Giuseppe Ribera (dit l'Espagnolet
nef est remodernée et ornée de petits tableaux ronds et ovales du Giordano. La chapelle de Saint-Janvier est ce qu'il y a de plus beau. Elle est toute revêtue de marbre mais sans travail dessus : sa porte de cuivre est belle. J'ai compté dedans trente-quatre grands bustes d'argent et trentedeux grandes statues en pied, de bronze. Le pavé est beau et les peintures qui ornent et la voûte et la coupe ne sont pas mauvaises. Le grand autel est vilain, mais il est orné de deux colonnes de diaspre superbes, la plus belle chose que j aie vu. Elles sont hautes d'environ neuf pieds et servent de chandelier : elles sont sur un piédestal de vert antique. Les fonts baptismaux sont sur une espèce de pied de porphyre et sont formés par un vase de pierre de touche très grand et orné de bas-reliefs antiques. Sur une aiguille de marbre assez extraordinaire par sa forme, l'on voit auprès de l'église la statue de bronze de saint Janvier, protecteur de la ville. L'église des Sanli-Apostoli appartient aux Théatins. Ils n'ont point de façade, leurs chapelles sont revêtues en dedans de marbre et ornées de peintures modernes qui sont ornées de dorures avec goût. Le haut de la nef, peint par le Lanfranco^, est beau : la coupe est vilaine. Il y a dans cette église l'autel de « l'Annonciation, >. de marbre, d'un goût et d'une richesse immenses. Quoy qu'il soit blanc et tout uni, un bas-relief de huit enfants du Fiammingo^ s'y voit et est magnifique. Cet autel est orné de huit tableaux de mosaïque remarquables. Le grand autel ou tabernacle est d'un grand goût et également riche par les pierres fines dont il est composé. La maison est grande, belle et bien bâtie. Le dortoir est d'une belle proportion. La bibliothèque est petite et
1. «... Tous ces morceaux de Lanfranco sont composés avec une hardiesse, un feu et un génie admirables ; la manière en est lière et terrible ; la couleur belle et fraîche; le dessin, du plus grand caractère, mais quelquefois incorrect et outré. » Cochin, op. cit., t. I, p. 160.
2. «... Le plus bel ornement de cette chapelle est un bas-relief de marbre blanc, de François Flamand qui rejirésente un concert d'enfans ; il a toutes les vérités naïves que ce sculpteur a si bien rendues dans les enfans, en quoi il surpasse tous ceux qui en ont faits. » Ibid., p. 161.
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mal ornée : dans les archives, ils montrent plusieurs manus- <;rits, et l'original du Tasse. (81)
L'église de S. Maria Nova est habitée par des Zoccolanti; elle n'est pas comme les autres, dont j'ai ci-devant parlé, ornée de marbre, mais elle est dorée et assez mal quoyqu'en quantité. Elle est aussi pleine de tableaux : deux qui sont dans la chapelle de la Vierg-e m'ont paru les meilleurs. Il y a cependant quelques fresques encore qui ne sont pas laides. Auprès du grand autel, sous un tombeau sur lequel on marche, est le lieu où gît Jeanne, fille de Jean d'Aragon, seconde femme de Ferdinand P% roi de Jérusalem et de Sicile, morte en 1614.
Les frères Valata ont une bibliothèque assez bien choisie •et quelque petit amas d'antiquités ou autres bagatelles pour un cabinet.
Les moines deschaus de Sainte- Thérèse, autrement dit les Carmes, ont un jardin aimable par les figuiers et les orangers et deux petits cloîtres assez jolis. Leur église n'a, pour ainsi dire, point de façade. Le pavé de marbre sera beau quand il sera fini. L'église est simple, toute blanche et d'une belle architecture. Il y a dedans deux chapelles : une « Visitation » de Domenico Passignano qui est beau et dans l'autre une a Sainte- Anne instruisant la Vierge » qui m'a bien plu. La chapelle de sainte Thérèse, à laquelle cette église est dédiée, est belle et de marbre de rapport comme oelle dont j'ai déjà parlé. Il y a aussi deux grands tableaux de Giacomo del Po, qui ont leur beauté. Les grisailles à fresque sont belles et c'est en ce genre de peintures qu'excelle ce peintre moderne. Le grand autel est au-dessus de toute expression et la plus belle chose que j'aie vu de ma vie, soit pour la richesse et la beauté des pierres dont il est fabriqué, soit pour le goût dont elles sont arrangées et les ornemens de bronze doré et la perspective sur ces pré- <îieuses matières ; enfin mon imagination ne me fait concevoir rien d'au-dessus de cet objet !
