‹ Voyage aux AlpesChapitre 4 sur 45 · UN AMÉRICAIN · texte numérisé non relu

UN AMÉRICAIN

Je VOUS avouerai que je suis athée.

MOI

Tant pis pour vous; car alors vous êtes un infirme. Les aveugles sont moins aveugles que vous. Vous êtes un aveugle moral. Quelle absurdité de reconnaître le poème et de nier le poète ! Âh I croyez-moi , on n'est grand dans ce monde et dans tous les mondes, on n'est grand de la vraie grandeur, qu'à proportion de la foi que l'on a en Dieu.

Sur la plate-forme.

UNE DAME ALLEMANDE

Je n'aime pas votre Bossuet, il déclame presque toujours.

MOI

Il ne déclame jamais. Il clame et il plane dans son nuage.

Sur la plate-forme.

DN ITALIEN

Je fais effort pour accepter Rubens.

MOI

Comment?

UN ITALIEN

Il s'éloigne trop de l'immortel idéal de beauté devant lequel je m'incline dans Raphaël.

MOI

Qu'importe? Rubens n'est-il pas vivant aussi, original, fécond, inépuisable? Il a créé un univers dans la peinture. On peut préférer Rapbaél, on ne peut pas mettre Rubens au second rang.

Rubens n'est pas moins premier que Raphaël. Il a vu autre chose que ce qu'on avait vu avant lui. 11 a eu des yeux nouveaux dans son art.

Sar la plate-forme.

UN PAYSAGISTE FRANÇAIS

Je déteste encore plus ici qu'à Versailles, ce grand bête de parc du grand roi.

-MOI

C'est un parc solennel dont rien ne me plaît que la verdure, les vases ciselés à l'antique et quelques statues. 11 y a dans le parc de Versailles, régularité, science, symétrie, majesté ; il n'y a ni beau désordre, ni goût exquis. Le Nôtre est un Boileau de la végétation, comme Boileau est un Le Nôtre de la poésie.

Sur la plale-forme.

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