Voy. Rapport, ch. iv
se disent avec orgueil non Indiens, mais Espagnols. Les descendants des premiers IndienS'qui se sont établis ici ont perdu Tusage du dialecte de leurs pères; la population civile ne parle que le castillan, et très purement, bien qu'avec quelques tournures archaïques analogues à celles du français parlé au Canada. Au milieu de cette population policée, les Moros du village voisin, sales, misérables, déguenillés, paraissent très inférieurs ; et cependant sans les baïonnettes espagnoles, le More d'apparence abjecte dominerait Tlndien délicat et intelligent.
Pendant les quelques heures que nous y passons, Zamboanga se montre aussi hospitalier pour nous que les escales précédentes. Nous rencontrons chez le R. P. Bananera, curé de la ville, le R. P. Héras, supérieur général des missions, qui arrive de Tintérieur de Mindanao ; ces missionnaires nous donnent d'utiles indications, et nous apprennent, ce dont nous ne doutons pas, que les Pères de la Compagnie, prévenus de notre passage éventuel, nous feront partout le meilleur accueil. Nous remettons à M. le commandant de la division navale du sud, les lettres de M. l'amiral de Arias; il s'informe avec intérêt de notre voyage, de nos projets et nous remet à son tour des lettres pour les officiers qui commandent sous ses ordres.
Nous rentrons à bord au son des airs du Trouvère; l'excellente musique du régiment indigène n<* 7 joue sur lepantalan, et pendant tout notre dîner à bord du Pasig mouillé près du rivage, résonnent les valses et les habaneras. C'est l'heure où les senoras et les métisses sortent du bain, la chevelure parfumée de gogo, et viennent au bord de la mer respirer la brise du soir en jouant de l'éventail.
14 novembre. — Nous sommes réveillés à cinq heures du matin par les fanfares de la garnison. Le soleil va paraître; la mer, calme et transparente, est bornée à
PARÂGUÀ, BALABAG, ZAMBOANGA, BASIUN 133
quelques mUIes par la ligne bleue des sommets de Tile Basilan.
Appareillé à huit heures du matin pour Basilan où nous arrivons à dix heures; un chenal recourbé, d*une profondeur constante de 9 brasses, se prolongeant entre Basilan et rîlot de Malamaui sur une longueur de 4 milles, forme une rade magnifique, dont le lever a été exécuté en 1845 par la division de Tamiral Cécile.
La Isabela, la ville espagnole, est située sur cette rade; des travaux d'hygiène bien entendus ont assaini ce pueblo autrefois si malsain; l'infirmerie de la division navale et celle de la garnison et de la déportation ne renferment ensemble que 21 malades que nous pouvons examiner à loisir grâce à Tobligeance du directeur, M. le docteur don Antonio Trelles y Burgos, qui veut bien nous servir de guide ^ Ce sont toujours les mêmes affections : fièvres paludéennes et ulcères plus ou moins phagédéniques des jambes. Deux malades font pourtant exception : l'un, soldat espagnol, est atteint de vésanie nostalgique, cas excessivement rare et qui ne s'observe guère que chez les hommes qui, comme celui-ci, proviennent de la Galice ; l'autre malade, pathologiquement, n'en est pas un : c'est un matelot tagaloc simulateur. Quand les Indiens arrivent à simuler ou à provoquer une maladie, leur ténacité et leur hypocrisie ne connaissent pas de bornes. L'Indien remplit bien toutes les obligations du service militaire, mais dès qu'il séjourne quelque part il ne tarde pas à avoir une maîtresse; dominé par ses sensations, et incapable dès lors d'apprécier le péril auquel il s'expose, un rendez-vous suffit pour lui faire oublier les appels, parfois pour le faire déserter. Le simulateur de la Isabela est engagé volontaire, très bon matelot tant qu'il a été en sta-