Au 1" autel de gauche, fut peinte vers
64 voYAGh: d'italië
pierre sur laquelle on marche, j'ai trouvé cette petite épitaphe qui ne m'a pas paru mauvaise :
Ferdinandus Manlelus Ganonicus
FUMLS UmBRA NlHIL J
Cette ég-lise est assez bien pavée. Il y a quelques morceaux de marqueterie de marbre.
Les Augustins ont une assez grande église plate au dehors et au dedans sombre, sans portail et en tout assez vilaine. J'y ai trouvé un ou deux tableaux qui ne m'ont pas déplu. Il y a dedans un très grand nombre de chapelles, mais toutes vilaines et sans goût (26). Je rencontrai dans la ville un honnête homme qui me mit au fait de bien des choses et qui m'expliqua ce que j'avois vu dans le cloître des Augustins. Il me conta qu'un nommé Amadeus, faiseur de rubans, s'estant engagé soldat dans le temps de la guerre des Vénitiens contre le Turc, cet homme par sa valeur estoit venu colonel et avoit pris sur les Turcs une queue de cheval qui leur sert d'étendard, surmontée d'un croissant doré.
Elle est dans le cloître, dans une niche grillée avec deux narquois pleins de flèches et cette inscription au-dessus :
Expectans morteni Franciscus Amadeus uniam condidii liane vivens, mo7^tiius orbe, sibi, ense sibi palmas venetis peperito triumphos, vexillum caud 3e mille trophoea notaK
Celui qui m'apprit cela estoit un vénérable vieillard, fort sage, nommé Giuseppe Ferrari. Nous fûmes voir le cabinet du comte Mascardo^, mais il estoit à la campagne et nous eûmes le malheur de ne pouvoir admirer les curiosités que l'on dit y estre.
1. En attendant la mort, François Amadeo prépara cette urne où mort ilgît(?). Avec son épée il pourvut à sa gloire et fournit des triomphes aux Vénitiens et trophée bien connu l'étendard de la queue.
2. Pour les trésors du fameux cabinet MascRrdo, voir MissoN, op. cit., t. 1, p. 188-199 et t. III, p. 194-201.
LE iNORD 65
Notre conducteur nous mena dans la maison du comte Giusti^, où l'on ne nous montra qu'un jardin rustique plein de cyprès. De terrasse en terrasse l'on monte presque sur le haut du rocher qui domine la ville. De ce lieu on la découvre dans son entier et elle paroit plus belle qu'elle n'est en effet. Elle est long^ue; l'Adige qui y porte bateau et qui y coule avec assez de rapidité, la traverse d'un bout à l'autre. On la passe sur quatre ponts de pierre qui n'ont rien d'extraordinaire. Son enceinte est très estendue et embrasse la montagne. Les fortifications ne consistent qu'en une muraille simple, crénelée, flanquée de tours carrées. Les rues ne sont pas trop belles, ni les maisons en général. Les balcons de bois pleins de pots de terre y sont fort à la mode. H y a cependant des palais dont les façades sont belles^.
Ce jardin duquel on voit la ville à merveille est rempli d'inscriptions soit païennes soit des anciens tombeaux des premiers chrétiens. On rencontre dans cent endroits de la ville de semblables monuments, ou des chapiteaux ou des restes de colonnes presque toutes de marbre, preuve de l'ancienne magnificence de cette ville, mais on ne peut rien déchiffrer de ce qui est écrit, ou l'on ne peut en entendre le sens estant des pierres détachées.
De ce même côté de la rivière, c'est-à-dire à la gauche, il y a ce que l'on appelle le Château de Saint-Pierre derrière lequel est celui de Saint- Félix qui commandent absolument la ville.
Auprès de la porte de Saint-George il y a un couvent de même nom qui a une église très jolie avec un portail pas à la moderne contre l'ordinaire des temples de Vérone. Ce couvent est à présent à des sœurs ; il appartenoit autrefois à des moines du même ordre que ceux de saint Victor de Milan,
1. « J'estime mieux les jardins du palais Giiisti que la nature a assez bien servi, etc. » de Brosses, t. I, pag-. 141. On visite encore auj. ce magnifique parc aux cyprès centenaires.
2. Tels que les palais Maffei, Carlotli, Bevilacqua, Guastaverza, PompeL
Ils es( oient si riches et si orgueilleux que la République a trouvé moyen de s'en défaire et de s'emparer de presque tous leurs biens*. L'on m'a conté cette histoire dans la ville. Ce qu'il y a de sûr c'est que le pavé en est de marbre bien rapporté, une balustrade de même étoffe avec des figures de bronze, petites, mais qui ont du goût. L'on y voit quelques peintures qui ne sont pas désagréables : un beau tableau de Paul Yéronèse sur un hôtel particulier représentant un miracle de saint Bernabé, et sur le grand autel, un tableau du même auteur représentant le martyre de saint George qui est, à ma fantaisie, un morceau superbe. Il m'a charmé et je le crois le plus bel ouvrage de ce peintre. Le jour y est observé avec une force bien rare à trouver^.
L'on m'a dit qu'un nommé Bonderi, banquier, a un cabinet de beaux tableaux.
De l'autre côté de la rivière, je fus voir la maison du comte Chiodo qui est située sur le bord de l'Adige. Un appartement — entre plusieurs il m'3^ a paru un ou deux beaux tableaux — à côté d'une terrasse m'y plut infiniment avec la vue de l'eau et celle de ces premières montagnes au pied desquelles Vérone est située.
En revenant de cette maison, je passai auprès du vieux Château qui n'est pas autrement fortifié que le reste de la ville. Joignant le fossé de cet ouvrage, l'on voit un reste d'.4/'c de Triomphe qui sert à présent de poste. Il estoit orné de quatre colonnes cannelées, de l'ordre corinthien. De chaque côté et dans l'entre-deux des colonnes, il y avoit une espèce de fenestre. L'on voit encore en dehors un reste de corniche. Le ceintre de la porte, les moulures des fenêtres sont encore pleins d'ornemens ciselés et de basreliefs. Le tout m'a paru de marbre ou de cette pierre dure qui reçoit le poli.
1. L'Eglise de St-Georges comme celle de Sl-Giorgetlo, auj. St-Pietro- Marlire, se donna en 1509 à l'empereur Maximilien. Au retour, les Vénitiens firent leurs veng-eanccs et dépouillèrent les traîtres de la République.
2. Véritable chef-d'œuvre, où l'horreur de l'action est atténuée par la noblesse du dessin et la mairnificence du coloris.
Du côté de la ville, au-dessus de cette espèce de fenestre, il Y a de chaque côté une pierre sur laquelle je crois qu'il Y avoit des inscriptions, mais on n'y lit plus rien. Mais, en regardant dans le fossé, j'y ai yu le piédestal d'une des colonnes, j'y ai lu une inscription où, au milieu de plusieurs abréviations, on lit distinctement Strabon. Ce qui reste de cet ouvrag-e fait voir la magnificence dont [sic) il estoit travaillé. L'on a ajouté sur le tout des briques qui le conservent. Ce bâtiment peut avoir deux toises d'épaisseur. En dedans de la voûte, de chaque côté, on y lit :