La mise au tombeau
n'est pas laid. Nous y vîmes un aloès qui cette année avoit porté sa fleur, et qui estoit en graine. Cette nouvelle a, dit -on, fait grand bruit dans l'Europe, parmi les curieux, d'autant mieux que cela n'arrive à cette plante que tous les cent ans. La maison de ce Nani m'a paru grande et belle. L'on dit qu'il a un cabinet où il y a quelques bons tableaux ^
Dans ce même quartier l'on trouve une église, nommée le Rédempteur du Palladio qui n'a rien cependant de merveilleux mais qui m'a paru superbe et m'a plus frappé que ne fera St-Pierre de Rome, lorsque je l'ai trouvé habitée par des Capucins. Ils ont un autel fort grand, fort élevé, orné de figures de bronze, enfin une église de pierre belle qui sert fort bien. Leur porte même est couverte de bronze ; mais on ne peut les métamorphoser ! Dans un vaisseau beau qui ne demande aucun ornement, leurs autels sont pleins de colifichets. Il y a des niches ; comme ils n'ont point de statues à y mettre, ils ont fait peindre des grisailles par un malheureux frère. Ils ont mis dans le lieu le plus élevé des Pères de l'Eglise, et dans les niches les plus voyantes, toutes les Sibylles, peintes avec tous leurs attributs, comme elles pourroient l'estre dans les temples païens. Je ne puis comprendre quel tour on peut donner à cette profanation. — La façade quoyque du même auteur est fort au-dessous du dedans de l'église qui est très beau. Dans leur sacristie l'on voit deux ou trois tableaux assez bons et un crucifix vilain mais que Ton regarde par goût et d'une pièce. La toile d'une petite Vierge qui est dans leur maison m'a paru très bien. Je n'ai pu en connaître l'auteur ainsi que de celles de la sacristie-. Il est étonnant que le capucin l'ait ignoré. Il y en a une dans l'église de François Bassan% mais qui ne me plaît pas. —
1. Nani possède une bibliothèque où l'on peut avoir « entrée. » Misson, op. cit., t. I, pag-e 257.