‹ Voyage aux sources du Rio de S. Francisco et dans la province de GoyazChapitre 3 sur 43 · VIJ · texte numérisé non relu

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vince de Minas est une sorte de type en regard duquel je place, pour ainsi dire, chacune des provinces que j'ai parcourues plus tard , et de ces rapprochements il résulte qu'en décrivant celles-ci je complète encore mes relations précédentes.

Malheureusement, je dois le dire, la comparaison ne sera pas favorable à Goyaz , ce pauvre pays si longtemps livré à une administration presque toujours imprévoyante , souvent spoliatrice , et je trouverai plus de différence encore, quand je comparerai la partie orientale de Minas Geraes avec la partie tout à fait occidentale qui , en général , a été peuplée par le rebut des comarcas les plus anciennes.

On sera peut-être tenté de croire que mes descriptions, se rapportant à une époque déjà assez éloignée, ne conviennent plus au temps actuel. Qu'on ne juge point, par l'Europe, de l'intérieur de l'Amérique. Dans les pays déserts, les choses ne changent qu'avec une lenteur extrême; les éléments des grandes améliorations y manquent; une rare population disséminée sur une surface immense , à peu près livrée à elle-même , énervée par un climat brûlant , sans émulation, presque sans besoins, ne change rien, ne veut et ne sait rien changer. Le botaniste George

vitj PRÉFACE.

Gardner a parcouru , en 1840 , une petite partie du désert que j'avais visité en 1818; il y a vu ce que j'avais vu moi-même et rien de plus.

Au reste, non -seulement j'ai rattaché mes récits aux temps antérieurs à mes voyages par l'histoire des lieux où j'ai passé , mais encore je les ai rattachés à des époques plus récentes , en citant les auteurs qui ont indiqué quelques faibles changements. Cet ouvrage pourra donc être considéré comme une sorte d'ébauche de la monographie des contrées que j'ai décrites.

Pendant bien longtemps encore, monté sur le sommet des Pyreneos , on ne découvrira , dans un espace immense, aucune trace de culture; pendant bien longtemps, le S. Francisco sera tout au plus effleuré par quelques légères pirogues; mais ces beaux déserts contiennent les germes d'une grande prospérité; un temps viendra où des cités florissantes auront pris la place des misérables chaumières dans lesquelles je pouvais à peine trouver un abri, et alors les habitants jouiront d'un avantage que l'on a rarement en Europe; ils sauront avec certitude, par les écrits de quelques voyageurs , quels furent les premiers commencements non - seulement de leurs

PRÉFACE. il

ViUes, mais de leurs moindres bourgades. « Les voyages , a dit Chateaubriand, sont une des sources de l'histoire (1). » Aujourd'hui nous puisons des documents précieux pour celle de Rio de Janeiro dans les récits naïfs du véridique Lery, qui, le premier parmi les hommes un peu instruits de notre nation , a visité la côte du Brésil : aucun Français , avant moi, n'avait parcouru Minas Geraes, Goyaz, S. Paul, etc. ; si quelques exemplaires de mes relations échappent au temps et à l'oubli , un jour on y trouvera aussi sur ces vastes provinces , devenues peutêtre des empires , des renseignements qui peut-être ne seront pas aans intérêt. On s'étonnera d'apprendre que, là où seront alors des villes riches et peuplées , il n'y eut d'abord qu'une ou deux maisonnettes presque semblables à la hutte du sauvage ; qu'oii l'air retentira du bruit des marteaux et des machines les plus compliquées on entendait à peine le coassement de quelques batraciens et le chant des oiseaux; qu'avant les nombreuses plantations de mais, de manioc, de cannes à sucre et d'arbres fruitiers qui couvriront la terre, elle offrait une végétation brillante , mais inutile ; à la vue des campagnes sillonnées par des chemins de fer, peut-être même

\t) Préface da Voyage en Amériqw.

X PRÉFACB.

par des véhicules plus puissants que nos locomotives , on sourira en lisant qu'il fut un temps où le voyageur s'estimait heureux , lorsque, dans sa journée» il était parvenu à faire 4 à 5 lieues.

Toutes les fois que j'ai emprunté quelque chose aux écrivains qui m'ont précédé ou suivi ^ je les ai cités avec le plus grand soin, et, lorsque la connaissance que j'ai des lieux ne m'a pas permis d'adopter entièrement leurs opinions , j'ai rendu compte des motifs qui m'ont déterminé.

Un auteur brésilien a dit (1) que, par la rectification des nombreuses erreurs qui se sont répandues dans les livres sur la géographie et l'etnographie du Brésil, on rendrait plus de services à la science qu'en proclamant quelques vérités nouvelles. Il est impossible de ne point partager cet avis , lorsqu'on retrouve dans des livres classiques les méprises de l'Anglais Ifawe, qui, le premier, a écrit sur le Brésil, depuis que cette contrée a cessé d'être une colonie soumise au Portugal. Je me suis donc imposé la pénible tâche de signaler les erreurs que j'ai cru reconnaître dans les ouvrages relatifs aux pays dont je

(l) Minerva BrasUicnsc.

