‹ Voyage autour du monde (volume 3)Chapitre 36 sur 45 · MINES ET CÉRÉALES · texte numérisé non relu

MINES ET CÉRÉALES

Sacramento. — Premier tronçon du chemin de fer du Pacifique. — Gisce. -— Cinq mille Chinois en gr^yp^f^ Ne^y?4^— Miofo^ d!or Ky4rauliqtiea« r^ MÂne« ,dQ.ip^rq<ire,d$ Ne^^Akuad^* -r- Quelques chiffres sur les productions californiennes.

Nevada ) 30 juin.

En deux journées de diligence, par de vilains chemins sablonneux, nous avons traversé les comtés d'Aniador et d'Eldorado ; à Latrobe , nous avons trouvé le «chemin de fer qui, en quelques heures d'une marche fort lente, nous a amenés à Sacramento , la capitale de la Californie. Cette ville est fort laide, d*unc monotonie désespéranCc , et d'une grande saleté. De plus, une chaleur suffocante de 45° à l'ombre la rend pour nous plus odieuse encore : dos myriades de moustiques et de punaises qui nous dévorent, semblent seules s'y plaire.

Le matin, heureusement, M. Dussol , représentant de la maison Sellière, et M. Ilobinson , associé de M. Pioche, sont venus fort aimablement de San Francisco pour nous conduire jusqu'au sommet de la Sierra-Nevada , sur le })arcours non encore exploité de ce qui sera le grand chemin de fer du Pacifique : ils ont obtenu de l'administration une locomotive spéciale, grâce à laquelle nous allons avoir la primeur de cette œuvre immense. En sortant de la ville, nous voyons d'abord des di{]^ues élevées pour la protéger contre l'envahissement des eaux : Sacramento, en effet, est au-dessous du niveau moyen du fleuve. Jusqu'à Colfax, le paysage n'a rien de saillant; mais, à partir de ce point, la route ne tarde pas à devenir fort curieuse : ponts-chevalets à jour, en bois, solides et légers tout à la fois, où il n'y a que juste la largeur des 'rails V ^ dont la force consiste prëciséroent dana une élasticité extraordinaire; cûrnidies hardies autour de la montagne appelée le cap Hom, et. aa-Klesi9us des précipices de l' American River; courbes brusqaes, pentes effrayantes; ascension à toute vapeur sur des tabliers v^ei^giiieux qui surplombent avec mille pieds de vide au-dessous d'eux ; nature sauvage et rude , mélangée de sapins , de granit rouge , de sables blancs , de neige et de gravier aurifère : tel est l'ensemble de notre course à Cisco : en trois heures, nous avions fait environ cent quarante kilomètres , et nous nous étions élevés à une hauteur de cinq mille pieds !

MINES ET CEREALES.

De Cisco au sommet de la chaîne, il y a 27 kilomètres, sur le parcours desquels la Toie s'élève encore de deux mille pieds. Là, nous voyons 5,000 terrassiers chinois; sans eux, la construction de la voie californienne eût été bien difficile et bien coûteuse à établir. On ne saurait s*imaginer tout ce que font les Asiatiques dans cet État de TUnion : ils y sont déjà au nombre de 40,000, Ils y ont formé des associations qui tiennent à la fois des sociétés commerciales , des conmiunautés religieuses et des corporations de secours mutuels ; chacune de ces associations (au nombre de six actuellement) a ses

Pont en bois du chemin de fer du Pacifique.

obligations , ses règlements et ses registi es ; le nom de chaque affilié y est inscrit, afin qu'en cas de décès le corps soit rapporté dans la terre natale. Mais sur la terre étrangère, ils savent bien vite emprunter à la civilisation anglo-saxonne ce qu'elle adepire^ et ici ils n'ont rien eu de plus pressé; que de se déclarer en grève : chaque terrassier' gagnait jusqa'à présent 34 dollars par mois ; aujourd'hui il en exige 40 ; la Compagnie ' n'ayant point le désir

1 L'Etat donne 48^000 dollars de subvention par mille : on noa» dit que, dans cette {Mirtie montjigpeuse, le mille coût^ enviro;i 100,000 dollars. La Compagnie du « Central Pac;ific » travaille de Touest vers l'est, tandis que la Compa{*nie de 1* Union prend son point de départ à Omaha sur le Missouri, pour s'avancer vers l'ouest , jfisqu'à ce qn^elle rt;ti<jôhtre sa c<yRWbc^atri<ïe.

684 PÉKIN, Y(E;DI)py?41Sï fHA^/CISCO.

de cëder, les Fils du Ciel ont laisse les pioches plantées dans le sable, et se promènent, les bras croisés, avec une insolence tout à fait occidentale.

