Jean Pesaro, doge en
venant de la ville est la plus petite^ et appartient tout entière à des moines de St-Benoît, qui y sont superbement logés. Ils ont de grands bâtimens, deux cloîtres, l'un duSansovin, Fautre du Palladio, celui du dernier est le plus beau^ ('^^j- Ils ont depuis peu fait faire un degré qui est aussi fort beau, mais embelli par une très belle vue et très peu orné par de vilaines figures de marbre ^ La Bibliothèque est un joli vaisseau assez grand, boisée avec goût, fort propre et qui m'a paru remplie de choses fort rares. Le réfectoire n'a rien de merveilleux pour la structure mais il renferme un trésor qui est un tableau prodigieusement grand de Paul Véronèse. Il représente « les noces de Gana » et c'est un beau morceau. Je le trouve plus beau, quoyque j'en aie dit, que celui de Vérone^ qui m'avoit tant frappé.
Ce qu'il y a de plus beau dans cette maison c'est qu'il y a un grand et beau jardin; une petite allée en terrasse règne, en partie, autour, la mer en bat le pied, d'un côté la vue de la ville de Venise, de l'autre tous les vaisseaux, les barques, enfin, c'est une vue enchantée !
L'église se nomme St-Georges Majeur. C'est celle où le doge vient le jour de Noël. Elle est au-dessus de la magnificence de la maison, elle est du Palladio. Son portail est simple et beau, toute l'église est dans le même goût; de grands et beaux piliers simples, dans le goût de Sainte-Justine de Padoue. Elle n'est pas si grande, elle est pavée de marbre, les autels sont simples, point chargés de colifichets ; de bonnes colonnes de marbre bien proportionnées selon leur ordre, en font les ornemens. Le grand autel est d'une simplicité charmante. Sur quatre belles figures de bronze représentant les Evangélistes, est une grosse boule de bronze doré sur laquelle est un Christ de même métal. Ces figures ne sont pas tout à fait si grandes