Antoine Campi, m. vers
qui mène à cette église, Ton voit 16 colonnes de ce palais^ qui sont sur pied et qui sont encore jointes par leur chapiteau. La pluye nous empêcha de les examiner et nous fît revenir chez nous, bien résolus d'y retourner avant notre départ.
En plusieurs jours nous vîmes le cabinet Settala^, plein de raretés naturelles, d'ouvrag-e de tour, de pierres précieuses, de médailles, et qui mérite un grand examen.
L'église et le couvent de Saint-Victor ayant : un très beau cloître, des dortoirs magnifiques, un très beau réfectoire achevé depuis peu, une église avec de beaux tableaux dans le chœur et une fort belle boiserie pour les chaises. Tout le bâtiment est en entier orné de peintures ou d'ornemens.
L'Hôpital, fondé par Jean-Antoine Visconti', mérite d'estre vu. C'est un des grands et des beaux que l'on puisse voir. La façade du côté de la ville est assez belle mais d^un goût de la seconde antiquité. La cour du milieu, bâtie à deux rangs de colonnes^ est très belle. Il y a de quoy tenir deux mille malades. Ce lieu a plus de cent mille écus de rente (12).
La Bibliothèque Ambrosienne est un lieu fondé par St Charles*, et c'est en vérité un bel établissement. L'on dit qu'il y a cinquante mille volumes ; je n'en crois rien^ Ce
1. Non pas du palais, fautivement attribué à Mai^c-Aurèle, mais d'un portique de l'empereur Vérus.
2. Manfredo Seitala, noble chanoine, habile mécanicien, tourneur et dessinateur, fort savant et fort riche, qui collectionna un cabinet-muséum, parmi les plus curieux. Aujourd'hui ce musée est aurez-de-chaussée de Tk Bibliothèque Ambrosienne.
3. Auj. Ospedale Maggiore, fondé en 1456, par Franc. Sforza, agrandi par Visconti.
4. Par son neveu, cardinal Frédéric, qui l'a dédié à saint Ambroise.
5. En effet, le chiffre était alors exagéré. De Brosses (t, I, lettre VIII, p. 100) doute que le nombre de trente-cinq mille volumes, qu'on lui donne, ne soit chargé, et il visite la bibliothèque l'an 1749. Montesquieu (t. I, p. 92). « Outre le grand nombre de livres dont elle est remplie, elle contient une très grande quantité de manuscrits. Elle est publique, et on fournit papier, encre et plumes. Elle est extrêmement bien tenue. On voit qu'il y a eu des bibliothécaires savants. »
22 VOYAGE d'italii:
lieu a dans plusieurs salles des sculptures et des tableaux ou des esquisses que l'on ne peut se dispenser d'aller voir. Il y a une académie de peintures établie pendant trois mois dans cette bibliothèque, mais elle n'est que pour peindre à la lumière, au moins à ce que Ton ma dit, pendant deux heures le matin, et autant l'après-midi. Ce lieu est ouvert pour tout le monde ; l'on j trouve tout ce qu'il faut pour écrire, l'on prête pour lire les livres que l'on demande, et il y a deux des plus habiles gens de la ville qui sont là pour répondre aux questions ou aux objections que les gens de tout pays peuvent faire.
A l'hôpital, j'ai oublié de dire, que de quelque nation, que l'on fût, l'on estoit reçu.
L'église de la Passion n'a rien du tout de recommandable, seulement dans deux chapelles, à la droite et à la gauche du chœur, l'on voit deux tombeaux dont les inscriptions ne sont pas belles. Celui de la chapelle de la gauche est vilain ; celui de la droite est d'une forme bizarre, il est en pyramide, par degrés.
Il vint une troupe de comédiens qui nous fut, pour les soirs, d'un grand secours, [ainsi que] la maison de M. Blanchi, chez lequel nous eûmes un concert nombreux et excellent.
Le palais — du marquis Yisconti' — est bâti et meublé avec beaucoup de goût. 11 y a quelques beaux tableaux.
Entre quatre maisons que les pauvres Pères Jésuites ont à Milan, nous fûmes à leur université où ils sont quatrevingt-dix. Cette maison mérite d'estre vue à cause de la distribution de ses cloîtres qui sont d'une grandeur étonnante. Ils ont un beau réfectoire et une très vilaine église dans laquelle ils montrent une sangle ou estère qui servit k la 'Vierge pour soutenir le petit Jésus dans son voyage d'Egypte. Ils ont commencé un bâtiment pour leurs écolesqui sera beau^.