Saint Janvier est patron de la ville de Naples après en avoir
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été évêque. Tous les 4 de mai on célèbre sa feste et en présentant une fiole de son sang devant la relique de son chef, ce sang, que j'ai vu dur effectivement, se liquéfie mais d'une façon à n'en pouvoir doutera
De plus, cela se passe devant tant de témoins et d'une manière si publique que l'on nj peut faire de supercherie. Je vais écrire ce que j'en ai vu. Il y a sept sièges de la noblesse dans l'un desquels on célèbre tous les ans cette feste. Cette année elle se fit auprès de Saint- Dominique. Ce lieu estoit superbement tapissé jusques à toute la voûte. Sur un autel orné d'argenterie comme on les voit communément à Naples, on apporta le chef du saint. La veille on chanta lesvêpres par une belle et nombreuse musique : le lendemain sur les vingt-deux heures, la procession fut devancée par quatre des principales musiques des églises de la ville. Le vice-roi et la vice-reine, par parenthèse tous deux de très vilaine figure, assistent à tout, sous un dais préparé en face de l'autel. Au son de la magnifique musique défilèrent tous les moines de la ville, et c'est en vérité beaucoup dire, leur marche dura deux heures quoyqu'ils ne fissent que défiler, entrant par une porte et sortant par l'autre. Les trentetrois autres patrons ou patronnes de Naples, tous d'argent, qui d'ordinaire ornent la chapelle de Saint-Janvier mais non pas ordinairement chargés des diamans dont ce jour on les voit remplis, s'arrêtent un moment devant le saint qui est sur l'autel. Un de ces saints ambulans avec une sainte femelle ont le droit d'envoyer chacun un bouquet au vice-roi et à sa femme. Quand tout est passé, le sang porté dans une châsse arrive, et après deux oraisons assez courtes en s'approchant de la tête, ce sang devient liquide. Je l'ai vu et
1. Montesquieu est intrigué par le miracle qui s'opère le 4 mai dans l'église-cathédrale de Naples; il eu parle en deux endroits de ses Voyages, surtout longuement à p. 18-iO du t. II. Dans ses Pensées mannscriles (p. 53;j) il revient sur la (piestion et développe cette idée que << les hommes sont plus aisément dupés qu'imposteurs. » De Brosses, après avoir déclaré « que les miracles ne sont pas marchandises bien rares à Naples, » le définit « un assez joli morceau de chimie, » p. 374.
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cela est extraordinaire. [Le miracle] se fit cette année moins vite que les autres, à ce que l'on dit; l'on en estoit même déjà alarmé car on prétend, par de dures expériences, avoir éprouvé des calamités soit du Vésuve, soit des tremblemens de terre, quand le miracle ne se fait pas | c'est-à-dire] quand le sang^ demeure dur (82 j.
POVZZOLES est à quatre milles de Naples. Pour y aller Ton passe dessous le fameux Pausilippe dont je parlerai à mon retour de Malte. A droite en allant, environ à deux milles de Naples, est cette grotte du chien qui est un fort petit trou qui n'a pas plus de quatre pieds de profondeur et où tout animal mouriroit en recevant, à la hauteur de trois pouces, Texhalaison qui sort de la terre. On fait expérience sur un chien * qui en un instant [est] comme à la mort qui lui arriveroit certainement si on ne le retiroit de ce lieu. On le porte ordinairement sur le bord du petit lac d'Agnano : sur-le-champ il revient dans son état ordinaire. Ce n'est point une propriété des eaux de ce lac ; une autre eau, ou même la fraîcheur de l'herbe, feroit le même effet mais seroit plus longtemps à agir. Auprès de cette grotte sont des bains bâtis modernement et fort mal, où la chaleur qui sort de la terre avec l'odeur de soufre, guérit de plusieurs maladies. Le lac d'Agnano est entouré de montagnes; celle qui le ferme du côté de Pouzzoles renferme le vallon nommé la vallée de Vulcain^, ou communément la Solfatara. Cet endroit est véritablement singulier ; de plusieurs endroits il sort par des trous une fumée assez épaisse et le bruit qu'elle fait est comme cehii d'une forge de maréchal, mais sans aucun feu. Ce n'est pas que cette exhalaison ne soit chaude, mais elle n'allume rien, pas même le papier. Un terrain assez grand du vallon et de la montagne en partie est
1. «... M. le barbet qu'on a coutume de mettre en expérience est fait à cela, comme un valet de charlatan à boire du jus de crapaud ; dès qu'il voit arriver des étrangers il sait que cela veux dire : Couchez-vous et faites le mort. » De Brosses, ibid., p. 405, lettre XXXII.