Nous- restons quelques heures au milieu des campements chinois, tout entiers aux, pensées que font naître à la fois et nos souvenirs récents de TEropire du Milieu, figé depuis des siècles dans son moule rétrograde, et, la vue de ces Chinois enrôlés pour l'exécution de la plus grande œuvre qu*dit entreprise la civilisation moderne.

Le soir nous revenons , par Colfax et Grass Valley, dans la ville aurifère de Nevada.

Nevada, 2 juillet.

Si j'avais sous la main mon journal sur les mines d'or d'Australie, je n'atirais qu'à remplacer les noms de 1' « Albion » et du « Black Hill » de Ballarat par ceux des mines d' « Eurêka et d' a Emperor » , des environs de Nevada, pour vous donner la description la plus exacte de cette vallée aurifère qui depuis 1 849 , époque à laquelle l'or y fut découvert, a produit plus de 115 millions de francs! Je passe donc complètement sous silence nos descentes par des échelles dans des puits de neuf cents pieds de profondeur et nos promenades souterraines dans des galeries qui côtoient des filons de quartz, pour vous parler rapidement d'une « mine hydraulique » , mine toute nouvelle pour nous, fort curieuse , et dont nous avons été vivement frappés.

Partis de bon matin de Nevada , nous nous engageons dans la montagne, et après deux heures d'une route pittoresque sous des bois verdoyants, nous arrivons subitement dans une vallée jaunâtre, bouleversée, coupée de tranchées , et où l'œil au premier abord chercherait vainement autre chose qu'un chaos de gravier.

Pourtant, à plus d'un kilomètre de distance, sous une sorte de falaise abrupte de près de cent pi<^ 4(iihaut, npu&lieitandons pas à voir bouillonner, comme un « gyser d'Islande » , une source immense, d'où jaillissent des jets d'eau multiples.

En effet, de longs tuyaux de tôle , hermétiquement emmanchés les uns au bout des autres, prennent naissance, à six kilomètres d'ici, à un vaste réser^ voir alimenté par un torrent de montagne , et conduisent au pied de la falaise des eaux qui, poussées par une pression de 275 pieds d'élévation et par les 150 mètres cubes du réservoir, s'échappent avec une force énorme d'une lance relativement étroite : à vingt pas , un homme serait tué roide par le choc de la colonne d'eau ! C'est avec ce moyen nouveau , et d'une puissance mathématiquement colossale, que les. Californiens ont imaginé de o laver » les montagnes aurifères. Nous n'avions jamais vu jusqu'à présent que l'opé-

MINES ET CEREALES.

àà

ration éôtilrdire,' c'est-à-dik^, rektraction laborieuse du uiiuerai jusqu'à la surface dû sol , puis le lavage par fractions dans de petits appareils, telsqué moulins, « sluices » , cuvettes de fer-blanc , etc. Mais ici , avec une hardiesse de concejition vraiment américaine, on attaque la montagne avec- quatre , cinq et'sÎTd jets combinés qui font immédiatement dans ses flancs une blésitlrè profonde. Deux ou trois hommes suffisent pour étayer et diriger les lances; ils commencent par creuser hydrauliquement une caverne dans la pàtlîè basse delà montagne,' en ménageant quelques espaces qui deviennent

Mine hydraul^tie de « Blue Tent •.

des piliers provisoires; puis ils changent la direction des jets; des blocâ énormes de terfe se désagrègent et s'écroulent avec fracas ; rien ne résiste à une action si violente , et en quelques instants on voit fondre comme du sucre des mamelons qu'il faudrait cent ho.mmes et dix jours de travail pour abattre : c'est merveilleux !

Les quatre jets de la mine du Blue-Tent, manœuvres par trois hommes, lavent par jour plus de 2,500 tonneaux de gravier aurifère; d'autres entrepH^ès plus considérables arrivent à laver, parce procédé , jusqu'à 20,000 toririeàù^ dàhs le même temps.

Mais il y a forcément une grande irrégularité dans le travail : tantôt des

groupes d'arbres pétrifies sont mis à nu au sein de la montagne , i^*doi«rent être déblayés ; tantôt des blocs d'argile sont/i denses qu'on ne les peutbrir ser qu'avec la poudre.

