Pisca Marina
'à. Ruines de Fonniae, bâtie en ce même lieu par Antiphales. roi des
LesLrigons,
peu de vallée qu'il y a est fertile. L'air en est bon; presque tout est orangers et arbres fruitiers. L'on y va voir ce que Ton appelle la maison de Gicéron. L'on va dans des espèces de caves qui sont sous un jardin. L'on juge par les ruines et les fondemens qui subsistent sur Je bord de la mer, de la grandeur dont estoit le bâtiment. Deux cents pas audessus et sur le bord de l'eau il y a encore d'autres ruines, mais tout cela dit peu.
GAETE. — Quoyque l'on puisse aller par terre à Gaëte puisqu'il est sur un cap, ce seroit le plus long et le trajet de mer n'est que de quatre petits milles, ainsi nous prîmes une barque pour faire le voyage. Malgré notre passeport, à cause de notre nation^ le commandant ne voulut pas nous permettre d'aller voir le tombeau du connestable de Bourbon^ qui est dans le château, ni le rocher fendu^ qui est à la Trinité, ni le reste du tombeau de L. Munatius*, nommé dans la ville la tour de Roland^ je ne sais pourquoi. Nous eûmes même un soldat pour nous accompagner dans le Dôme où nous vîmes le vase grec antique qui sert de fonts baptismaux : il est magnifique, mais les lions qui le soutiennent au nombre de quatre, ledéparent^ Une chapelle souterraine et son degré méritent d'estre vus. Dans cette église des colonnes antiques et assez belles soutiennent une très vilaine voûte. Il n'y avoit qu'un régiment en garnison. Le petit port de la ville est assez bon pour ce qu'il peut faire. Le cap le plus avancé forme avec une enceinte le château qui
\. Les démêlés de la France avec le Pape étaient la cause de cette rigueur, relatée aussi par Misson, t. V, p. 24 du II" vol.
2. Charles de Bourbon, connétable de France, tué le 6 mai 1525 au sac de Rome.
3. La Spaccala, grand rocher sur la côte, ouvert du haut en bas.
4. Munatius Plancus qui, d'après Suétone, conseilla à Octavius César de préférer le surnom d'Auguste à celui de Roniulus qu'on \oulait lui donner comme au restaurateur de la ville de Rome. Ce mausolée fut longtemps appelé la tour de Roland.
5. « C'est un ouvrage parfaitement beau ; il est fait en forme de clocher et orné de beaux bas-reliefs..., il est d'une même pièce de marbre avec les quatre lions qui le soutiennent. » Misson, t. II, p. 24.
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est commandé par une haute montagne fortifiée du côté dela terre. Autant que j'en ai pu juger, c'est au haut de celle-ci qu'est cette tour de Roland. Je l'ai vue de loin, presque tous ses côtés sont battus de la mer et revêtus de bastions ou flanqués et le poste même n'est formé que par la fortification. Officiers et soldats de la garnison, ne pouvant sortir, m'ont dit qu'ils s'ennuyaient : je les ai crus sans peine (79). Le faubourg de Gaëte est plus grand et plus beau que la ville. On montre les passeports entre Fondi et la tour du pape dont j'ai parlé, on les rencontre à Mola, dont le chemin jusques à Garigliano est assez uni, mais la via Appia, soutenue de pierres roulantes et autres agrémens, rendent {sic) le chemin épouvantable î L'on marche dans tous les cahots imaginables jusques à cette poste où l'on perd absolument la via Appia. Auprès de cet endroit l'on voit les restes de la ville de Minturne consistant en un reste de très petit amphithéâtre et un aqueduc de plus de deux cents arches, continu, sans interruption. De là on passe à la traille la rivière de Garigliano, mauvaise, dit-on, et par un beau chemin bien uni et charmant par la douceur et l'objet d'une grande plaine fertile, l'on arrive à Sainte- Agathe. Je ne sais trop si l'hiver ce chemin est aussi agréable. De Sainte Agathe à Francolino le chemin est beau : Ton passe quelques montagnes qui quoyque de pierre sont coupées avec un soin, une dépense et une largeur qui me persuadent que c'est un ouvrage des Romains. Quelques bouts que l'on trouve en sortant de Sain te- Agathe me font croire que c'estoit ou un reste de la via Appia^ ou un chemin consulaire pour aller à Capove.