PMiFACE. ij

donne ia deacription, et je tne suis fait un devoir de rectifier celles qui m'ont échappé à moi-même. Les lÎTres les plus parfaits ûe sept point ei^empts de fautes; quand des hommes aussi sineèranent amis de la vérité que l'abbé Manoel Âyres de CazaU mons^nor José de Soi^a Pizarro e Âraujo , le docteur Pohl , le général RaimuQdo José da Cunha Uattos se sont quelquefois trompés, qui pourrait se flatter de ne se tromper jamais?

Des observations critiques auxquelles je me suis livré pour remplir le but que je me prc^iK^sais, il résulte que cet ouvrage se trouvera chargé d'un très* grand nombre de notes dont la lecture mêlée à celle du texte serait peut-être pénible quelquefois. On fera bien» par conséquent, de U^e ce dernier en lais-^ sant de côté les notes, et de revenir à celles-ci après avoir achevé chacun des chapitres dont l'ouvrage se compose. Pour faciliter les recherches , j'ai eu soin d'indiquer les notes critiques à la table générale sous le titre de fectifimticini.

Le général Raimundo José da Cunha Mattos a &it sentir (1 ) combira il est essentiel de conserver soi-

(1 Hinerario.

xij PRÉFACE.

gneusement les noms de lieux consacrés , dans les divers cantons, par les habitants du Brésil. Si chaque voyageur était en droit d'écrire à son gré ceux des pays par lesquels il passe , il régnerait bientôt dans la géographie une confusion inextricable. J'ai donc fait des efforts pour n'altérer en rien la nomenclature géographique, et j'ai donné le même soin à l'orthographe des noms d'hommes, de plantes ou d'animaux. Parmi les villages, les habitations et les rivières du Brésil , il en est une foule , je le sais , dont les noms ont été écrits d'une manière fort différente, même par des hommes instruits ; en pareil cas, je n'ai pris aucun parti sans consulter les autorités les plus graves, la connaissance des étymologies ne m'a pas non plus été inutile , j'ai cru surtout devoir prendre pour guide l'usage et le bon sens.

11 serait possible que , malgré les efforts que j'ai faits pour réunir les ouvrages publiés sur le Brésil, en diverses langues, plusieurs m'eussent échappé. Malheureusement il n'existe point en France de dépôt où l'on puisse se procurer les livres qui paraissent en Amérique, et sans l'extrême complaisance de M. le chevalier d'Araujo Ribeiro , ministre du Brésil à Paris , de M. le docteur Sigaud , médecin de

PRÉFACE. xiij

Vempereur don Pedro II , de M. Ferdinand Denis , Vhomme qui , en Europe , connaît le mieux ce qui a été écrit sur rAmérique portugaise , enfin de mon jeune ami M. Pedro d'Âlcantara Lisboa , attaché à la légation brésilienne , je n'aurais pu consulter divers écrits fort importants imprimés à Rio de Janeiro , à Pemambouc et à S. Paul. Qu'ils veuillent bien agréer l'assurance de ma gratitude.

J'ai couvent eu l'occasion d'indiquer, dans cet ouvrage , diverses quantités en poids ou en mesures brésiliennes; mais, à côté de ces indications, on trouvera celle des chiffres équivalents dans notre système métrique. Pour la réduction des valeurs numéraires, j'ai toujours pris pour base le pair, c'est-à-dire 160 reis pour 1 franc. On peut voir, par le tableau synoptique qu'a publié M. Horace Say dans son excellent ouvrage intitulé , Histoire des relations commercicUes entre la France et le Brésil, que tel était à peu près, à l'époque de mon voyage , le taux de l'argent brésilien.

Une lacune immense restera toujours dans la géographie botanique de l'Europe ; c'est à peine si nous pouvons former quelques conjectures plausibles sur la nature des plantes qu'ont remplacées nos champs

xiv PRÉFACE.

de céréales » nos vignes et nos plantations d'oliviers. J'ai tâché que cette lacune n'existât pas dans Thistoire naturelle du Brésil ; j'ai fait connaître la topographie botanique des divers cantons que j'ai visités , et , lorsqu'un jour la culture les aura envahis , on n'ignorera pas ce que fut leur végétation primitive.

J'aurais désiré faire davantage. J'avais annoncé , dès les premières pages de ce livre, que des numéros renverraient « comme dans mon Voyage mr le littorale aux descriptions des plantes caractéristiques de chaque canton; mais la relation de voyage était achevée; je me voyais forcé, par ma santé, de quitter Paris et de passer l'hiver dans le midi de la France; pour quelques descriptions de plantes, il aurait fallu que je remisse à près d'un an la publication de cet ouvrage : à mon âge et avec une santé délabrée , on ne doit point attendre. La description des plantes caractéristiques de Goyaz se trouvera, j'espère, à la fin de l'ouvrage que j'ai commencé sur S. Paul et Sainte-Catherine.

Un écrivain qui rendit de grands services à son pays, mon ami M. José Feliciano Fernandes Pinheiro, baron de S. Leopoldo, que tout le Brésil a re-

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