Telle est la première partie de l'opération, pour laquelle les mincira sont convertis en pompiers; la seconde est des pIliÀ s/iMples. Oik-a* opëuséih l'avance au pied de la falaise un chenal d'un mètre de ppoébndduritelide 500 mètres dé long ; on Ta pavé en gros galets, dans les interstices 'desqnek on a versé, sur toute l'étendue du chenal, une épaisse couche de -mereuiif, qui y demeure comme un lit fixe. C'est par ce chenal que «s'éimùleati'les masses d'eau qui ont été lancées contr^'le flanc de la montagne^ eilèS'ie^ratnent dans leurs gros bouillons la boue jaunâtre qui n'est autre* chose' |qi»jle sable aurifère ; sur leur parcours de 500 mètres, les pmllettes'd^^NrsontJiprrétées,. absorbées par le mercure, qui s'umatg^ame.'ate^'elleB^' tandis tqdéiles parties inutiles, gravier, cailloux, argile, sont entraînées rapidemeiit par le torrent artificiel. Tous les mois on ferme l'écluse du réservoir, les jets d'eau meurent , le torrent est à sec , on recueille le mercure amalgamé , et on le porte dans les laboratoires , où , comme vous savez , le mercure se volatilise et l'or pur reste.

Nous avons passé toute hbtré joiiï*née dans cette Vallée , guettant les ébcmlements, et ne pouvant nous arracher à ce spectacle grandiose. Impossible d'opérer avec moins de monde et des moyens plus simples sur des milliers de mètres cubes de sable aurifère ! Impossible de convertir plus vite des ccJlincs et des montagnes tout à l'heure encore florissantes en une vallée désolée , mais où le sable devient or!

New-AImaden, 7 juilleC.

Après avoir vu tant de fois l'or s'amalgamer avec le mercure , iXMtô avons été tentés de visiter la contrée célèbre d'où s'extrait le mercure lui-même. Tandis que tous les centres aurifères du globe sont obligés de faire venir à grands frais le lourd vif-argent, qui est l'auxiliaire indispensable de l'exploitation de l'or, la Californie a l'immense fortune de receler où son dein-, ^t à peu de distance Tune de l'autre, ces deux tùatfèreai ^nek main de Thctome rend si fécondes, en les rapprochant encore.

Nous avons donc pour la dernière fois dit adieu au sable des paillettes d'or, et gagné rapidement la ville de Sacramento; là nous prenons un confortable navire h quatre étages, VYo-Serm'te^ et nous descendons le h^an fleuve à toute vapeur. La nuit était déjà vernie quûnd nous passions ancenfluentdu San Joaquin, et pourtant il y avait trente-neuf degrés de chaleur. Je crois même que le thermomètre monta encore plus haut pendant près

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d'unfi heure ;, des bouffées brûlantes nous étaient apportées de temps à autre par larhifi$e^ àjuesurp que, nos yeux découvraient sur notre gauche une lueur qui se développait peu à peu avec une intensité extraordinaire. ,. fii^iiotven effet, nous étions par le travers d'une vallée où sur plus de trots, kilomètres s'étendait une ligne sinueuse de feu : les joncs desséchés et touâusid'un ancien maréPMge flambaient avec un crépitement incessant , et ime; .fumée acre .ik>us prenait a la gorge. Qui sait où s'arrêtera cet incendie qui chasae. devant lui lea serpents et les troupeaux? On nous dit que dès qu'il appnodiAiia d'unie ^one.plus habitée, les pQpulatiçns.^ifîpç.urro^t^ et|^ faisant

la.partdu feu, envahi weMr,|awqh?rpnt^ft,aY^nl,4?f ^ft PW^^^ î^ ^^^S^ espace qui). par son vide mémiei^deviiepdi:£i une barrière. Cependant 1^ cjourant et la vapem* noms emportent ^ et aprè$ huit heures et demiç djç B^avig^tion qui «lOus «tot fait parcourir cent vingt-^cinq millea,; nous. rentrons dans Sac Francisco.

Lp, peodaïkt deux jours ^ nous assistons aux fêtes anniversaires de l'Indépendance, pour lesquelles les sociétés de tempérance et les clubs de fenians, les pompiers et les. orphéons, l'armée régl^Uère et les zouaves californiens, leis Gorporationâ de tous les métiers ont déployé des milUers de b^nnjères. Puis des Français, et surtout M. Pioche , dont les concerts sont aussi remarquableâ que les dîners., font au Prince un fort aimable accueil.

Le 6 enfin , nous sommesi arrivés Qn.cheipm de fer, par San José , dans la ▼allée fameuse de, New-Almadenj, rivale de l'^li^a^eii.^'^^pagne, où nous ïeçoii graoieosqment M. nous loge M* BpttervfWtJi , Ifi « mauage/r » des mii^es de :merdure^ C'est ici:que^jesjli¥lie»s noni^d^^ v,ç»aieflt ja^i? ,l;oui!|eif le soljct se colorer de carmin. Les Peaux-Rouges , sans s'en douter, indiquaient ainsi aux races blanches la richesse minéralogipue d'un sol où des usines et des condensateurs devaient rapidement succéber à leurs campements sauvages. Le mÎAerai se trouve ,$urtf>ut dans les collines qui nous entourent, ran^ificationa du « Goast Range ,» dont le plus haut sommet atteint de seize à dix-sept oeni» pieds. Les rodies qui les composent sont en majeure pe^f jUe des çchisjtes jli|L{^ésiena,i quelquefois, calcaires 9 rarement argileux ; les fragments de fossiles qu'on y trouve sont indéfinis et obscurs.