GAPOVE. — De Francolino à cette ville, jadis si débauchée, l'on arrive par un beau chemin; celle qui porte ce nom aujourd'hui ne mérite que les épithètes de vilaine de malpropre et de mal pavée et il n'y a nulle sensualité dans le cabaret où nous avons dîné^ Elle a une espèce de cita-
1. «... Mon estomac faisait des hypothèses charmantes surles auberges-
LES ÉTATS DE l'ÉGLISE 199
délie; je n'ai pu juger de sa force. La ville est peu ou point fortifiée. L'on y trouve des ruines, des vieux tombeaux, mais tout cela peu considérable, ainsi que des bouts de statues. L'église de VAnnonciade n'est pas laide; les dehors sont bâtis de débris d'antiques ^
A deux milles sur la gauche en approchant de la montagne et en nous détournant du grand chemin, nous avons esté voir les restes infortunés de l'écueil d'Annibal. Ils consistent en une porte, un reste d'amphithéâtre assez conservé, tout au plus grand comme celui de Vérone. Il y a d'autres ruines aux environs mais qui n'ont pas grande beauté. Le Volturne, assez vilaine rivière, arrosoit Gapove; il passe encore à la nouvelle, on le traverse sur un beau pont moderne. Le village de Sainte-Marie est auprès de ces ruines ; il en est bâti et Lon y voit plusieurs pierres, colonnes, tombeaux, etc., composant sans ordre de vilaines maisons. Le village est grand; il y avoit en quartier un régiment de dragons de l'Empereur, veste rouge, habits blancs. Enfin il n'y a de délicieux en cet endroit que l'air et le terrain dont la fertilité charmante fait une aimable décoration. Un chemin large à passer huit chaises de front, tiré au cordeau et ferré, conduit délicieusement à Aversa, joli et riant village. Les dragons de Vaubonne, veste rouge, habits jaunes, boutons de cuivre et mal en ordre, y estoient en quartier. Quelques petits cabarets que Ton trouve çà et là dans ces dernières postes sont décorés à merveille et plaisamment.
D'Aversa l'on part et toujours par le même beau chemin qui traverse s'il est possible un terrain encore plus agréable, l'on arrive par une belle descente à Naples, sans cepen-
de Capoue; mais, ne vous en déplaise, en ramassant en un tas toutes les provisions de la ville et des fauboui^gs, nous ne pûmes mettre ensemble que deux os de jambon rance ; après quoi, m'armant d'une généreuse fermeté, je m'arrachai moi-même aux délices de Capoue. et remontai dans ma chaise plein de dédain pour Annibal. nD^. Brosses, lettre XXVIII, p. 360.
1. « Il n'y a aucune beauté à Capoue : les églises et les bâtimens sont assez communs. » Montesquieu, t. II, p. 6.
dant la découvrir à cause de sa situation de ce côté, que quand on est dedans.
NAPLES. — L'on y entre librement sans que personne nous dit (sic) rien. Nous vînmes loger « Aux trois rois, » mauvais mais bon pour le pays. Nous y arrivâmes le 27 d'avril.
Nous fûmes à la maison professe des Jésuites : elle a une façade plate en pointe de diamant et vilaine. La coupole culbutée par le dernier tremblement de terre ^ n'est pas encore rebâtie m sa structure absolument finie. Des pilastres de marbre rapporté la remplissent et elle est pleine de dorures. Il y a quelques fresques du Lanfranc.
Sainte-Claire, vilaine, ancienne église, couvent de filles de condition. Il n'y a que le tombeau du roi Robert-. Elles entretiennent des moines mendiants pour desservir leur église (80).
Saint- Dominique Majeur^ où estoit il y a vingt-trois ans l'Inquisition. Depuis ce temps elle n est plus et les Napolitains ont bien fait. L'église est vieille et nue. Le grand autel est beau, de marqueterie belle et bien faite. Un tableau « l'Anonciation » du Titien, conservé, est tout ce que j'ai vu dans l'église. La sacristie a un très bel autel, de bon goût, aussi de pièces de rapport. Il y a des grisailles modernes qui ne sont pas laides ainsi que la peinture du plafond. Il y a dans des coffres de bois recouverts de bronze, plusieurs rois et reines de Naples". L'on y montre un manuscrit de saint Thomas d'Aquin qui a demeuré longtemps dans cette maison. L'on a fait une chapelle de la chambre où il demeuroit ; l'on montre aussi Técole où il enseignoit. Il y a une petite bibliothèque assez mal tenue. Le réfectoire est fort grand;