède déja le jardin du Roi.
Une commission a été chargée, par l’Académie royale des Sciences, d'examiner et d'apprécier les résultats de la campagne de ce bâtiment.
MM. le baron Cuvier et Arago, organes de cette commission, ont fait connaître toute l’atilité que la science retire du voyage de la Coquille, et ont payé un honorable tribut d’éloges aux connaissances dont ont fait particuliè-
rement preuve M. le capitaine Duperrey, M. d'Urville, son second, les autres 4
officiers de l'état-major, ainsi que MM. Garnot et Lesson, médecins de la marine,