Nous entrons dans la mine par un large tunnel horizontal , pratiqué dans le flanc de la colline , à trois cents pieds au-dessous du sommet ; mais la promenade ne tarde pas à devenir coippUq^ée,; npus dpscendojçis par des escaliers inclinés à trente degréS: dans 1^, direct^pn dxf. nord magnétique ; des petits filets de quartz ou de serpentine légèrement colorés de rouge jsont Jes ' seuls guides du mineur dans la direction des terriers qu'il creuse, ^t où nous circulons non sans peine. Des odeurs délétères nous arrêtent par moments; un contre-maître trouve fort à propos de aous raconter q^ue des faites d'aqide

539 PEKIN; YEDDO;SiiN FRANCISCO.

carbcHiiqtuî oht, en ce lieu mènïe, ckcca§ionîïe' tivant-Iiier la mort de detix travailleurs; Ce ix^cit ne nous enipiché poiiife de marcher pendant phis d'une ilenf^e diins les galeries qui 8*c^trl^-e^Discnt et qui forment un |iarcaurs ioiâi de vingt-cinq kilomètres dans tes entrailltH^ de delte chdîiie de colliiiés, Nouôivuyonslï^ dés types de 'toutes les ràcts : des Anglais, des Àtlemands, defe Krsinuais^ mais^ surtout des Mexicains' d^in vilain uspetrt: plus de dixn^liBcentâ personnes sont employées h ces t rat aux. Tantôt le cinabre (dont s'extrait le vif-arijcnt) se trouve par couches entre des roches d'ardoisb, on f^t blocs qui ne sont que du sulKte de mercure, se composant de 80,8 parties de mercure et de 1 3,2 partie;» de soufre j tan tut il est en poussiéï'd coag^ée par l'affile et d'nn rendement relativement pauvre : de petite wagons roulant sur une voie ferrée l'amènent de rorifice de la mine a Fusine elleluémifv.LaJe'iùinerïit rouge cochenille est reparti dans Tnn des sept appareils conëtï'uits en briques, et ayant coûte environ cent ciTicpiante mille franc?* cliucun^ où 8 0|)ero la translbnuation. On charge le four en introduisant le luinciui pm* lu partie supérieure , ii raison decincpiante mille kikigrauimes \mi' a[ipitreil. Ou aihmic les feuxi; en cinq ou six heures, le mercure' Se vola- Ulisif, et, grnœ à une s^io de casiers qui alternent, la condensation s'opère dans de grandes chambres pavées, où les rigoles itrroivent les ruissoan\ brillante du uieial qm coule abondaninient. Hien de joli comme les couletns sticcessives qui s'offrent anx yeux dans cette rapide opération. D'abord, le minanii^ e»ât vermillon et solide,^ puis il passe à rétat de viqM^ur nuagense, sVttuch^ à ties parois couvertes dime suie noire, et tombe en goultclettris urgentineB et isolées qui, couraQi. les unes api^s les antres, se groupant et gUssunt en zigzags saccadés et capricieux jusqn'anx rigoles du plancher, scnibleut alors des barres d'argent immobiles plutôt que des niissbaux coulant. Enfin T par une série de cascades huileuses et régulières, il foifiie dniis un rés<ervoir de huit mètres carrés un j^Kïtit étang d'argent ^ qui est un miroir, et ou viennent s'enqdir d'innombrables flacons, destinés à TAustr^he, a Ja Chiiki^ fUi Mexique et au Pérou î — Au point de vue des chiffres, les résultats de la 111411 e de Nevv-Almaden sont magnifiques. Dans Tafinée qui' vieot de s*écoukr, 13 nûllions de kilogrammes de minemi ont donné 1^^6v000< kilogrammes de mercure, expédiés eu 37,000 flacons d'une valeur de 7 millions 600,000 francs. Depuis quinze ans ^ il est arrivé plusieursi^is qtie Ja mine paraissait épuisée; an bout de quelquifs semaines de recheiches, pR retrouvait soudain la veine qui avait un insi!âîït échappé. Mais l'eixpéf iènoo a imôniré que les masses les plus riches de cinabre suivaient généraloment Vei-s ie nordi une direction pi^îsque constante d^nfr un plan paraUélb àfinîcKnaisoh'delacolKntr, à uH angle un peu pUi$ élevé. A dm\

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